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DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

Avec Arte, découvrons la vie des courtisanes vers 1900

Le 31 décembre à 23h, Arte propose "Belles de nuit", un documentaire consacré aux femmes entretenues: la Belle Otero, Liane de Pougy, Cléo de Mérode, etc.

La Belle Epoque ne l'est pas tant que ça pour les femmes de condition laborieuse et modeste. Seules s'en sortent celles qu'on surnomme "les Cocottes". Mais leurs charmes ne durent pas toute la vie.

1900 : la femme travaille de plus en plus

La population féminine active non agricole est passée d'un quart en 1866 à un tiers en 1896, et c'est dans le commerce que la femme est la plus présente, pour un salaire inférieur à celui d'un homme employé aux mêmes tâches. En 1900, deux lois sont adoptées. L'une limite le travail des femmes - et également des enfants - à onze heures par jour (cette limite passera à dix heures et demie en 1902, mesure hélas accompagnée d'une réduction de salaire). L'autre loi prévoit qu'il y aura désormais dans les magasins autant de chaises que de vendeuses. Ce sont bien sûr des avancées pour celles qui, soumises à l'autorité des chefs de rayon, doivent rester souriantes en toute circonstance. Mais leur vie privée reste régentée par leur employeur : le mariage entre employés est interdit, une grossesse est un motif de renvoi.

Seules s’en sortent les femmes entretenues

Un charme parfois trouble et vénéneux les extirpe du ruisseau et leur permet d'accéder à la vie mondaine. Qui pourrait les blâmer de vouloir échapper à un sort peu enviable ? Mais une inconnue ne se retrouve pas célèbre et adulée du jour au lendemain. Elle doit d’abord tenter sa chance dans une quelconque revue, d'abord figurante à la corbeille, le visage caché par un éventail, puis danseuse anonyme dans une troupe, caressant l'espoir de gravir les échelons, séduire des hommes riches et puissants, devenir ce que les jalouses nommaient cocottes, lionnes, grues, grisettes ou grandes horizontales ; les qualificatifs sont multiples ! Impossible de nier leur existence, car les femmes légères ont beaucoup de poids dans la société mondaine.

Certaines eurent des rois à leurs pieds

Elles commençaient petit rat ou gigolette puis rapidement, car les rides surviennent toujours prématurément, comptaient dans les rangs de leurs admirateurs des princes et des ministres, voire des empereurs et des rois : Mistinguett en eut trois pour amants (Alphonse XIII roi d'Espagne, Edouard VII d'Angleterre et Gustave V de Suède), Gaby Deslys épousa le roi du Portugal en exil. Elles ne faisaient en cela que suivre l’exemple de Maria Dolores Eliza Gilbert, dite Lola Montez (1818 – 1861), « danseuse espagnole » de profession, qui compta parmi ses amants Listz et Chopin, le tzar de Russie et Louis 1er roi de Bavière qui la fit baronne de Rosenthal puis, en 1847, comtesse de Landsfeld avant d’être, l’année suivante, contraint d’abdiquer : l’influence de la belle sur la vie politique avait été désastreuse !

La Belle Otero

Elle est l'une des rares courtisanes dont on se souvient encore. Elle fut surnommée la Sirène du suicide car ses "fiancés" se tuèrent par dizaines. Par dizaines, les aristocrates se ruinèrent pour elle... pour elle qui mourut dans la misère !

Espagnole de naissance, Augustina Otero Iglesias dite Caroline Otero est née en 1868. Elle eut un père grec, militaire. Il était tombé amoureux d'une brûlante Gitane qui, malgré leurs cinq enfants, lui fit des infidélités. L'histoire s'achève en duel mortel, pour le père. Sa mère détestant Caroline, elle l'envoie, en 1878, faire la boniche dans un pensionnat dont elle s'évade rapidement. Elle n'a que dix ans mais quitte l'Espagne pour rejoindre, au Portugal, un "amoureux" qui la fait danser dans des bouges. Tout l'argent recueilli va dans la poche du "manager" qui paye sa pouliche en friandises. Elle apprend et pratique excellemment le flamenco, plaque l'indélicat et se réfugie à Paris où elle épouse un baryton. Pendant ces quelques mois de mariage (1888-1889), elle tente de s'initier au chant.

La voici fin prête pour mener grande vie...

Danseuse plus que chanteuse (la critique l'éreinta lorsqu'elle se mit en tête d'interpréter Carmen), elle fut surnommée l'Ardente Gitane de la Troisième République. Malgré la concurrence de Cléo de Mérode, de Liane de Pougy (bisexuelle qui finit au couvent), elle reste la plus célèbre courtisane de l'avant-guerre. Pour en savoir plus, CLIQUER ICI.

À propos de l'auteur

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Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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