Des questions sur les véritables origines de Cléopâtre

Cléopâtre est indiscutablement la femme la plus célèbre de l'Antiquité. Mais on ignore encore tout d'elle... ou presque.
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Cléopâtre VII, dont le nom de culte était Néa Isia, reste aujourd’hui un personnage mystérieux: la légende s’en est emparée, au détriment de l’Histoire avec un grand H. Et l’on ne peut faire porter la faute aux historiens : c’est du vivant de la reine qu’on a commencé à colporter bruits et rumeurs. Bruits et rumeurs qui ne faisaient que s’ajouter à une biographie pleine de… vide !

Désinformation, propagande, calomnie… ou réalité?

Née en 69 av. J.-C., elle régna à partir de -51 avec son frère et époux Ptolémée XIII, décédé accidentellement en -47, puis avec un deuxième frère qu’elle épousa également, Ptolémée XIV, avant de l’assassiner en -41. Elle était loin d'être populaire, du fait, entre autres, d'avoir pressuré le peuple de taxes pour payer ses dettes. Sous son règne, l'Egypte a connu la famine et, en conséquence, elle était fort peu appréciée par la population d'Alexandrie.

Les connaissances sur son enfance et son adolescence restent lacunaires. Les égyptologues savent qu’elle avait eu deux sœurs, Bérénice IV et Arsinoé IV. En revanche ils ignorent qui était sa mère. Son père, Ptolémée XII, qui eut trois filles reconnues, n’en eut qu’une seule légitime… et ce n’était pas elle. Conclusion : Cléopâtre est une bâtarde puisqu’on ignore qui est sa mère.

Conclusion un peu hâtive

Cléopâtre, en effet, fit l’objet d’innombrables attaques et injures, dont, justement, celle-là ne fait pas partie. Si vraiment ils avaient pu, l’espace d’une seconde, penser qu’elle était de mère inconnue, les détracteurs de la reine ne se seraient pas privés d’un si bel argument de dénigrement. A moins que, fin stratège, la reine ait allumé un contrefeu : de sa propre volonté, elle entretenait la rumeur, préférant la suggérer elle-même plutôt que de donner du grain à moudre à ses ennemis.

Trop de questions sans réponse

Presque tout ce que l’on peut écrire aujourd’hui sur Cléopâtre l’est au conditionnel: elle serait née à Alexandrie (Alexandrie n'est pas dite en Égypte mais près de l'Égypte) mais elle fut surnommée la «Grecque» du fait de son appartenance à la dynastie macédonienne. Comment un Grec s'est-il retrouvé Pharaon d'Égypte?

Arsinoé, la sœur de Cléopâtre serait africaine. Elle aurait une morphologie laissant penser à une origine négroïde... vraisemblablement nubienne. Mais la mère d’Arsinoé était-elle la mère de Cléopâtre? Un documentaire de la BBC intitulé Cléopâtre: Portrait d'une meurtrière n’hésite pas à clamer que Cléopâtre était africaine. Cette affirmation peut-elle être corroborée par les portraits de la reine? Ni oui, ni non: aucune source sûre ne vient nous éclairer sur son aspect physique qui échappe à un classement esthétique banal. Le buste de Cherchell réalisé bien après sa mort, à l'occasion du mariage de sa fille Cléopâtre Séléné avec le roi Juba II, est idéalisé. Les quelques pièces de monnaie en notre possession donnent l'image d'une femme aux traits lourds et au nez assez proéminent (Wikipedia).

Plus récemment...

En 1929, des fouilles archéologiques ont été organisées dans un monument funéraire. Le squelette d’une jeune fille âgée d’une vingtaine d’années y a été découvert, semblant correspondre avec la chronologie d’Arsinoé IV.

Tout récemment, une équipe de chercheurs de l’Académie des Sciences autrichienne conduite par Hilke Thuer a remis des conclusions étonnantes après avoir minutieusement examiné ce squelette dont l’origine remonte à l’Egypte antique. Selon ces chercheurs, il appartient effectivement à la princesse Arsinoé, sœur cadette de la reine Cléopâtre, assassinée par Marc Antoine en -41.

En conflit avec sa soeur, la princesse Arsinoé IV s’était réfugiée vers -45 dans le sanctuaire du temple d'Artémis à Ephèse, en Asie mineure (aujourd'hui en Turquie, près d'Izmir). En -41, Cléopâtre convainc le général romain Marc Antoine, avec qui elle règne alors, de la faire assassiner. Sa tombe est surnommée l’Octogone en raison des huit colonnes de style corinthien qui l’entourent. En 145, un temple est érigé face à la sépulture en l’honneur de l’empereur Hadrien.

Que nous apprend la découverte du squelette d’Arsinoé?

Les progrès de la science ont permis à Hilke Thuer et son équipe de réexaminer ce squelette, lui permettant de conclure qu’il s’agissait bien de la sœur cadette de Cléopâtre. L’étude structurelle de son crâne démontre aussi que celle-ci était d’origine africaine, et non grecque ou caucasienne:

«Les résultats de l'examen médico-légal et la reconstruction faciale montrant qu'Arsinoé avait une mère africaine sont vraiment sensationnels, et offrent un nouveau regard sur la famille de Cléopâtre ainsi que sur la relation existant entre ces deux sœurs» se réjouit le chercheur qui présenta le résultat de ses recherches à l' American Association of Physical Anthropologists de Chicago.

En résumé, cette "découverte" qui devait nous en apprendre beaucoup sur Cléopâtre concerne strictement sa sœur. D'ailleurs, les termes "nouveau regard sur la famille de Cléopâtre" sont suffisamment éloquents: sans aucune preuve qu'Arsinoé et elle aient eu la même mère, on n'est pas plus avancés! Heureusement, sur notre site, vous pourrez consulter de nombreux articles de notre expert Sébastien Polet qui précise: "Sa mère est bien Cléopâtre VI. Il n'est pas certain du tout que les os d'Ephèse soient ceux d'Arsinoé IV. Les Autrichiens veulent y croire mais tout le monde ne partage pas leur avis".

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