A la télé dimanche soir sur France3: Greta Garbo dans "Le Baiser"

Vue la date de sa sortie (1929), ce film aurait pu être parlant. Mais la MGM, qui l'avait relookée, craignait de révéler la voix et l'accent de La Divine
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Son arrivée à Hollywood fut loin d'être acclamée. Le patron de la MGM lui ordonna de se mettre au régime, le studio s'occupa de corriger sa coiffure et sa dentition : « Elle était grassouillette, ne savait ni marcher, ni sourire " .

D'où venait le nom Garbo ?

Greta Loyisa Gustafsson a pris le pseudonyme de Garbo avant de quitter l’Europe ; ce nom vient directement de celui d’un roi hongrois du 15ème siècle, Bethlen Gabor. Mais si elle a changé de nom, elle n’en a pas pour autant changé d’apparence. Heureusement, certains croient en elle et vont faire de cette jeune femme gauche celle qu’on va rapidement surnommer la Divine. Un surnom amplement mérité, malgré le nombre en apparence restreint de ses apparitions sur pellicule (une trentaine, si l'on comptabilise ses films publicitaires.

Etait-elle vraiment divine ?

Le réalisateur suédois Mauritz Stiller lui avait décroché en contrat en or à Hollywood ; elle serait l’actrice la mieux payée d’Amérique… à condition qu’elle accepte un sérieux relooking :

- « à son arrivée, elle n'avait rien d'une femme fatale — Louis B. Mayer la surnommait alors « la grosse vache nordique » — mais un photographe décèle son important potentiel. Elle suit un régime amaigrissant et elle est relookée , cheveux coupés, lissés, front dégagé, yeux alourdis, sourcils réduits, regard mis en valeur" (wikipedia).

Un véritable réquisitoire !

Son compatriote Ingmar Bergman, qui la rencontra tardivement, est impitoyable :

- Sa bouche est laide, une fente rose pâle ceinte de rides verticales. C’est étrange et révoltant. Tant de beauté et, au milieu de toute cette beauté, un accord dissonant. Cette bouche et ce qu’elle dévoilait, aucun chirurgien, aucun maquilleur ne pouvait le faire disparaître comme par enchantement. (…) Je l’ai étudiée dans son dernier film où elle a 36 ans. Un visage beau mais tendu, une bouche sans douceur. La plupart du temps, le regard manque de concentration et il est triste malgré les situations de la comédie. Peut-être que son public a deviné quelque chose que lui avait déjà appris son miroir ( Laterna magica, Gallimard)

Les avis sont partagés

Son Pygmalion suédois, Mauritz Stiller, ne partageait pas, c’est le moins qu’on puisse dire, l’avis de Bergman : « ça n’arrive qu’une fois par siècle, un visage pareil ! ». Mais les années avaient passé entre la rencontre avec Stiller et celle avec Bergman. Et le réalisateur aurait pu avoir l’élégance d’attendre le décès de l’actrice pour publier d’aussi dures réflexions. Quoiqu’il en soit, il posait une question à laquelle personne n’a vraiment répondu : Greta décida-t-elle de mettre un point final à sa carrière parce que le public et la critique avaient plus ou moins boudé son dernier film, ou bien parce qu’elle-même se voyait laide sur l’écran ? Conséquence logique de cette décision (quelle qu’en soit la raison), elle refusa, non seulement de tourner, mais également d’apparaître en public. Les paparazzi n’en eurent que plus d’audace à la traquer car, bien que retirée du monde du spectacle, elle n’en vivait pas pour autant en permanence enfermée dans son appartement de 7 pièces.

Elle voyageait, voyait des amis triés sur le volet.

Mais il lui fallait en permanence se cacher, utiliser des pseudonymes pour descendre à l’hôtel. Et porter d’énormes lunettes noires et d’amples chapeaux pour ne pas être reconnue, pour se cacher… et pour cacher au monde qu’elle vieillissait, que son aspect physique s'étiolait.

Dans les années 80, Garbo subit l'ablation d'un sein suite à un cancer. Elle décèdera à New York le 15 avril 1990, à l'âge de 84 ans d'une pneumonie .

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