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DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

Jim Morrison et Ray Manzarek, deux Doors aux portes du paradis

Décès le 20 mai, à l'âge de 74 ans, du fabuleux organiste et membre fondateur du célèbre groupe californien

C'était en 1967... Le monde entier découvrait "Light My Fire", pièce épique d'une durée de près de sept minutes, qui projetait en peine lumière la musique de la west coast américaine. Le groupe des Doors avait fait exploser les portes de notre perception musicale.

Un groupe difficile à gérer

Au début des Doors, Jim n'en était pas le chanteur.Au fil des mois, il transforma ses quelques grognements en un véritable tour de chant, mais, continuant de tourner le dos au public, il précisait toujours : « Je ne chante pas, je gueule ».Rapidement les excès auxquels Jim, devenu vedette, pouvait prétendre, eurent raison de son organisme. Beau comme un dieu durant sa conquête des foules et des médias, il n'était plus qu'une (ex ?)-rock star ventrue et imbibée lorsqu'il débarqua à Paris pour y finir sa vie, comme Marat, dans une baignoire. Interrogé par Rock & Folk, Robbie Krieger, membre fondateur des Doors, déclarait en 1997 que « dans les années soixante, personne ne savait que la drogue ou l'alcool pouvait démolir un homme. »

Après deux albums (« The Doors » et « Strange Days »)et l'accession au vedettariat, l'état de défonce permanente et exagérée de Jim MORISON menaça sérieusement la cohésion et l'avenir du groupe.

Morrison avait déclaré, en parlant des Doors : « Nous faisons de la bonne musique ensemble, mais ces types-là ne sont pas mes amis ». Une formation rock est une association comme une autre, avec ses hauts et ses bas, ses conflits, dus aux personnalités de chacun... et au flot incessant d'argent, à partager, équitablement ou non.

Les concerts et les enregistrements en studio étaient de plus en plus pénibles

Leur producteur, Paul Rothchild, était exigeant à l'extrême, mais, lorsqu'il fallait réenregistrer vingt fois le même morceau, cela était surtout dû à l'état avancé du chanteur plus qu'au désir de perfectionnisme de Rothchild (« The Unknown Soldier »nécessita 130 prises). Une fois, déjà, le batteur des Doors avait rendu son tablier... pour revenir le lendemain.

En juin 1968, Jim avait annoncé à ses partenaires qu'il n'avait plus l'intention d'être l'un des Doors

Il ne fut, certes, pas en mesure de mettre sa menace (c'en était une pour son entourage) à exécution, mais chacun comprit que dans un avenir plus ou moins proche, Jim s'en irait. Et lorsqu'il décida, pendant le mixage de l'album "LA. Woman", de faire retraite à Paris, pour au moins un ou deux semestres, en partie pour rejoindre Pamela qui était partie y retrouver un amant, nul n'aurait pu lui faire changer d'avis. Comme toutes les stars parvenues (peut-être trop rapidement, dans son cas) au faîte de la gloire, Jim n'avait de compte à rendre à personne. Il se dégradait rapidement. Ses cheveux commençaient à grisonner prématurément, il devenait gras, bouffi... Son producteur lui fit remarquer qu'il commençait à perdre sa voix.

Le sentiment d'être passé à côté du but originel le hantait

Le malaise s’installa lorsque « Celebration Of The Lizard », le grand poème rock épique qu'il avait conçu pour remplir toute une face d'album (24 minutes) fut supprimé du 33 tours où il devait figurer (en compensation, le texte intégral figurera à l'intérieur de la pochette de l'album suivant, « Waiting For The Sun »).À un moment, Jim envisagea même de réciter de courts poèmes entre les diverses chansons de leur troisième 33 tours (à ce sujet, expliquons la genèse de l'album posthume « An American Prayer » : il s'agit à l'origine d'une série de poèmes récités le 8 décembre 1970, jour de son anniversaire. Jim était allé seul en studio ; les autres Doors n'ont jamais su quelle utilisation artistique ou/et commerciale Jim comptait donner à ces enregistrements. Ce n'est qu'en 1978 qu'ils ont mis en musique cette sorte d'hommage à leur ami disparu).

L'atmosphère continua de se dégrader

A l'origine, Morrison avait monté les Doors dans le but de créer une fusion révolutionnaire du théâtre, de la poésie et de la musique. Or les fans venaient en masse aux concerts pour assister d'avantage à un événement "sensationnel" qu'à un simple spectacle, se demandant chaque soir ce que Jim allait bien pouvoir trouver de nouveau pour choquer. Dès lors, le chanteur se sentit de plus en plus frustré : il voulait être considéré comme un grand poète contemporain, mais on ne voyait en lui qu'un semeur de foudres. Autant que possible, les concerts devaient tourner à l'émeute. Ces "happenings" étaient, certes, fort prisés par l'underground, mais, en contrepartie, Jim apparaissait de plus en plus comme un danger pour l'Amérique (la saga des Doors : à suivre en cliquant ICI).

À propos de l'auteur

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Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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