Années 60: le match Sheila - France Gall

Si Françoise Hardy et Sylvie Vartan avaient des publics bien distincts, Sheila et France Gall, elles, étaient au coude à coude dans les hit-parades
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C'était il y a presque 50 ans...

La France découvrait deux nouvelles idoles féminines dans une chanson française dominée par des hommes. Dans tout l'Hexagone, on s'enflamma pour ces deux voix nouvelles, pour ces deux stars aux carrières parallèles...

Entre le répertoire et l’attitude, il y a tout un monde. A l’époque où Sylvie Vartan et Françoise Hardy faisaient la pluie et le beau temps (1964-1968) deux chanteuses, avec un même répertoire, obtenaient le même succès populaire. Pour nos lecteurs quinquagénaires qui ont vécu en temps réel leur concurrence dans les hit-parades, France Gall et Sheila, même combat.

Elles sont contemporaines

L'une, Annie Chancel, est née à Créteil en 1946 ; l'autre, Isabelle Gall, est née à Paris en 1947. A part leur physique respectif, rien, en théorie, ne semblait pouvoir les départager, elles chantaient, parfois à un semestre d’intervalle, les mêmes thèmes : « Sacré Charlemagne » et « L'Ecole est finie »... « Pendant les vacances » et « Mes premières vraies vacances »… « Le Folklore américain » et « L'Amérique »...

Avec un répertoire basique similaire, toutes deux connurent à la fin des années soixante un net déclin de popularité, beaucoup plus marqué, d'ailleurs, chez France Gall. Un déclin principalement dû au choix de leurs chansons, moins percutantes. Leurs adorateurs, néanmoins, continuèrent à faire bon accueil à leurs publications en attendant un éventuel grand retour... qui se fit dans les années soixante-dix (1977 pour Sheila, 1974 pour France).

Sheila

A partir du moment où le disque rapporte de l'argent, autour de chaque star, une équipe gère son image et son répertoire. On peut se permettre d'écrire que Sheila fut un produit fabriqué, ce qui explique en partie les critiques qu'elle a dû essuyer tout au long de sa carrière. Fabriqué par Claude Carrère, comme Mireille Mathieu sera fabriquée par Johnny Stark. Et Sheila, comme ensuite Mireille Mathieu, devint une cible privilégiée des médias. Il faut bien une tête de Turque, et vend-on des journaux en critiquant des inconnus ? Où se situe la limite entre fabriquer et modeler ? Edith Piaf fut-elle fabriquée ou modelée par Louis Leplée ? Les Beatles furent-ils fabriqués ou modelés par leur manager Brian Epstein ? On pourra toujours objecter que, en apparence, Sheila n'avait pas une personnalité aussi marquante que les artistes précités : Piaf était une bête de scène, les Beatles des auteurs-compositeurs exceptionnels. Sheila, elle, n'avait que des couettes et une jupe à carreaux. En 1967, pourtant, Sheila est la chanteuse préférée de 32% des Français (au total, elle a vendu, au total, 70 millions de disques). Malheureusement pour elle, l’esprit de mai 68 arrivait à grand pas. Sheila faillit commettre l’erreur de sa vie en publiant son disque suivant, Petite Fille de Français moyens , au printemps 1968. La gaffe, à un moment où le monde de la chanson recherchait, au contraire, un renouveau.Elle n’avait fait que grandir en popularité depuis 1963, à raison d'un hit par trimestre. Désormais ses tubes seront plus espacés : Les Rois Mages en 1971, Les Gondoles à Venise en 1973 jusqu’à son retour en force, en pleine période disco, avec des titres en anglais : Singin’ In The Rain , Spacer et Love Me Baby . Sheila elle-même reconnaît que cette chanson marque non seulement un véritable tournant dans sa carrière, mais également... le début d’une seconde carrière, sous le pseudonyme de groupe “Sheila B. Devotion”. Pour parvenir à ses fins, Sheila, qui n’avait jusqu’alors jamais chanté en anglais, dut prendre des cours intensifs, son but avoué étant, surtout, de ne pas passer pour une Française, et donc ainsi ne pas risquer d’être reconnue par ceux qui, durant des années, rechignaient à écouter la modeste interprète de L’Ecole est finie . Sa reconquête du public se fit par le truchement des discothèques et des night clubs.

France Gall

Le début de sa carrière se trouve en CLIQUANT ICI . La seconde commence lorsqu'elle est prise en mains par Michel Berger (mariage en 1976)... Berger qui vient d’être abandonné par Véronique Sanson (elle l'avait quitté pour épouser le rocker américain Steve Stills mais s'apercevra bien vite qu'elle s'est fourvoyée). Avec La Déclaration (1974), un titre signé Michel Berger, France Gall retrouve le chemin d’un succès qui l’avait négligée depuis sept ans. Ses derniers gros succès remontaient à 1967 ( Bébé requin ). En 1969, elle avait signé sur un petit label de disques intitulé La Compagnie et pendant cinq ans connut une période d'échecs. Il suffit d’en citer les titres, qui n'évoquent rien à personne : Zozoi , Les Eléphants , Frankestein , Caméléon-caméleon ...

Pour France Gall, les tubes pleuvent jusqu'au décès prématuré de Michel en 1992 : La Groupie du pianiste , Cézanne peint , Résiste , Calypso , Débranche et surtout Ella, elle l'a , une parfaite réussite qui s'est magistralement vendue dans toute l'Europe.

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