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DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

John Lennon sur Arte samedi soir: ses années new-yorkaises

John Lennon déclara "La vie commence à 40 ans" quelques jours avant de mourir, à New York, à 40 ans

Il y a beaucoup plus de morts violentes parmi les rockers que parmi les caissières de supermarchés. John Lennon déclara "La vie commence à 40 ans" quelques jours avant de mourir, à New York, à 40 ans. Ce sont ces années dans la grande cité que nous présente Arte samedi soir.

Un pays peu accueillant

L'Amérique ne voulait pas de Lennon (il eut un mal fou à obtenir la green card) mais à l'époque -après son départ des Beatles- c'est le monde entier qui lui en voulait.

Paul McCartney, à une certaine époque, le détesta (« C’était un pourceau paranoïaque, un coquelet égocentrique jaloux de mes chansons » avait-il révélé en 1985 au magazine britannique Woman avant de rapidement se rétracter)… Les critiques d'art puis la moitié des médias à partir de 1970 se moquaient de lui… Les habitants de Liverpool le répudièrent lorsqu'il décida de s'installer à New York… La police le "coinçait" régulièrement pour détention de substances illicites… Les services d'immigration américains lui refusaient un visa et le ministère de la Justice demandait son expulsion… Elvis Presley manifesta contre sa demande d'obtenir la nationalité américaine… L'ensemble de l’administration Nixon voulait sa peau lorsqu'il décida d'entamer une vaste tournée des USA pour manifester contre la guerre du Vietnam. Bref, une bonne partie de la planète semblait en vouloir à l’ex-Beatle. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que John Lennon soit serein ?

Et pourtant, il y parvint, juste à la fin

Le sort de son épouse, Yoko Ono, se résume, lui, à quelques mots : elle est universellement détestée depuis un demi-siècle (quelques heures à peine après le décès de John, un malade mental, armé, était arrêté, en route pour tuer Yoko ; par la suite, les menaces à son encontre ne cessèrent de se multiplier, et il exista même un fan-club de Mark Chapman, dont chaque bulletin s'achevait invariablement par la formule "Death to Yoko", "à mort, Yoko". Pourtant elle n'est ni Hitler, ni Pinochet.

Son seul défaut fut de dominer l'être fragile et instable qu'était John

Pour John, Yoko était l'épouse et la sœur, la maîtresse et la mère, la "mère supérieure" de « Happiness Is A Warm Gun ». En gros, tout ce que fut ou, au contraire, ce que ne fut pas sa mère Julia. Et durant les séances d'enregistrement du disque et du film « Imagine », on voit Lennon déclarer : She's a lovely mother to me, a lovely mother.

Jonathan Cott, qui eut le privilège d'interviewer l'artiste plusieurs fois, enfonce le clou :

— Yoko était devenue son professeur, son gourou, son maître spirituel, et, comme il nous l'a dit dans « One Day (At A Time) », "il était la porte et elle était la clé". Yoko, tout simplement, permit à John de devenir ce qu'il était.

Vulnérable, sensible, peu sûr de lui...

N'est-ce pas là, finalement, la véritable personnalité de John ?

Coup de théâtre : on retrouva un journal posthume !

- Au Dakota Building, plus rien n’allait entre John et Yoko. La situation était telle que les domestiques spéculaient sur l’éventualité d’un double suicide. Mais John n’aurait pas voulu que son fils Sean grandisse orphelin (…) Depuis qu’il s’était retiré de la musique, en 1975, il mettait toute sa créativité dans son journal intime (Nowhere Man, Robert Rosen).

Immédiatement après le meurtre de l’ex-Beatles, le jeune Frederick Seaman, assistant et homme de main de la star, s’empara des journaux intimes du défunt. Pour Yoko, qui porta plainte, cela s’apparentait à un vol. Pour Seaman –était-il de bonne foi ?- il ne faisait qu’appliquer la consigne : John l’avait chargé d’utiliser les cahiers, après sa mort, pour écrire sa biographie puis ensuite de remettre les dits cahiers à son fils aîné Julian. Les notes, au départ, étaient inexploitables tant la pensée de Lennon était… éparpillée, pour ne pas dire confuse. Du coup, le premier livre qui en jaillit, « John Lennon : les derniers jours », est davantage un recueil de souvenirs de Seaman relatifs aux années qu’il avait passées près de Lennon, qu’à vrai dire les réflexions de l’artiste. Il en ressort surtout que l’employé du couple Lennon-Ono admirait son maître et vouait une haine sans nom à sa maîtresse… qui le lui rendit bien en l’assignant en justice !

L’affaire en serait restée là si Seaman n’avait d’abord confié les dits carnets à l’écrivain journaliste Robert Rosen, cinq jours seulement après la mort de John, pour mission de les mettre en forme, de les rendre lisibles et publiables…

Les informations délivrées dans « Nowhere man » sont donc à prendre avec des pincettes

Mais le fait que Yoko n’ait rien fait pour en interdire la publication est peut-être un garant de l’authenticité des écrits de Rosen (à suivre en CLIQUANT ICI).

À propos de l'auteur

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Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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