Après un premier CD solo avorté, Sheryl Crow monte son groupe

Le rock est un univers macho, la star en fit la douloureuse expérience au milieu des années 90

La firme discographique A&M lui avait fait confiance, investissant 250 000 dollars pour l'enregistrement d'un premier CD en solo de Sheryl Crow. Mais il n’atterrirait jamais chez les disquaires ... sauf sous forme de disque pirate ! Tout cela n'arrangeait pas les affaires de la star qui allait devoir monter un groupe.

Le constat de A&M

« Il vous faut un groupe, votre style est encore trop limité au country-blues, il faut l’enrichir de sonorités funk, pop voire même rock-hippie hybride ». Bon ! Sheryl engage son petit ami du moment, le multi-instrumentiste Kevin Gilbert, ainsi que les guitaristes Bill Bottrell et David Baerwald, les bassistes David Ricketts et Dan Schwartz et le batteur Brian Macleod. C’est ainsi qu’au bout de quelques mois le deuxième album de Sheryl devint officiellement le premier.

Le CD « Tuesday night music club » sortit en octobre 1993

Curieusement la mayonnaise mit plus de six mois à prendre, peut-être en raison du fait qu’il s’agissait d’une œuvre très personnelle (dans « We do what we can », elle fait intervenir son père, Wendell Crow, à la trompette)... œuvre personnelle déconcertante pour les programmateurs de radio, dans laquelle Sheryl avait mis en texte et en musique beaucoup de son vécu. Mais tout n’y est pas autobiographique, comme elle l’expliqua au magazine Q : « Sinon je serais une prostituée alcoolique ! ».

Retour à l'ombre des stars

Conséquence (heureuse !) de cette frilosité des radios et du public, Sheryl, qui perdait le moral et l’espoir de vivre de ses propres disques, dut reprendre son job bien rémunéré de choriste en tournée derrière les grands noms du rock, et, donc, fut exposée aux yeux et aux oreilles des fans des Eagles, Bob Dylan, Mick Jagger et consorts. Et du coup les ventes de « Tuesday night music club », sans pour autant s’avérer monumentales, commençaient à décoller.

Mais la belle n’était pas au bout de ses peines

Une ambiance délétère s’immisçait dans le groupe dont les membres se sentaient (à juste titre ?) frustrés de n’être comptés que comme accompagnateurs de la star montante . Pourtant Sheryl avait, judicieusement, choisi le titre « Tuesday night music club » car il évoquait un esprit de groupe, de travail en commun et non d’une œuvre individuelle. Mais qu’y faire ?

Un terrible événement allait la bouleverser

Ce fut le suicide de l’auteur John O’Brien (1960-1994). De toute évidence, Sheryl n’était en rien responsable, car O’Brien était désespéré de l’échec qui lui collait à la peau, à savoir l’impossibilité de faire vivre sur grand écran le film avec Nicolas Cage tiré de l’une de ses nouvelles écrite en 1990, «Leaving Las Vegas». Un acte stupide puisque le film sortit en 1995 (mais peut-être est-ce, justement, son suicide qui fit aboutir le projet). Or la langue de vipère de David Baerwald s’exprima dans la presse, expliquant qu’O’Brien avait très mal réagi en voyant qu’une chanson de « Tuesday night music club » portait le titre « Leaving Las Vegas ».

Une allégation gratuite…

Gratuite et de mauvaise fois car, si l’on fait l’effort d’attraper le disque, on s’aperçoit que la chanson est signée par cinq personnes : Sheryl, certes, mais aussi Ricketts, Gilbert, Bottrell… et Baerwald, qui, dès lors, aurait mieux faire de se taire. Terriblement affectée, Sheryl se réfugia dans le travail à la limite du surmenage. Il fallut que ses médecins insistent pour qu’elle consente à mettre la pédale douce : elle risquait d’endommager ses cordes vocales de manière irréversible. Allait-elle pouvoir remonter la pente? (à suivre)

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