"Assassin" : partons à la recherche d'un mot, d'une définition...

Ces dernières semaines n'ont pas manqué de faits divers particulièrement atroces. Pourquoi, en France, en vient-on à tuer des enfants ou des joggeuses ?

"Quelle idée les hommes se font-ils donc du meurtre ? "En habit, je ne puis tuer ; en robe, je le puis !" Hors le cas de légitime défense entendu dans son sens le plus étroit (car, une fois votre agresseur blessé par vous et tombé, vous lui devez secours), est-ce que l'homicide est jamais permis ? Est-ce que ce qui est interdit à l'individu est permis à la collectivité ? " (Victor Hugo, 1862).

Nous ne sommes plus en 1862. Qu’est-ce que ça change ?

Même si la Justice, certainement, commet toujours des erreurs, elle dispose davantage de moyens d'investigation, au moins pour tenter de comprendre les motivations d'un criminel. Tout acte fatal trouvera sa place dans l'un ou l'autre tiroir : crime crapuleux, crime passionnel… Qui, au 19ème siècle, aurait imaginé entendre un jour le terme de "crime contre l'humanité" ? Tous ces aspects du crime existaient déjà depuis l'apparition de l'homme sur la planète, mais c'est la diffusion de l'information qui, principalement au 20ème siècle, nous en a fait prendre conscience. En ce sens, le « serial killer » apparaît comme un phénomène propre au 20ème siècle.

Origine d’un mot : Assassin

Le mot "assassin" semble être une déformation d'« hashishin » ou « hachchachin »en arabe. En 1273, Marco Polo rencontra les Assassins, dont l'influence était sur le déclin. Ces Hashishin étaient les membres d'une secte musulmane déjà ancienne qui, croyait-on, tuaient sous l'emprise du hashish. Le mot "assassin" passa rapidement dans la langue courante ; Baudelaire raviva le nom original, visitant fréquemment l’Hôtel de Lauzun, à Paris, où se réunissait le Club des Hashishin.

Drogue = crime ?

De nombreux crimes, aujourd'hui, sont la conséquence de la pénétration des drogues dures, cent fois plus dangereuses que le hashich, dans toutes les couches de la société. Certains sont commis sous l'emprise directe de la drogue, d'autres par des individus en état de manque qui, pour se payer leur dose, doivent voler, et, par extension, tuer ceux qui leur résistent. Il aura fallu attendre la tuerie de la horde de Charles Manson pour redécouvrir la signification originale du mot "assassin", puisque, de toute évidence, les meurtriers avaient consommé du hashich (drogue qui toutefois n'exacerbe pas la violence des individus) avant de perpétrer leurs crimes. Mais leurs armes étaient différentes : les premiers "Assassins", eux, étranglaient leurs victimes à l'aide d'une cordelette… tout comme le faisaient les Thugs.

Histoire des Thugs

Le crime organisé, au fil des siècles, au sein de la secte indienne des Thugs présentait déjà tous les ingrédients du crime moderne : ses membres vivaient onze mois de l'année dans la plus parfaite respectabilité. Le douzième mois, en revanche, était consacré à l'accomplissement d'horribles actions perpétrées, pour éviter aux Thugs d'être reconnus, à des dizaines, voire à des centaines de kilomètres de chez eux. Ils amputaient et dépeçaient leurs victimes, à la fois pour accélérer leur décomposition et rendre plus difficile leur identification ; dans leur précipitation, pourtant, ils négligeaient souvent d'enterrer les restes humains. Avec les siècles, leurs us et coutumes avaient dégénéré : à l'origine, ils mettaient un point d'honneur à se limiter strictement à la strangulation (r aison pour laquelle les Thugs sont également nommés Phansigars - thug signifie fourbe, tandis que phansi désigne le nœud coulant) car, selon leur croyance, toute goutte de sang versée faisait renaître l'ennemi. Jamais non plus ils n'auraient sacrifié une femme, car leur divinité noire Kâli (ou Durgâ) était de sexe féminin.

Toutes les époques, toutes les civilisations ont été confrontées au problème de la violence

Jusqu'à l'histoire contemporaine, le moyen utilisé pour la canaliser était le sacrifice (animal, certes, mais également humain : le "bouc émissaire" était souvent le premier fils).

L'évolution de la société se charge de transformer le visage du criminel

Il y a seulement cent ans, lorsque, dans le monde moderne, tout le monde ne mangeait pas encore à sa faim, le mobile du crime était presque uniquement de type économique. Voler, accessoirement tuer pour voler, point final. Le crime passionnel restait l'apanage de la littérature, la perversion était anecdotique (Sade en fera les frais).

Le crime sexuel commence à se développer lorsque l'homme n'a plus pour préoccupation première, voire pour obsession, de se nourrir. Mais avec l'évolution des mœurs et les palliatifs que constituent la prostitution, les sex-shops, les films X etc… l'individu profondément frustré doit parvenir plutôt mieux que par le passé à assumer ses fantasmes sans recourir à la violence. Rassasié, repu, assouvi sexuellement, l'homme moderne, infime rouage de la société industrialisée, se cherche alors de nouvelles motivations pour donner un sens, une justification à sa vie. Le crime apparaît dès lors comme un moyen (parmi d'autres, heureusement) pour sortir de l'anonymat. Le recul relatif du crime crapuleux et du crime sexuel s'accompagne d'un déferlement de crimes "gratuits" ou "sans mobile apparent"… abus de langage employé sans complexe tant que ces crimes restaient anecdotiques. Les journaux d'info depuis le début de l'année font craindre qu'ils ne le restent plus bien longtemps...

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