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DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

Il y a 35 ans disparaissait Claude François

Retour sur une carrière monumentale

En longévité, Clo-Clo fut loin d'égaler Maurice Chevalier ou Edith Piaf : lui ne publia de disques à succès que de 1963 à 1978. Le mythe perdure... Pourtant, sa carrière ne dura que 15 ans.Après son décès, rares furent les enregistrements inédits redécouverts et publiés par sa maison de disque. Plus qu'une œuvre parfois contestable (Jacques a dit, Du pain et du beurre) c'est surtout une personnalité que Claude François laisse à la chanson de variété française, confinant parfois au génie (Comme d'habitude). Disparu prématurément, on peut cependant présager qu'il aurait continué à faire alterner chansons graves et émouvantes (Le Téléphone pleure) avec de sautillantes bluettes (Alexandrie, Alexandra) au gré de son choix despotique parmi les titres que lui suggéraient les paroliers et compositeurs qui l'assistaient.

Claude François est né en Egypte en 1939

Sa famille est composée de musiciens. C'est donc tout naturellement qu'il apprend le violon dès l'âge de cinq ans. Suite aux évènements de Suez, tous s'installent à Nice. A vingt et un ans, nous le retrouvons batteur dans une formation de jazz, à Monte Carlo. Mal payé, exténué, il apprend le métier à la sueur de son front.

Se croit-il prêt à devenir une vedette ?

Il enregistre un premier 45 tours sous le nom de Ko-Ko : sa version du "Clair de lune à Maubeuge" passe totalement inaperçue, de même que "Le nabout twist" qui figure au menu du même 45 tours. C'est un cuisant échec, mais le seul de sa carrière. A partir de « Belles belles belles », Claude François prend d'assaut les juke-boxes de France et de Navarre (Marche tout droit, Quand un bateau passe, Si j'avais un marteau... et la liste est longue). Le succès part d’un coup de chance monumental : la semaine où sort son disque, Daniel filipacchi n’en avait pas trouvé de suffisamment intéressant pour commencer et finir son émission Salut les copains, à 17h et à 19h. du coup, Claude François est désigné « Chouchou de la semaine » et sera diffusé deux fois par jour du lundi au vendredi.

Belles belles belles

C'est un caprice de star qui fit de Claude François une vedette. La star en question se nommait Lucky Blondo (Gérard Blondiot, pour l'état civil) : à l'origine, c'est lui qui devait enregistrer "Belles belles belles", l'adaptation de Girls Girls Girls (Made To Love) des Everly Brothers. Blondo, qui avait déjà connu le succès avec d'autres adaptations (Multiplication, Sheila, J'ai un secret à te dire), pouvait alors se permettre de faire la fine bouche. Blondo n'apprécie pas la traduction qu'on lui propose, et la délaisse au profit du débutant qu'est encore Claude François. Clo-Clo à son tour demande à Vline Buggy de retravailler le texte. C'est le début d'une collaboration tout à fait extraordinaire : plus de 150 chansons strictement à l'intention de Clo-Clo jailliront de sa plume. Devant le succès de Belles belles belles, qui allait désormais l'obliger à se montrer en public, sur scène et à la télévision, Claude François prend la décision de se faire refaire le nez.

Son physique, on doit bien l'admettre, n'est pas celui de Johnny !

L'argent, qui désormais coule à flots, lui permet également de s'offrir un appartement à Paris ; il croit réaliser une bonne affaire en faisant l'acquisition, à bas prix, de ce logement maudit où il trouvera la mort. Une femme s'y était suicidée, et le propriétaire, pour chasser le souvenir de son épouse défunte, souhaitait se débarrasser du logement, quitte à le brader. Troublant : le 18 mai 1963, Claude François, qui n'a encore qu'un seul disque à succès à son actif, se fait lire les lignes de la main par une Gitane, diseuse de bonne aventure. Elle lui prédit une éclatante réussite professionnelle, mais rougit en constatant que sa ligne de vie est bien courte, qu'il risque de disparaître vers l'âge de quarante ans, à peine beaucoup plus. Effectivement Clo-Clo mourra en 1978, âgé de trente-neuf ans.

Pauvre petite fille riche

Dans les mois qui suivent « Belle belle belle » , les succès se suivent à un rythme effréné. Avec notamment le slow de l’été 1963, « Pauvre petite fille riche ». Elle a véritablement existé, cette pauvre petite fille riche. Au début des années 50, les parents de Claude François travaillaient au Canal de Suez et vivaient dans l’opulence. Les évènements de 1956 les obligèrent à quitter l’Egypte. La famille s’installa sur la Côte d’Azur. En 1959, Claude trouve un emploi de percussionniste dans une formation musicale responsable de l’animation de l’Hôtel Provençal, à Juans-les-Pins. C’est là qu’il rencontre Benjamine (ou Vicky, selon d'autres sources), jeune Anglaise, blonde et riche. Ses parents n'accepteront jamais qu'elle épouse un saltimbanque. Leur histoire d'amour tourne court, mais donnera naissance au tube de l'été 1963, un slow qui fait la différence avec l'autre hit qui figure sur le même 45 tours, le rythmé " Si tu veux être heureux ", adaptation de "If you wanna be happy" de Jimmy Soul.

Si tu veux être heureux

Pour une fois, le public français ne connaît pas la version originale avant de découvrir sa reprise. C'est un atout : même les célèbres Chats Sauvages avaient bien du mal à se faire entendre, lorsqu'ils chantaient "Elle t'aime" après que les Beatles aient susurré "She loves you" durant deux mois. De plus en plus, en effet, la concurrence est âpre dans la course au tube étranger. Les "spécialistes de l'adaptation" se livrent à une lutte effrénée. C'est la bousculade dans les bureaux des éditeurs musicaux pour obtenir LE titre qui fera tilt dans le cœur des Français. Pour garder une longueur d'avance, Claude François fait l'acquisition d'un poste de radio à ondes courtes, muni d'une excellente antenne, et, la nuit (car la réception des émetteurs éloignés est meilleure) se met à l'écoute des stations étrangères pour écouter ce qui "marche" ailleurs. Cela lui permettra de rester dans le peloton de tête, aux côtés de Johnny Hallyday et Richard Anthony, et de garder sa place lorsque le public français se fera plus exigeant.

À propos de l'auteur

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Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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