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DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

Grâce à Arte, découvrons Gribouille, Christine Sèvres et d'autres

Dans "Il est minuit, Paris s'éveille", Yves Jeuland présentera des grands noms, connus et inconnus, de la chanson française de 1945 à 1960

Mardi 25 décembre à 20h55 sur Arte, les amoureux de la chanson française vont pouvoir se recueillir... et découvrir des documents rares; bien sur Brel, Ferré, Ferrat et Brassens seront présents, mais cette émission propose aussi de découvrir des artistes inconnues du grand public : Gribouille, Christine Sèvres... ou d'autres, aujourd'hui oubliées : Cora Vaucaire, par exemple, mais aussi Pia Colombo et Catherine Sauvage.

Pia Colombo et Catherine Sauvage

Pia Colombo (Hélène Pia, 1934-1986) peut surprendre si, d'aventure, on découvre sa version du Métèque de Moustaki : sa façon de rouler les r évoque le phrasé de Mireille Mathieu. Française d'origine italienne née en 1934, elle étudie d'abord la danse et le théâtre. Sa rencontre en 1956 avec Maurice Fanon est déterminante (L'Echarpe). Interprète de talent (La Casa d'Irène remporte un vif succès), elle reste, hélas, une interprète... Son aînée Catherine Sauvage (née Jeanine Saunier en 1929) connaît le même parcours. D'abord comédienne, elle chante ensuite dans les cabarets dits "rive gauche", une étiquette utilisée parfois péjorativement par ceux qui considèrent (ils n'ont pas toujours tort) que chanson à texte = ennui. Parmi ses grands succès, citons C'est à Hambourg, Paris canaille, Mets deux thunes dans l'bastringue.Brassens avait dit d'elle "Elle ne chante pas, elle mord". Mais pour une chanteuse qui mord, combien d'autres qui caressent ?

Christine Sevres

Une injustice flagrante frappa Christine Sèvres (Jacqueline Christine Boissonnet, 1931-1981) dont le seul succès populaire, La Matinée, fut un titre enregistré en duo avec son second mari, Jean Ferrat, en 1969. Il est vrai que la chanteuse culte de la Rive gauche enregistra peu : trois chansons en 1961, huit en 1962, douze en 1968 (son premier 33 tours sort le 10 mai 1968. Personne, évidemment, ne l'achète), dix en 1970 (dont, de Brigitte Fontaine, Le Beau Cancer, maladie dont mourra Christine à tout juste 50 ans). Attirée par le théâtre, pour ne pas faire de peine à ses parents qui voyaient en elle un écrivain, elle prend un pseudonyme, Sèvres, tout simplement parce qu'elle habite près du métro Sèvres-Babylone. Tchékov ne nourrit pas son homme, ni sa femme ; elle exerce une floppée de petits boulots, de vendeuse de petits suisses à barmaid, de mannequin à secrétaire d'écrivains réputés, de taxi-girl à dessinatrice industrielle, vend des assurances ou des encyclopédies au porte-à-porte et termine portraitiste aux terrasses des cafés de Saint-Germain et enfin récitante de poèmes d'Apollinaire et de Prévert. Selon Jean Ferrat, elle aurait préféré être comédienne de métier, mais elle eut l'opportunité de devenir chanteuse. Et comme il faut bien gagner sa vie... Pour égayer son tour de chant, elle y incorpore une chanson de Mistinguett, car "J'ai droit aux trucs inchantables, la guerre, les tortures ; tout ce qu'on ne peut pas chanter entre la poire et le fromage, au cabaret, c'est pour Christine ! Je reçois de ces trucs, je vous dis pas, il y a de quoi se faire sauter la cervelle !" (La Croix, 1969). En 1972, considérant qu'elle n'a pas réussi dans cette voie, elle abandonne la chanson et se consacre à la peinture.

Gribouille, grand talent disparu prématurément

Présentée comme l'une des nombreuses héritières d'Edith Piaf, la jeune chanteuse décédée à l'âge de 27 ans n'eut pas le temps de faire ses preuves...Gribouille (Marie-France Gaité) n'avait pas revendiqué l'héritage de Piaf, ce sont les médias qui lui collèrent cette étiquette qui, très certainement, la desservit car elle avait sa propre personnalité ; elle a en outre cosigné toutes les chansons qu'elle interprétait et s'est constitué un répertoire où ne figurait aucune reprise. Comme l'écrit Pascal Sevran (dictionnaire de la chanson française, 1986), "A la mort d'Edith Piaf, on a voulu en faire une seconde "môme". Mais la personnalité de Gribouille était beaucoup trop puissante pour accepter un tel calque...".

Née à Lyon en 1941, elle souffre très tôt de troubles psychologiques et doit être placée en hôpital psychiatrique

Elle en gardera, jusqu'à la fin de sa vie, l'habitude de consommer en masses des substances médicales tranquillisantes.

La légende raconte qu'elle arriva en stop à Paris à bord d'un corbillard

Nous sommes alors en 1960, elle dessine sur les trottoirs, elle "gribouille" (d’où son pseudonyme) pour assurer sa pitance et attire l'attention d'un promeneur attiré par son physique androgyne. Ce promeneur, qui n'est autre que Jean Cocteau, avait cru avoir affaire à un jeune garçon.

Cocteau lui permet de se produire dans les cabarets

Elle se produit au « Bœuf sur le toit » et à la « Cabane bambou ». Plus tard, ce sera « L'Ecluse », temple qui avait accueilli Barbara.

À propos de l'auteur

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Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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