Aretha Franklin sur Arte lundi matin (29 août à 11h30)

La chaîne franco-allemande a eu la bonne idée de ressortir un concert de la grande époque, celui de 1968 à Amsterdam. Total respect !
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En 2004, le magazine Rolling Stone l’a élue plus grande voix de tous les temps. "De tous les temps"... Le disque n’existant que depuis 1877, le titre est peut-être un peu ronflant. Elle mérite néanmoins sa couronne, Aretha.

Bio express...

Née à Memphis (Tennessee) en 1942, Aretha Franklin avait six ans lorsque ses parents se séparèrent, dix lorsque mourut sa mère, chanteuse et pianiste réputée qui avait pour amis Sam Cooke, Clara Ward et Billie Holiday. Et c’est justement par le producteur de cette dernière, John Hammond, qu’Aretha est repérée en 1960. Ses débuts se font hésitants : chez Columbia, on lui « colle » un répertoire à la Nat King Cole . Or les violons sirupeux ce n’est pas son truc, Aretha n’est pas faite pour susurrer ni pour caresser dans le sens du poil. Elle n’est pas opposée à l’idée de déranger, au contraire. C’est la raison pour laquelle, après avoir signé pour Atlantic, elle sera propulsée au sommet des hit-parades par une chanson dérangeante. Dérangeante à double titre, car non seulement cette chanson prône la liberté de la femme mais elle est, de plus, interprétée par une Noire. Avec « Respect », Aretha allait réussir le pari tenté par Martha Reeves avec « Dancin’ in the streets ».

« Respect »…

Il s'agit à l'origine d'un excellent titre d'Otis Redding à l'impact mineur (35e aux Etats-Unis en 1965, non classé en Europe). Cette première version était relativement macho : l'homme, qui a travaillé dur toute la journée, réclame à sa femme, lorsqu'il rentre le soir, le respect qui lui semble dû. Aretha Franklin, The Lady Soul , s'en empare deux ans plus tard, et bouleverse le texte, en faisant un hymne féministe (n°1 aux States, n°10 en Grande-Bretagne). On est en mai 67... la chanson préfigure les mouvements de libération de la femme (Women's Lib là-bas, M.L.F. ici). Avec « Respect », Aretha explose les hit-parades et, dans la foulée, décoche une volée de tubes en un temps record : « Baby I love you », « A Natural Woman » et « Chains of Fools » en 1967, « Since you’ve been gone », « Think » et « I say a little prayer » en 1968. A noter que le label Rhino a réédité en 2010 son "Best of" de 1973 en... quadraphonie ( à lire en cliquant ici ).

Dans l'ombre d'Aretha

Dur de vivre dans l’ombre d’une star ! C’est ce qu’a dû longtemps penser la chanteuse Erma Franklin (1938-2002), sœur aînée de celle qu’on a surnommée Lady Soul. Erma faillit accéder à la notoriété en enregistrant en 1967 une chanson de Bernt Berns, « Piece of my Heart ». Hélas c’est de la version de Janis Joplin publiée l’année suivante dont on se souvient. Celle d’Erma avait stagné à la 62è place des classements américains, pas de quoi pavoiser. Elle vendra nettement plus de sa réédition en 1992 qui sert de support à une pub’ télé pour Levi’s. Rageant de devoir sa notoriété, non pas à ses cordes vocales, mais à des jeans ! D’autant qu’Erma n’était pas plus nulle qu’une autre : l’échec de sa carrière est surtout dû à des problèmes contractuels, ses différentes maisons de disques n’ayant jamais pu lui fournir un répertoire adéquat. De guerre lasse, elle choisit de devenir choriste de sa sœur ; on l’entend notamment sur « Respect »

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