Jeanne d'Arc, la femme entre mythes et légendes

Mystères, mensonges, omissions, élucubrations, certaines hypothèses sur la vie de la Pucelle frisent l'aberration.
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Curieuse histoire 1

Des références historiques douteuses prétendent démontrer que Jeanne ne serait pas morte en 1431. Remplacée sur le bûcher, par qui, comment, elle aurait vécu bien au delà du procès et du simulacre d’exécution. Une substitution parait pour le moins utopique compte tenu des témoignages d'époque dignes de bonne foi et des raisons politiques qui vont la conduire au jugement de Rouen.

Des témoignages dont la véracité ne peut pas être mise en doute, révèlent des faits indiscutables.

Jean Riquier, prêtre à Rouen cite :

"Quand elle fut morte les anglais craignant qu'on suppose qu'elle se fut évadée, ordonnèrent au bourreau d'écarter le feu afin que l'on puisse la voir morte".

Après l'exécution les soldats reçurent l'instruction de jeter les cendres du bûcher dans la Seine, décision prise par les juges déclarants: "Les reliques sont pour les martyrs et non pour les sorcières".

En 1431 le Journal d'un bourgeois de Paris, précise :

"Le feu tiré en arrière fut vu de tout le peuple ... pour ôter les doutes ... le bourreau remit le feu en grand, la suppliciée en fut toute calcinée et réduite en cendres".

Juges et assesseurs, nombreux à côtoyer la Pucelle pendant les audiences ne pouvaient, eux non plus être abusés, quittant la place du marché l'un d'entre eux déclara : "Nous sommes maudits, nous avons exécuté une sainte".

L'élimination par le feu se devait d'être parfaite et sans contestations possibles. Le bûcher étant beaucoup plus haut que d'habitude, le bourreau n'a pas pu, comme c'était la règle, étrangler la suppliciée avant que les flammes n'atteignent son corps. L'extrême violence du feu explique le fait qu'une fois éteint, on n'ait retrouvé qu'un petit tas de cendres avec pour seul reste identifiable, son cœur presque intact, ce muscle particulièrement robuste n'aura été touche par les flammes que dans les derniers instants.

Curieuse histoire 2

Pendant sa captivité Jeanne ne sera jamais soumise à la torture, bien qu'on lui en ait présenté les instruments, ce que d'aucuns s'empressèrent d'expliquer par le fait d'une noble origine justifiant que les bourreaux n'auraient pas osés porter la main sur elle. En 1805, Pierre Caze, sous-préfet de Berjerac, se basant sur des incertitudes concernant l'âge de Jeanne, expose une découverte tentant à prouver qu'elle était la fille adultérine d' Isabeau de Bavière et du duc d'Orléans.

Ce qui ne tient pas la route si l'on se réfère aux dates connues avec précision. Le concubinage entre Isabeau et le duc n'est pas démontré, pour être leur fille elle aurait du être conçue avant l'assassinat du duc le 23 novembre 1407, Isabeau ayant donné le jour le 20 à un fils qui mourut quelques jours plus tard.

La naissance de Jeanne se situe le 6 janvier 1412, date attestée par sa famille et proches dans les textes officiels du premier procès et de celui qui conduira à sa réhabilitation. Fille d'un notable de Domrémy elle fut tout simplement une femme, héroïque, comme il y en eut beaucoup dans l'histoire, et bien éloignée des images d'Epinal que les "histoires" ont voulu donner.

Curieuse histoire 3

Jeanne meurt le 31 mai 1431, or le registre des comptes de la forteresse d'Orléans note deux faits susceptibles d'avoir apporté de l'eau aux moulins des auteurs en mal d'histoires extraordinaires.

