">
user_images/271642_fr_daniellesu.jpg

DANIEL LESUEUR

Publié dans : Les articles Culture de Daniel Lesueur

Les concerts de légende: les Doors à Miami le 1er mars 1969

Le soir où tout bascula : Jim Morrison se rendit coupable d'exhibitionnisme. Vrai ou faux? "L'affaire de Miami" fut très grave pour la carrière des Doors

Jim Morrison s'attendait-il à ce qu'on lui tire l'oreille en lui faisant promettre de ne plus recommencer ? Début 1969, à Miami, en concert (à écouter en cliquant ICI), on stage, il se rend coupable d'exhibitionnisme. "L'affaire de Miami" fut très grave. Elle eut un effet "boule de neige" : dès lors qu'une première personne avait décidé, et trouvé le courage, de tenir tête à Jim Morrison, qu'il s'agisse ou non d'un coup monté, c'est un raz-de-marée qui s'élevait contre le groupe.

Les engagements, désormais, se faisaient rares

Le moindre chahut dans un avion, le moindre concert chaotique se terminait, pour Jim, les menottes aux poignets. Dans la vie du chanteur-poète, il y a un "avant" et un "après" Miami.

Semeur de foudre notoire, Morrison était cependant conscient d'avoir ouvert les portes (doors) un peu trop grand. De l'aveu de ses acolytes, il était rongé par les suites du scandale qu'il avait déclenché.

Le procès coûta un demi-million de dollars à "l'entreprise Doors"

L'on rapporte que c'est cette "affaire de Miami" qui l'a incité à quitter la scène rock pour se réfugier à Paris, dans un semi-anonymat. Il est certain que cela l'aurait amusé de passer quelques jours en prison ; ça n'aurait pas été la première fois qu'il y mettait les pieds. Une expérience de plus, qui aurait certainement donné matière à quelques écrits virulents. Mais, au fond de lui-même, malgré son attitude arrogante lors du procès, il n'en menait pas large : au fil des accusations à répétition, les sentences encourues s'accumulaient, au point de représenter un total de treize années d'emprisonnement. Pour quelqu'un qui a tout juste 26 ans, l'avenir peut alors sembler bien sombre.

Après deux albums (« The Doors » et « Strange Days ») et l'accession au vedettariat, l'état de défonce permanente et exagérée de Jim menaça sérieusement la cohésion et l'avenir du groupe.

En parlant des Doors, Morrison avait déclaré...

« Nous faisons de la bonne musique ensemble, mais ces types-là ne sont pas mes amis ».

Une formation rock est une association comme une autre, avec ses hauts et ses bas, ses conflits, dus aux personnalités de chacun... et au flot incessant d'argent, à partager, équitablement ou non. Les concerts et les enregistrements en studio étaient de plus en plus pénibles.

Leur producteur, Paul Rothchild, était exigeant à l'extrême

Lorsqu'il fallait réenregistrer vingt fois le même morceau, cela était surtout dû à l'état avancé du chanteur plus qu'au désir de perfectionnisme de Rothchild (« The Unknown Soldier »nécessita 130 prises). Une fois, déjà, le batteur des Doors avait rendu son tablier... pour revenir le lendemain.

En juin 1968, Jim avait annoncé à ses partenaires qu'il n'avait plus l'intention d'être l'un des Doors. Il ne fut, certes, pas en mesure de mettre sa menace (c'en était une pour son entourage) à exécution, mais chacun comprit que dans un avenir plus ou moins proche, Jim s'en irait. Et lorsqu'il décida, pendant le mixage de l'album "LA. Woman", de faire retraite à Paris, pour au moins un ou deux semestres, en partie pour rejoindre Pamela qui était partie y retrouver un amant, nul n'aurait pu lui faire changer d'avis.

L'atmosphère continua de se dégrader

Autant que possible, les concerts devaient tourner à l'émeute. Ces "happenings" étaient, certes, fort prisés par l'underground, mais, en contrepartie, Jim apparaissait de plus en plus comme un danger pour l'Amérique. À tel point que "l'affaire de Miami" fut considérée par beaucoup comme un complot ourdi contre la formation. Le FBI avait d'ailleurs été chargé de rédiger un rapport concernant les activités de Morrison, et l'on y relève la formule "tentative de provoquer le chaos parmi une grande partie de la jeunesse" (les disques des Doors se vendaient par millions).

Morrison était devenu "l'homme à abattre"

Il eut été risqué, pour l'image du gouvernement américain, d'apparaître répressif envers une vaste frange de la jeunesse. Ce n'est donc pas sur son image de rebelle, somme toute valorisante pour ses fans, que Morrison sera attaqué, mais sur des comportements quasiment indéfendables : conduite impudique et obscénité (délits majeurs), exhibition indécente, obscénité publique et ivresse publique (délits correctionnels). Le plus drôle de l'histoire (si tant est qu'on puisse la trouver drôle) est qu'il est fort possible, d'ailleurs, que Morrison n'ait pas véritablement exhibé ses parties génitales dans la mesure où l'état comateux dans lequel il se trouvait l’aurait empêché de même pouvoir défaire le zip de son pantalon. Dès lors, l'idée que Morrison ait pu être la victime d'un complot reviendra fréquemment (à suivre en cliquant ICI).

À propos de l'auteur

user_images/271642_fr_daniellesu.jpg

DANIEL LESUEUR

Daniel Lesueur est un auteur et journaliste français de la presse
  • 1169

    Articles
  • 22

    Séries
  • 4

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!