15 septembre 2011 : décès de Georges Fillioud

Fillioud... Ce nom n'est pas inconnu des amateurs de radio : le père, Georges, vient de s'éteindre (le fils, Patrick, avait monté une radio pirate).

C’était il y a plus de trente ans. En France il n’existait alors que 5 ou 6 radios. Tout a changé depuis…

Fillioud, période « défense du monopole »

Un certain Georges Fillioud, qui ignore encore qu'il sera, quatre ans plus tard, responsable de l'épineux dossier des radios libres, déclare en 1977 :

- "Nous défendons le monopole pour que messieurs Bleustein-Blanchet, Hersant et Amaury ne soient pas tentés d'accroître leurs profits et leur puissance".

Fillioud… Ce nom n'est pas inconnu des amateurs de radio

Dès la fin des années cinquante, son talent de journaliste était reconnu et bien employé par Europe n°1 qui avait le vent en poupe. Son destin lui imposait de retourner au monde de la radio, même si ses aspirations du moment étaient quelque peu différentes : Mitterrand lui aurait volontiers confié la responsabilité du ministère des DOM-TOM ou celui des relations avec le Parlement. Nommé ministre de la Communication en 1981, Fillioud aura en charge de faire éclater ce monopole qu'il jurait de préserver en 1977.

Les pirates à l’abordage

Ultime fin des années 70… Malgré la menace non voilée de répression envers les contrevenants, des projets de plus en plus audacieux de radios libres se font jour. Considérant que de fortes sommes doivent être investies pour en assurer la pérennité, ce sont des "radios sur papier" qui se constituent prudemment, dans l'attente du grand jour : Gilda la Radiopolitaine menée par Patrick Fillioud (le fils du futur ministre), Radio Cité Future (dans laquelle le puissant quotidien Le Monde compte s'impliquer), Canal 75 du journaliste de télévision Maurice Séveno et surtout Radio K.

Gilda la Radiopolitaine (91 MHz)

Fondée par … le fils de Georges Fillioud ! On imagine l'ambiance à la maison. D'autant que Patrick clame haut et fort que sans publicité, la radio libre est irrémédiablement condamnée. Or son père, en septembre 1981, a dû s'incliner devant la volonté du Premier ministre Pierre Mauroy qui interdit catégoriquement l'usage de la publicité aux futures "radios locales privées" (le terme de " radios libres " hérissait le poil de tous ceux qui travaillaient à Radio France, puisqu'ils s'estiment, eux aussi, tout à fait libres).

Mauroy réagit à la fois avec sincérité et prudence

Il n'a pas envie de se mettre à dos la si puissante presse écrite qui craint de perdre une bonne partie de ses ressources publicitaires. A contrecœur, Fillioud, bouc émissaire malgré sa bonne volonté, répercute l'information. Pendant encore un an et demie, et contre ses propres convictions, Georges Fillioud poursuit sa croisade anti-pub'. Il sera le dernier informé : Mitterrand, lui, est favorable à la publicité sur les radios privées et s'en confiera lors d'une interview accordée à Gonzague Saint-Bris le 4 avril 1984. Pendant trois ans, Fillioud devra composer avec l'autorité de ses supérieurs, l'humeur et le harcèlement des radios dont il partageait pourtant le point de vue. En fonctionnaire exemplaire, il s'appliquera à défricher une jungle de plus en plus feuillue. Si sa position, durant cette période (de mai 1981 à mars 1984) n'est guère enviable, le choix d'un tel homme pour une telle mission s'est avéré judicieux.

Un homme de terrain

Georges Fillioud connaît, par expérience, les rouages les plus complexes du monde de la radio avec, en prime, une vision actuelle du problème : la FM des années 80 n'a certes plus grand rapport avec Europe n°1 du temps où il y travaillait, vingt ans plus tôt, mais son fils Patrick, avec qui il bataille ferme, est en mesure de lui faire vivre au jour le jour la vie d'une station pirate contemporaine.

Il fut la mari d'une actrice de feuilletons télévisés, Danielle Evenou. La physionomie "bon père de famille" de Georges Fillioud, ainsi que ses légendaires nœuds papillon, ont sans doute grandement contribué à arrondir les angles, décrisper l'atmosphère entre 1981 et 1984. Une faculté hautement nécessaire en ces temps où l'enthousiasme de la fin des années 70 commençait à sérieusement s'émousser et où l'agressivité remplaçait souvent la bonhommie (certaines saisies de radios furent, pour le moins, musclées). Georges Fillioud vient de mourir. Il laissera à jamais l'image d'un brave homme. Un "honnête homme" au sens que ce terme avait au 19è siècle.

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