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DANIEL LESUEUR

Publié dans : musique

L'Aigle à trois têtes de la chanson française (3è partie)

Christophe, Renaud et Michel Polnareff font leur retour au monde du disque.

Plutôt que de vous parler de disques que nous n'avons pas encore écoutés, revenons sur le début de chaque artiste... Après Christophe et Polnareff, voici RENAUD




Il n'est pas simplement parisien, il est carrément "parigot".

Né en 1952, il s'est forgé un nom de son prénom, Renaud Séchan.

A la fois Bruant et Gavroche, Renaud commence sa carrière comme gratteur de guitare dans le métro lorsqu'il pleut, ou sinon au pied de la butte Montmartre, comme l'avait fait Michel Polnareff quatre ans avant lui.

Son premier album voit le jour en 1975, mais il n'aime pas beaucoup sa voix. Si ses prouesses vocales ne sont, selon lui, pas encore au point, les textes sont déjà percutants, comme en témoignent "Société tu m'auras pas", « Amoureux de Paname » et « Ecoutez-moi les gavroches ».

Sans véritablement croire au succès qui commence à poindre le bout de son nez, il publia un deuxième 33-tours qui cassa la baraque, avec des titres populaires : « Germaine », « Adieu minette » et surtout « Laisse béton » (1978) qui devint un leitmotiv.

Renaud devint une sorte de star anachronique, presque une antistar. C'est avec impatience que le public attendait son troisième album. 

"Ma gonzesse" permit de découvrir un Renaud tendre, différent de son image habituelle. Mais il sait se montrer caustique et saignant (« Où est-ce que j'ai mis mon flingue ? », « Mon HLM », « Les Aventures de Gérard Lambert »).

Nous avions eu la chance de le rencontrer en 1977 avant qu'il soit très connu. Voici quelques extraits de notre interview exclusive : il s'était prêté au jeu des évocations...

Tube 

«Laisse béton», ce n'est pas moi qui en ai fait un tube, ce sont les radios, les télés. Mais ça m'a permis de me faire un nom, de pouvoir me payer des musiciens.

Réussite 

Pouvoir chanter ce que je veux, quand je veux, où je veux.

Révolution

Ça commence toujours bien, ça se termine toujours mal. 1789, ça devait abolir les privilèges et les inégalités. Raté ! Mai '68, j'ai cessé d'y croire quand j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de manif le dimanche ! La révolution chinoise : maintenant , ils ont tous à bouffer, mais qu'est-ce qu'ils s'emmerdent. La Révolution d'Octobre : la Russie est libre ? Cuba, pour terminer, la meilleure : si tu veux pas travailler, on te fout en taule. Alors, révolution, mon cul. Tu la fais tout seul, dans ta tête. La masse a toujours tort, l'individu a toujours raison.

Télé, radio, presse

Personnellement, je ne refuse pas d'émission, même les mauvaises ! En effet, il est très difficile de trouver tel ou tel critère pour accepter ou refuser. Alors je pars d'un principe : j'accepte de chanter pour tout le monde, même pour les cons, les fachos, etc.... Si on ne chante pas pour eux, ils resteront aussi cons et fachos. Si je m'écoutais, je chanterais pour les anars, les taulards, les gangsters et les putes. Ça fait peu de monde.

Bob Dylan

 J'ai adoré jusqu'à « Self Portrait », et à nouveau depuis « Desire ». J'en ai rien à foutre de ce que la presse a dit de lui. Je prends mon pied, ça me suffit.

CinémaJ'ai eu mon premier rôle à quatre ans. La comédie me passionne plus que la chanson, mais c'est encore plus dur. Aujourd'hui, je ne peux plus concilier les deux. En tant que spectateur, j'aime pas le ciné.

Amour, amitié

Y a qu'un lit de différence. J'aimerais bien vivre d'amour et d'eau fraîche, mais je ne trouve pas d'eau fraîche ! L'amitié « à la vie, à la mort », je ne connais pas encore. En prison, à l'armée, au bistrot et chez les voyous, l'amitié est plus solide, presque à la limite de l'amour.

Violence

J'adore la violence contre la société, mais pas contre les individus. Les manifs, le terrorisme, les vitrines cassées, super ! Mais des mecs qui se flinguent pour un accrochage de bagnoles, c'est lamentable. La révolte des minorités opprimées, la politique du désespoir, fabuleux.

Rock'n'roll

C'est pas une révolte sociale, c'est un défouloir qui permet justement de mieux accepter l'usine le lendemain.

Show - biz

Il faut s'en servir ! Tu ne peux pas y échapper si tu veux être connu. Mais j'ai jamais bossé pour être célèbre. J'men fous. Le jour où ça ne marchera plus, je laisserai tomber. J'irai pas me forcer à chercher des tubes !

La zone 

C'est une image. C'était, à l'origine, ce qui délimitait Paris des faubourgs. Mais il y a pire. Dans les taules, il y a 90 % de zonards.

La Politique

Moi je vote ! Je tiens à choisir mon maître. Je crois pas que ça changera quelque chose à ma vie, mais ça changera celle de millions de travailleurs.

La misère

 J'ai connu la véritable misère, la dèche : beatnik, tour de France sans un radis, etc.

Cette interview 

C'est un truc pour intellectuel. Fallait la garder pour Leforestier !

À propos de l'auteur

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DANIEL LESUEUR

Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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