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DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

Léo Ferré : L'Indigné

Qui était Léo Ferré ?



C'est sous le soleil qu'il a commencé et terminé sa vie. Mais il n'avait pas la nonchalance des méridionaux, Léo Ferré. C'était au contraire un bosseur et un anxieux. Ceux qui l'ont vu à la télé dans les années 50 se souviennent encore, en plein milieu de chanson, de ses trous de mémoire occasionnés par le trac.

Studieux bien qu'attiré par le monde du spectacle

Il est né en 1916 à Monaco (son père est le directeur du casino de Monte-Carlo). Léo fait ses études en Italie. Des études brillantes : après le bac philo à Rome en 1935, il monte à Paris pour préparer une licence de Droit et de Science politique... Mais tout cela lui semble trop sérieux, il préfère la musique. Il se marie puis à la fin de la guerre redescend au sud et devient pianiste attitré sur Radio Monte-Carlo. Il écrit ses premières chansons, déjà des petits chef-d'œuvres qui continueront de passer à la radio bien des années plus tard : "La Chanson du scaphandrier", "L'Inconnu de Londres" et surtout "Ma chambre" et "Le Piano du pauvre" que Raymond Devos parodie dans l'un de ses sketches.

Il commence à être connu...

De cabaret en cabaret, il se fait un petit nom. En 1953, il fait la première partie de Joséphine Baker à l'Olympia. Cinq ans plus tard, il est en vedette à Bobino. Une ascension somme toute assez rapide car son éclectisme pouvait déstabiliser son public tant il passait sans vergogne de la java et du tango (un hit : "Le Temps du tango") à des œuvres aux arrangements ambitieux évoquant Ravel ou Debussy.

Il commence à être très connu !

Quand Léo Ferré chante Léo Ferré, il obtient toujours un petit succès. Mais il suffit qu'une figure de proue s'empare de l'une ou l'autre de ses chansons pour qu'on acclame son génie. C'est, en l'occurrence, Juliette Greco qui lui offre la chance de sa vie en interprétant "Jolie Môme" en 1961. Patachou et Catherine Sauvage ne sont pas en reste. Un miracle que, parmi le déluge d'interprétations aussi réussies les unes que les autres, on écoute de temps à autre celle de son créateur !

T'es toute nue, sous son pull... Y'a la rue, qu'est maboule

Il faut vraiment s'appeler Léo Ferré pour avoir le culot de faire rimer "pull" avec "maboule" ! On ne l'aurait pas permis à un analphabète. Mais Ferré a des lettres : il semble ne vivre que pour la richesse d'une rime.

Sa rencontre avec Aragon est déterminante

Au contact du poète, Ferré s'enhardit dans l'écriture. Finis les pulls et les mabouls ! Bien avant Jean Ferrat, Léo met en musique les vers du grand poète ("Est-ce ainsi que les hommes vivent"). Il écrit "L'Etrangère" (admirablement repris par Yves Montand), il célèbre "L'Affiche rouge", concrétisant son engagement politique. Le terme n'est pas encore à la mode mais il est chanteur contestataire.

Son succès dépasse nos frontières

En 1965 et 1966, il se produit au Canada. Il revient, non pas transformé, mais sûr de ses convictions. Les adjectifs ne manquent pas aux journalistes qui insistent sur ses propos incisifs et libertaires. Le fait est que Léo ne sera en rien étonné par mai 68 qu'il avait senti venir ; ne publie-t-il pas un album intitulé "Amour anarchie" ? Et les chansons "Graine d'ananar" et "Ni dieu ni maître" ?

A 50 ans passés, il s'engouffre dans la pop music, décroche en 1969 un surprenant tube de l'été avec "C'est extra", slow langoureux dans lequel il cite les Moody Blues.

Une expérience étonnante de sa part ?

Embarqué par un formidable regain de jeunesse, il enregistre un album avec un groupe de rock français, Zoo. Mais que cela a-t-il d'étonnant ? Ferré a TOUJOURS étonné : vingt ans plus tôt (donc alors qu'il était presque totalement inconnu) il avait écrit... un opéra !

Ambitieux ? Prétentieux ?

Ni l'un ni l'autre. Ferré a juste besoin de concrétiser ses aspirations artistiques, quelles qu'elles soient. Après l'opéra et le rock, retour à la simplicité sous sa forme la plus dépouillée : en 1972, il tient l'Olympia seul au piano durant trois semaines. Mais la fois suivante il tiendra à être accompagné par un orchestre de 80 musiciens. Quelle expérience n'ose-t-il pas tenter ?

Il publie ce que l'on qualifie de "tubes"

"T'es rock coco", "Les Loubards", "Salut beatnick", "Richard", "La The Nana", "La Solitude" et "Le Chien", parlé, déclamé mais pas chanté (enregistré dans un lieu mythique, la Mutualité). Et l'inoubliable "Avec le temps" (1971) que Dalida reprend avec brio.

L'âge de se calmer

Le bouillant Ferré ressent le besoin de se ressourcer. Il fait retraite en Italie, s'adonne à la poterie, fabrique lui-même son pain... Mais revient de temps à autre sur une scène parisienne. Il meurt en 1993, et, irrespectueux jusqu’à son dernier souffle, le fait le jour du 14 juillet !


À propos de l'auteur

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DANIEL LESUEUR

Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
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