Auriez-vous 25 000 € pour acheter un enregistrement des Beatles?

L'enregistrement de leur séance du 1er janvier 1962 pour le label Decca sera vendu aux enchères le 27 novembre. Il est estimé aux environs de 30 000 dollars

Certes les chansons proposées sont connues de longue date par les collectionneurs : elles ont circulé sur disques pirates, puis se retrouvèrent en partie sur la compilation de raretés "ANTHOLOGY VOLUME 1". Mais, nous assure Ted Owen en charge de la vente de fin novembre, il s'agit cette fois de la bande originale -donc de qualité on ne peut plus parfaite- récupérée dans les archives de la firme de disques Capitol.

Retour sur un évènement... ou plutôt un non-évènement...

Le 1er janvier 1962, grâce à la persuasion de Brian Epstein, dit "Eppy", qui valait le poids de disques vendus dans ses magasins, les Beatles obtiennent une audition dans les studios de la firme Decca. Le voyage depuis Liverpool dans une vieille camionnette a été assez épuisant... Pris dans une tempête de neige, ils ont failli perdre leur chemin. Sans oublier le trac ! Bref, nos quatre futurs héros ne sont guère au meilleur de leur forme. Le répertoire présenté est assez disparate, et ne présente pas le meilleur des Beatles : Lennon-McCartney, à l'époque, avaient déjà pas mal composé ensemble. Or, sur les 15 morceaux interprétés, trois seulement leur sont propres, et encore s'agit-il de titres qu'ils ne commercialiseront pas eux-mêmes : "Love of the loved" sera donné à Cilla Black, "Hello little girl" aux Fourmost (repris en français par Sheila) et "Like dreamers do" aux Applejacks. D'ailleurs, sur les quinze titres, deux seulement seront un jour gravés sur disque : "Money" et "Till there was you", sur leur 2è LP. La sélection, quelque peu calamiteuse, incombe à Brian Epstein qui considérait, à juste titre, qu'elle était représentative de ce que les Beatles avaient coutume de jouer sur scène.

Hélas...

Le responsable qui les auditionne ne voit en eux qu'une vague copie des Shadows. Or, chez Decca, on ne croit plus à ces groupes à forte prédominance de guitares (c'est le cas, tout au moins, de Tony Meehan, l'ancien batteur des Shadows, qui n’apprécie pas leur performance). Bref, le courant ne passe pas, et les quatre amis ne décrochent pas de contrat. Decca préfère signer Brian Poole and the Tremoloes. Toute considération artistique mise à part, il était plus facile pour la firme londonienne de gérer la carrière d'un groupe résidant dans la capitale plutôt qu'à Liverpool.

Beaucoup plus tard, les Beatles apprennent leur échec

Lennon et McCartney font savoir à Epstein que, malgré ses évidentes qualités de manager, c'est à eux-mêmes, et non à lui, de veiller à leurs décisions d'ordre purement artistique.

Pour comprendre les relations entre le groupe et son manager, il faut les avoir vu travailler, ensemble ou séparément. Epstein, hystérique, avait la désagréable habitude de pousser d'excessives gueulantes qu'il oubliait immédiatement ; secrétaires ou collaborateurs devaient se faire une raison !

Chez les Beatles, c'est McCartney qui avait le plus fréquemment des points de divergence avec Epstein, mais cela restait sur le plan artistique. Lennon, en revanche, n'était pas très courtois envers Brian, et se montrait parfois fort désagréable. Sans doute faut-il y voir un rapport de force, un choc de personnalités complexes et pas très bien dans leur peau. Lennon avait beaucoup de mal à s'exprimer en dehors des textes de ses chansons, et admirait (jalousait?) Brian dont l'aisance à discuter était admirable.

George Harrison, quant à lui, aurait souhaité qu'Epstein puisse l'aider à avoir plus d'influence au sein de la formation... ce qui était impossible, car Brian, rappelons-le, n'avait aucun pouvoir de décision quant au domaine artistique.

Ringo, enfin, toujours discret, humble et poli, était reconnaissant envers Brian de l'avoir placé dans le siège de batteur du plus grand groupe de tous les temps. Pour en savoir plus, cliquer ICI.

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