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DANIEL LESUEUR

Publié dans : musique

L'Aigle à trois têtes de la chanson française (2è partie)

Christophe, Renaud et Michel Polnareff font leur retour au monde du disque.

Plutôt que de vous parler de disques que nous n'avons pas encore écoutés, revenons sur le début de chaque artiste... Après Christophe et avant Renaud, voici Michel POLNAREFF


En 1965, Michel Polnareff vit en hippie sur les marches du Sacré-Cœur ; il gratte sa guitare et fait la manche. Fréquemment il collecte jusqu'à 500F qu’il partage ensuite avec ses amis. Fils de bonne famille, il aurait pu se dispenser de mendier. Son père, sous le pseudonyme de Léo Poll, est un musicien réputé, notamment pour avoir mis en musique les paroles de la chanson de Maurice Druon, « Le Galérien ». Indéniablement, Michel baigne dans un environnement artistique. Il obtient le premier prix du Conservatoire de piano à l'âge de onze ans et demi. 

Comment est-il passé du piano à la guitare ?

 Tout simplement parce qu’il était impossible de de hisser un tel instrument en haut des marches de Montmartre ! Doué pour la musique, il avait appris un nouvel instrument à toute vitesse grâce à une méthode intitulée "La Guitare en trois leçons". 

Il chante en anglais les chansons de Bob Dylan, et, satisfait du résultat, s'inscrit à un concours de rock organisé à la "Locomotive", night-club réputé à Pigalle. Il remporte le Premier prix en interprétant « Peggy Sue » de Buddy Holly, chanteur qui était aussi myope que lui... Un premier prix refusé mais pas contesté : Michel Polnareff est tout à fait conscient de son talent et de son potentiel commercial. C’est la raison pour laquelle il accepte la place de premier... mais pas le prix qui va avec, à savoir un contrat d’enregistrement chez Barclay : avec la détermination qu’on lui connaît, Polnareff décrète qu’en pur hippie détaché de l’argent, il ne pourra jamais s’entendre avec Eddie Barclay. Pour lui, pur et inflexible marginal, Barclay représente le gros cigare, les yachts et le champagne... Bref toute la "décadence" que renie la contre-culture. Du coup, il offre le contrat...au deuxième prix ! 

Le destin, cependant, s'accroche à ses basques : son ancien copain de classe Gérard Woog à qui il faisait les devoirs pendant ses heures de colle le traîne de force chez un éditeur musical pour qu’il décroche un contrat. L’audition se passe mal, très mal. L'éditeur en question décrète que Michel "pue, qu'il a des bottes de nazi et des cheveux trop longs". Au moment de passer... ou de claquer la porte, Michel est retenu par une secrétaire qui plaide sa cause. L’éditeur réfléchit... et fléchit. Ragaillardi, Polnareff manifeste ses desiderata : "Je veux bien enregistrer pour vous, mais à Londres, avec Jimmy Page comme accompagnateur et John-Paul Jones comme arrangeur ". Page et Jones, déjà fort réputés comme musiciens de séances seront mondialement connus en 1969 après qu’ils aient fondé le groupe Led Zeppelin. 

Pourquoi ce souhait, cette exigence, cet ultimatum : enregistrer à Londres ? 

La raison est double : c’est à Londres que, selon Michel, se situent les meilleurs studios d’enregistrement du monde, mais également parce que son premier 45 tours, « La Poupée qui fait non », il l’avait écrit en anglais durant un séjour dans la capitale britannique. 

L’ex-mari de Dalida, Lucien Morisse, est à la fois directeur des disques AZ et des programmes de la radio Europe n°1. il a entendu parler de ce jeune chanteur, râleur mais prometteur. Il écoute la bande de « La Poupée... ». Emballé, il le diffuse sur Europe 1. Polnareff, dès ce premier disque, se retrouve 5ème au hit-parade de mars 1966. Un succès incontestable... mais qui n’est rien par rapport à celui de son deuxième 45 tours, « Love me please love me », plus gros succès de l’été 1967.

 La suite de l'histoire, on la connaît : des succès, des succès, des succès... et puis une sombre histoire : son secrétaire a détourné de l'argent au fisc mais, devant la Justice, c'est Michel qui est responsable. Alors il s'exile aux États-Unis et jamais ne retrouva la place qu'il avait perdue.

À propos de l'auteur

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DANIEL LESUEUR

Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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