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DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

Interview Status Quo, Paris, 1980 (deuxième partie)

Suite de notre interview réalisée dans un grand hôtel parisien...

QUESTION : Au début des années 70, de nombreux groupes britanniques ont dû s'exiler aux Etats-Unis et y donner de nombreux concerts. Les grands groupes anglais sont-ils toujours en crise ?

REPONSE : Non, heureusement. En ce qui nous concerne, nous sommes financièrement plus qu'à l'aise ! Nous sommes confortablement établis, et tout va bien. En fait, le problème réside au niveau de l'impôt : l'état anglais prend 90 % ou plus de ce que gagne un grand artiste, c'est pourquoi, certains musiciens préfèrent travailler aux States.

Q : Justement, lorsque vous jouez aux U.S.A., ne vous est-il pas pénible de manquer d une certaine forme de contact avec votre public en jouant dans les salles monstrueuses de 100 000 places où se produisent fréquemment d’autres monstres sacrés du rock fort, j'ai nommé Kiss ?

R : Effectivement, c'est horrible de voir cette marée humaine à perte de vue ; l'idéal serait un maximum de 20 000 personnes. l'idéal serait 20 000...

Q : N'avez-vous pas parfois envie, comme certains de vos grands frères, de splitter (en français, vous séparer pour entreprendre des carrières, des projets en solo ?

R : Etre un Status Quo, c'est une aventure fantastique. Dès le réveil, chacun de nous, quoi qu'il fasse, est partie intégrante du groupe. C'est un travail considérable. Il faut répéter, veiller à ce qu'il n'y ait pas le moindre pépin. Sur scène, il n'est pas question de décevoir le public qui attend un spectacle parfait d'un bout à l'autre. Pas question de forcer sur la boisson ou la fumette avant d'entrer en scène. C'est tout une discipline que d'être un Status Quo.

Q : Le cinéma est parfois utilisé comme support au rock, notamment avec Led Zeppelin, qui s'est servi de l’image pour rajouter le rêve à leur show somme toute très mécanique et froid. Pensez-vous un jour présenter votre spectacle à l'aide du cinéma ? 

R : Nous y avons déjà pensé ; malheureusement, au tournage des bouts d'essai, il s'est avéré que l'un d'entre nous était vraiment trop laid pour pouvoir décemment se présenter sans honte en face d'une caméra. A vos lecteurs de deviner lequel.

Q : Avec le recul, que pensez- vous aujourd'hui de votre premier album ?

R : Il était à la fois fantastique et lamentable. Fantastique, pour la nostalgie, la fraîcheur, la spontanéité qu’il contenait... Et lamentable car il était réellement représentatif de notre inexpérience, que ce soit simplement dans notre manière de jouer aussi bien que dans le choix des chansons et du son.

Q : Comment voyez-vous votre évolution au cours des années à venir ?

R :  Aussi longtemps que le public manifestera un intérêt pour notre musique, nous continuerons à jouer et à lui apporter ce qu'il désire : du défoulement et l'oubli de ses problèmes. Mais nous voulons finir les meilleurs, ne pas quitter cette place au sommet. Si jamais cet incroyable succès auprès des foules diminue, nous laisserons tomber. Pas la peine d'enregistrer des albums qui n'intéressent personne ou de jouer dans des salles désertées par les kids.

Q : Que pensez-vous des journalistes musicaux qui cherchent une portée sociale ou politique au rock et qui vous reprochent de représenter l'avachissement du rock, son refus de la révolte ? 

R : Nous sommes là pour amuser le public et gagner notre vie de cette façon. Si vous joignez politique à la musique, ce n'est plus du « show-business ». Effectivement, dans le monde entier, les rock-critics ont dit énormément de mal de nous... mais cela ne nous tracasse plus, cela ne peut plus nous toucher. Nous, ce qui nous importe, c'est que les ouvriers qui ont durement bossé toute la journée se défoulent un coup et oublient toutes les injustices sociales.

Q : Que pensez-vous alors de gens comme John Lennon ou Bob Dylan qui ont quand même essayé à leur façon de faire évoluer le monde ? 

R : Lennon, à ses débuts, chantait « She loves you yeah yeah yeah » ou « I want to hold your hand », Eh bien nous, c'est pareil : nous voulons parler des oiseaux, des fleurs, du soleil et de l'amour. Nous essayons de maintenir l'esprit, la simplicité du début des années soixante. Si des gens veulent entendre parler politique, ils peuvent mettre les informations à la radio, à la télé, acheter le journal. Les gens s'en foutent, en fait, de ce que l'on raconte dans les chansons, L'important est la mélodie, qui doit être facile à retenir, entraînante, qui doit vous donner envie de taper des pieds et des mains, et non les textes que vous pouvez y coller. Le public scandera n'importe quel slogan avec n'importe quel chanteur pourvu que la musique et le rythme assurent derrière. Il ne faut pas tout mélanger ; prendre son pied et faire de la politique ! Si les Beatles, et donc Lennon, se sont fait connaître, ce ne sont pas par leurs déclarations. C'est déjà assez difficile de présenter un show convenable, de jouer sans une fausse note et sans panne matérielle deux heures d'affilée. C'est sans doute une des raisons de notre succès, c'est notre acharnement, notre conscience professionnelle.

Q : Vous êtes principalement un groupe de scène. Comment arrivez-vous néanmoins à enregistrer des albums aussi vivants en studio ?

R : Il est évident qu'il nous manque ce contact avec le public, mais nous essayons de faire de notre mieux. Il est évident qu'un fan qui écoutera notre nouvel album constatera effectivement qu'il est encore meilleur que: les autres.., mais sur scène les mêmes morceaux seront dix fois meilleurs ! C'est pourquoi nous sortons des albums en concert de temps en temps. Néanmoins, en studio, il y a aussi certaines manières de travailler. Si un morceau ne décolle pas, il est inutile d'insister et de le refaire dix fois de suite ; on laisse tomber et on part boire un verre pour se détendre, Inversement, sur scène, pas question de reprendre un morceau si on le foire ou si un ampli lâche. Alors, l'un dans l'autre...

À propos de l'auteur

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Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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