En 1436 on aurait donné deux réaux d'or à un certain Fleur de Lys, héraut d'armes et illustre inconnu pour avoir apporté des lettres de la part de la Pucelle. En 1439 une femme vint à Orléans ... reçue et traitée comme étant Jeanne ... bien qu'elle se nommait Jehanne des Armoises. En 1683 un texte atteste de la supercherie "... En cette année vint une jeune fille se disant la Pucelle ... jouant si bien son rôle que plusieurs en furent abusés". Plus tard Anatole France conclura : "Ils crurent que c'était vrai parce qu'ils avaient envie que ce le fût". Il y eut d'autres réapparitions de Jeanne par la suite, toutes aussi rocambolesques que la dame des Armoises.

Curieuses suppositions

On va même affirmer que Pierre Cauchon, évêque de Beauvais en charge du procès de 1431, aurait tout fait pour ne pas livrer Jeanne à l'Inquisition, afin d' éviter de voir dévoiler sa véritable origine, alors que ce tribunal très expéditif l'aurait rapidement condamnée, lui évitant la responsabilité d'un procès fleuve.

Des greffiers et juges, anglais, auraient participé aux audiences, cachés aux regards de tous derrière un rideau. On imagine mal un anglais ne pas se manifester quand des éléments d'un procès d'une telle importance se présentent sous un jour contraire à ses convictions.

Clôturons cette énumération, loin d'être exhaustive par des analyses expliquant de nouveau la noble origine de Jeanne.

S'adressant à Charles VII et Robert de Beaudricourt elle dit, "mon gentil dauphin", "mon bon Robert", des manières de noble. De tout temps les gens d'origine modeste ont pensé s'attirer les bonnes grâces de leurs interlocuteurs en étant familiers. Elle monte comme un chevalier, manie l'épée comme un maître d'armes, est experte en art de la guerre, et impressionne ses juges par son sens de la répartie. Les filles de la campagne vivent avec les chevaux qu'elles montent comme les hommes, les "dames" montent en amazone. Elles manient au quotidien des outils lourds (faux, fléaux, haches), la stratégie de Jeanne se résumée par : "en avant toute et de suite, plutôt maintenant que trop tard". Le sens de la répartie est coutumier aux filles de caractère, confrontées aux railleries et machisme des hommes.

Le procès de 1431

Pierre Cauchon, docteur en théologie et maître de l'université de Paris, sait qu'il doit la condamner dans les règles pour éviter toute contestation ou doute. Il sera assisté par une centaine d' assesseurs parmi les plus éminents, une docte assemblée qui procèdera dans le strict respect des règles de l'église et du droit, l'inquisiteur de Paris assistera lui en simple spectateur.

Au premier abord la procédure a deux objectifs prioritaires, éliminer la sorcière et suppôt de Satan qui fait trembler les armées, en face, à la simple vue de son étendard, et dans la foulée jeter l'anathème sur Charles VII, sacré à Reims après avoir traversé un territoire aux mains des anglais, donc bien évidemment par la grâce du démon.

A posteriori on sait qu'il fut un triple procès d'état(s), attendu par les Bourguignons, Anglais et Français qui revendiquent l'héritage du trône de France.

Peut-on se fier aux documents des deux procès?

La réponse est incontestablement oui.

Les témoins déposent sous serment, ils vivent une époque pieuse ou le salut de l'âme est essentiel, on redoute la punition du parjure qui conduit aux enfers. Les comptes rendus d'audience sont rédigés par plusieurs greffiers, sous le contrôle des juges, sont relus et corrigés avant de devenir textes définitifs.

Il y eut sans doute quelques omissions accidentelles au vu du nombre d'intervenants, et volontaires comme "l'oubli" de certains rapports d'examens d'avant et d'après Poitiers, Cauchon a sans doute souhaité ne pas s'encombrer de plusieurs documents conduisant tous aux mêmes, ou presque conclusions.

Tant de questions, restent sans réponses, les "mythographes" pourront sévir longtemps encore.

Sources :

Le procès de Jeanne d'Arc : R.P. Dom. H. Leclercq (1906)

Jeanne d'Arc, vérités et légendes : Colette Beaune

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