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DANIEL HUBINON

Publié dans : Les articles Histoire de Daniel Hubinon

L'extraordinaire abbesse du monastère de Port-Royal

Huguette du Hamel une religieuse libertine et belle garce au tempérament de feu

Un peu d’histoire

Au moyen-âge le savoir et le pouvoir sont réservés à l’homme, la femme considérée comme inférieure est classée comme épouse, veuve, vierge ou prostituée.

Les seules susceptibles d’accéder à l’éducation sont épouses, filles de la noblesse, et les vierges qui se destinent (souvent orientées par leur famille) à la vie monastique. Par ailleurs elles ne pouvaient le faire qu’en suivant l’enseignement dispensé par les religieuses ou un membre de leur famille.

Dans les classes sociales inférieures l’éducation, dispensé par les mères, se limite aux connaissances nécessaires pour bien tenir la maison, aller à la messe, faire et élever des enfants.

Un monde d’hommes qui va néanmoins permettre l’entrée de la femme dans le spirituel par le biais des vocations religieuses.

Les communautés monastiques féminines naissent à l’époque mérovingienne, leur nombre sera multiplié par dix entre 1000 et 1300, en France et Angleterre.

Les religieuses et les laïques, formées par les premières deviennent savantes, femmes de lettres et déjà quelques drôlesses revendiquent une reconnaissance légitime du sexe faible.

Citons, entre autres;

Christine de Pisan, la première à vivre de sa plume et instigatrice du futur "mouvement pour la libération de la femme".

La bénédictine Hildegarde de Bingen écrira le ”livre de la simple médecine", et "Causae et curae", manuel de médecine pratique et de pharmacologie

D’autres vont se distinguer de manière originale comme:

L’atypique, phénomène unique dans l’histoire, Pucelle d’Orléans qui devint un "chef de guerre" à la tête meilleurs officiers du dauphin, le futur Charles VII.

Et surtout celle qui fut vierge (très peu de temps sans doute) avant de devenir à Pourras, l’abbesse accueillante et libérée dont Georges Brassens dit dans "Le moyenâgeux" qu’elle fut et restera, "la plus glorieuse putain du quartier latin".

http://www.analysebrassens.com/?page=texte&id=104&%23

Paradoxalement les religieuses, ont peu de contraintes excepté l’ obligation du célibat. Le droit canon accorde aux abbesses des fonctions plus importantes que les autres nonnes, élues par la noblesse dont elles sont issues, moins cloitrées elles disposent de confortables ressources personnelles qu’elles utilisent à des fins sociales.

Le médiéviste Jean-Michel Matz précise:

Après les princesses les abbesses sont les vraies femmes de pouvoir, des "seigneuresses", avec un rôle de justice temporelle, religieux, politique et socio-économique: … Elles possèdent la plupart des immeubles de la rive droite de la Maine, elles en ont les moyens de par leur origine.

*

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http://fr.wikipedia.org/wiki/Port-Royal_des_Champs

Qu’il ne faut pas confondre avec l’abbaye de Port-Royal de Paris construite en 1566, pour désengorger la maison mère, et dont l’abbesse Angélique Arnault prendra la direction en 1625.

La belle Huguette

Originaire du bourg "du Hamel" (de nos jours Le Hamel en Picardie) la famille du Hamel (parfois notée "Duhamel") est mentionnée à de multiples reprises au cours des siècles, en 1074 Simon du Hamel est qualifié "sire" dans une charte de l’abbaye de Marchiennes, en 1076 Estienne du Hamel est mentionné comme chevalier. Nombreux sont les porteur du nom dans l’armée, l’église, la magistrature et fonctions publiques. Plusieurs demoiselles du Hamel ont été "chanoinesses", religieuses suivant la règle de Saint-Augustin.

Huguette est née vers 1396 (elle avait près de soixante ans en 1456 lorsqu’elle rencontre François Villon) elle est fille naturelle de Hugues Guilleret, un abbé de Saint-Riquier.

En ces temps les ecclésiastiques font peu de cas du voeux de chasteté, et avoir une maitresse (de préférence noble) au su et vu de tous, est chose courante.

Elle entre au monastère de Port-Royal, vraisemblablement très jeune pour recevoir l’éducation qui sied à ses origines, ou elle montre rapidement des qualités et des dispositions qui vont favoriser sa désignation pour succéder à Michelle de Sars d'Angre.

1419-1440. Jeanne Ire de Louvain

1440-1454. Michelle de Sars d'Angre

1454-1467. Huguette du Hamel

1467-1513. Jeanne II de La Fin de Beauvoir

La mauvaise réputation

Hérédité, opportunisme (bon sang ne peut mentir) la nouvelle abbesse entre en fonction tout en devenant la concubine de maître Baude … le procureur de son abbaye.

Selon les dires, avant sa promotion la belle se conduisant déjà de manière singulière, enseignant aux novices les plaisirs des sens en lieu et place des austères rigueurs de la sainte église.

Les chroniques ne tardent pas à relater des anecdotes savoureuses sur les moeurs de la communauté et de sa nouvelle supérieure.

"Elle allait aux fêtes, noces et ripailles se dévergondant avec des galants … certaines nuits il s’en tenait tellement que des gens d’armes en firent une ballade… elle fit tant battre l’ un d’eux qu’il en serait mort", elle aura des démêlées avec la justice suite à cet incident.

"De la "Pourras" on disait qu’elle couchait avec qui voulait et qu’elle transforma l’abbaye en maison de plaisir ouverte ou les pèlerins et visiteurs trouvaient d’expertes nonnettes pour satisfaire leurs besoins charnels".

Vers 1463 elle est écartée de son bénéfice, pour inconduite et débauche, exilée à l’abbaye de Port-aux-Dames* (près de Meaux), suite à une enquête demandée par l’abbé de Cîteaux, pour être rétablie dans son abbaye quelques mois plus tard, sans doute grâce à l’intervention de ses relations.

* Port-aux-Dames servit souvent de maison d'arrêt ou de nombreuses femmes ont séjourné, ce qui donne à penser que l’inconduite n’ était pas le seul fait de la "Pourras".

En 1465, elle se réfugie, avec ses religieuses, à Paris … chez maitre Baude …, avant d’être contrainte, à abandonner définitivement sa fonction abbatiale, sans doute assagie par l’âge on entendra plus parler d’elle par la suite.

Huguette et François

En 1456 François Villon doit "s’absenter" de Paris après avoir tué un prêtre lors d’une rixe, il se réfugie à Pourras, chaleureusement reçu par l’abbesse ce qui n’était pas pour déplaire au fougueux poète qui fréquentait volontiers les filles des tavernes et autres ribaudes.

Peu après ils seront hébergés par Perrot Girard, barbier de Bourg-la-Reine, séjour mentionné par François dans son testament.

En 1463, suite à une nouvelle rixe, François est banni de Paris … on ne sait rien du reste de sa vie, qui sait s’il n’a pas rejoint la Pourras dans sa retraite ce qui expliquerait qu’il n’a plus eu le temps d’écrire.

Laissons Georges Brassens conclure :

Des nonnettes qui dans ces temps bénis

Ne disaient pas toujours nenni

Qui faisaient le mur du couvent

Que, dieu leur pardonne, souvent

Comptaient les baisers, s’il vous plait

Avec des grains de chapelet

Ces p’tites sœurs, trouvant qu’à leur goût

Quatre évangiles c’est pas beaucoup,

Sacrifiaient à un de plus :

L’Evangile selon Vénus.

À propos de l'auteur

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DANIEL HUBINON

De formation scientifique (physico-chimie) mon expérience professionnelle est
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