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DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

Décès du chanteur Frank Alamo dans sa 70ème année

Il avait vendu des millions de disques entre 1963 et 1967. On n'est pas prêt d'oublier l'interprète de "Biche Oh ma biche" et du "Chef de la bande"

Né Jean-François Grandin, « Frank Alamo » est le fils du Pdg des téléviseurs du même nom (Grandin, pas Alamo !). Il aurait pu reprendre l'entreprise familiale, mais ça ne lui déplaisait pas de gratter sa guitare! Il enregistra même un disque, en grand secret de ses parents, avec ce pseudonyme emprunté à Fort Alamo, le célèbre western avec John Wayne.

Alamoooo : c'était son cri de guerre, lorsqu'il descendait à ski les pistes du Val d’Isère.

La légende raconte que c'est justement en dérapant sur la neige glacée, tout en hurlant "Alamoooo", qu'il a renversé Eddie Barclay, et que ce dernier, peu rancunier, lui a proposé d'enregistrer un premier disque. Disque qui, malencontreusement, est parvenu sur le bureau de papa Grandin le jour d'un conseil d'administration.

Le jeune homme est prié de choisir entre vendre des télés... ou passer à la télé!

Finalement, il opéra le bon choix, puisque les succès se succédèrent à une cadence infernale, jusqu'à son départ à l'armée: « Biche, ma biche » (formule qui plaisait beaucoup à Louis De Funès!), « Allo Maillot 38-37 », « File file file »... Des millions de disques vendus en trois ans. Pas mal du tout!

Des chansons… et des anecdotes

« Sylvie », en 1963, est l’adaptation de « Denise » du groupe américain Randy and the Rainbows. Hélas pour Frank alamo, c’est un échec… mais la chanson resurgira en 1978 sous le titre « Denis » par le groupe Blondie.

« File file file » (1963) est l'adaptation de "My little girl" des Crickets, le groupe qui avait accompagné Buddy Holly, dont le texte n'a aucun rapport avec la version française : When my little girl goes to the movies, Nobody looks at the screen. Frank Alamo obtient ainsi son premier n°1 au hit-parade français grâce à la célébration de la moto à grosse cylindrée. La moto porte chance à Alamo puisque son prochain N°1 sera la suite de l'histoire, "Le Chef de la bande", dont le héros se tue en moto.

Allo MaIllot 38-37 (1964)

A l'origine, l'idée n'était pas stupide : Alamo chantait le numéro de téléphone de sa maison de disques, Barclay. Mais l'élocution du chanteur n'étant pas irréprochable, une brave dame, qui n'avait rien à voir dans l'histoire (sinon un numéro d'abonné fort voisin, le… 36-37) fut dérangée durant plusieurs mois par des milliers d'appels incongrus. Inutile de préciser qu'elle porta plainte. Le procès, sans doute le plus ridicule du siècle, eut-il lieu ?

Da dou ron ron (1963)

La version originale, "Da doo ron ron" par les Crystals, fut n°3 aux U.S.A. et n°5 en Angleterre.L’histoire de Da dou ron ron est révélatrice du don de Johnny Hallyday pour discerner un tube : il l’a “décroché à l’arraché” à Georges Aber qui le destinait à Frank Alamo. Un soir, Aber et Hallyday se croisent. Johnny lui demande sur quoi il travaille actuellement ; à l’écoute de la version originale (produite par Phil Spector), Johnny s’emballe : il la veut ! Aber réplique qu’elle est réservée pour Alamo. Le ton monte (gentiment), et Aber est obligé de plier. Frank Alamo, dont la version subira les conséquences de la rivalité avec Johnny, sera heureusement gratifié du fameux "Chef de la bande" qu’Aber lui confiera plus tard.

Le Chef de la bande (1965)

Pour retrouver l'ambiance, l'atmosphère de "Leader of the pack", version originale du trio the Shangri-Las, la principale difficulté de l'enregistrement consistait à trouver un bruit de moteur qui donne "la pêche" à la chanson avant même sa première note. Après avoir fait de nombreux tests, tout aussi décevants les uns que les autres, avec les enregistrements de bruitage disponibles, le producteur du disque, Léo Missir, décrète qu'il doit absolument disposer d'une moto Honda, qui sera placée dans le studio d'enregistrement. Hélas, après maints essais, il doit se rendre à l'évidence : la Honda ne convenait pas, et il fallait immédiatement commander une Harley Davidson. La fameuse Harley ne pouvant être livrée avant minuit, l'autorisation fut demandée à Eddie Barclay de réserver les studios pour toute la nuit ! A tel point que le local dut être repeint le lendemain tant la fumée des gaz d'échappement en avait noirci les murs !

« Sing C'est La Vie » (1965)

1965, année charnière. Avant, les versions françaises se vendaient nettement mieux que les VO, en raison notamment du décalage entre leurs dates de parution respectives. Après 1965, ce sera le contraire, les artistes français ne parviendront plus à éclipser les versions anglo-saxonnes. "Sing C'Est La Vie" est un des derniers titres dont la VF, en termes de ventes, tient la route face à la VO de Sonny and Cher.

« A Travers Les Carreaux » (1967)

Adaptation de " No Milk Today ", le plus gros succès populaire mondial de Herman’s Hermits qui, pourtant, accumulait les hits dans son propre pays et aux USA. Sortie en octobre 1966, la chanson passait encore fréquemment à la radio six mois plus tard. On frisait l’overdose... l'overdose de lait ! Il est en revanche fort amusant de voir comment la chanson fut traitée en français... “ No Milk Today ” raconte l’histoire d’un couple qui s’est séparé, et, du coup, le laitier n’a plus besoin de passer le matin, puisque le narrateur-chanteur n’a plus goût à prendre son petit déjeuner tout seul. Frank Alamo adapta la chanson : “A Travers Les Carreaux”. Or, le chanteur était alors sous les drapeaux, et la pochette du disque évoquait plutôt le sentiment de regarder le monde à travers... des barreaux!

Après 1967...

Le grand succès n'est jamais revenu. Frank est mort le 11 octobre 2012

À propos de l'auteur

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DANIEL LESUEUR

Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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