Dimanche soir sur Arte: les sixties à l'honneur. Une révolution?

Arte propose "La Révolution yé-yé, 1962-1966". Révolution économique, c'est certain. Révolution culturelle, certainement pas !

Le documentaire de Didier Varrod s'intitule "La Révolution yé-yé". Il est certain que les yeah-yeah-yeah des Beatles déclenchèrent une révolution culturelle, en Grande-Bretagne et rapidement partout sur la planète. Mais en France, "yé-yé" et "yeah-yeah-yeah", c'était pas du tout la même chose. Dans l'Hexagone, il y eut certes une révolution de 1962 à 1966 mais elle fut strictement économique. Certainement pas culturelle : hormis l'album "Aufray chante Dylan" et les premiers vinyls d'Antoine, toute la production française de 1962 à 1966 était tout sauf révolutionnaire. La preuve en quelques titres au succès monumental...

Tous les garçons et les filles (1962)

Le jour des résultats du référendum, en novembre 1962, il n'y a, à l'époque, qu'une seule chaîne. Entre deux annonces de résultats du dépouillement des urnes, les Français découvrent Françoise Hardy. Son physique agréable et discret n'est pas dérangeant, il plaît aux adultes qui, dès lors, ne refuseront pas à leurs enfants l'argent de poche nécessaire à l'acquisition d'un nouveau disque. Hormis cette explication, le succès de "Tous les garçons..." est presque incompréhensible, car le titre est trop long pour un formatage radio (il dépasse les trois minutes). Et... il n'est pas... révolutionnaire ! "Tous les garçons...", chanson composée sans douleur, toute en spontanéité, deviendra l'hymne de toute une génération. Quel autre artiste français peut s'enorgueillir d'avoir publié dès son premier disque le plus grand succès de toute sa carrière ?

Le Locomotion (1962)

Composé par les "faiseurs de tubes" le couple d’Américains Gerry Goffin et Carole King, le titre aurait été confié en 1962 à… la baby sitter de Carole King, une jeune Noire de 17 ans, Little Eva. Il est immédiatement adapté en français par Sylvie Vartan. Le "Locomotion" revient en 1972 (réédition en Angleterre du 45 tours vinyl de Little Eva), en 1974 (n°1 aux USA par le groupe heavy Grand Funk Railroad), en 1979 par le groupe Ritz et en 1989 par Kylie Minogue

Le Lion est mort ce soir (1962)

Le lion a la peau dure ! Ce chant, venu d’Afrique du Sud, fait sa première entrée au hit-parade, classé 14e aux Etats-Unis, en 1952, grâce au groupe the Weavers. Dix ans plus tard exactement, les Tokens le propulsent n°1 aux U.S.A. (et n°16 en Angleterre) et Carl Denver en propose une version un peu plus musclée (5e en Angleterre) ; simultanément, Henri Salvador le commercialise dans les pays francophones. Vingt ans plus tard (1982), le trio Tight Fit réenregistre une version au goût du jour, qui décroche le n°1 du hit-parade anglais. Enfin (mais est-ce vraiment la fin ?) Pow Wow l’enregistre a capella pour le plus grand plaisir du public français. A noter que le titre anglais est double : la chanson est connue sous le titre “Wimoweh”, ou bien, “The Lion Sleeps Tonight”.

Pendant les vacances (1963)

Cette composition des Everly Brothers ("All I have to do is dream") fut, la première fois, enregistrée par eux-mêmes (n°1 en Angleterre et aux USA en 1958). Mais c'est à l'occasion de son réenregistrement par l'acteur Richard Chamberlain (n°14 en Angleterre en 1963) que Sheila l'enregistre avec le succès que l'on sait (Dalida devait le faire : elle a manqué un grand succès ! Elle l'enregistrera uniquement en italien). Les Chaussettes Noires d'Eddy Mitchell s'en étaient emparé un an plus tôt, sous le titre "Line". Six ans plus tard, un duo américain, Glen Campbell et Bobbie Gentry, porte la chanson une nouvelle fois au hit-parade n°3 en Angleterre, n°27 aux USA. Laurent Voulzy l'enregistre avec les Corrs en 2007.

Noir c'est noir (1966)

Un titre qu'il n'est plus besoin de présenter. Mais son succès se justifiait-il ? Oui et non !

- NON : Interprété par un autre... et peut-être même par Johnny mais dans un autre contexte, on peut douter de la réussite de ce titre qui n’est qu’une adaptation. La version originale, « Black Is Black », est déjà bien connue du public français lorsque Johnny publie « Noir c’est noir ». Le public aurait dû commencer à “avoir ras-le-bol” de cette rengaine ! « Black Is Black » par Los Bravos s’adresse à priori aux “branchés” (auditeurs de S.L.C. et, accessoirement, public des discothèques qui ont dansé dessus durant tout l’été). Ce fut l’un des plus gros succès de l’année en Angleterre (15è meilleure vente annuelle), et commença son ascension dès la fin du printemps, grimpant jusqu’à la deuxième place, fin juillet. Or Johnny, à Londres, l’enregistra, très probablement, début septembre. Sa version s’adresse plutôt au grand public qui n’a entendu « Black Is Black » qu’épisodiquement.

- OUI : L’orchestration de Johnny est, finalement, très différente, quant aux “gimmicks” : de la V.O., on se souvient surtout de l’intro qui met en valeur un “gros” son de guitare. L’intro de Johnny, en revanche, plus “r’n’b” que pop, est claironnante. Entendez par là le mot “clairon” : ce sont les cuivres qui prédominent (Ploquin, Fuentes...). Et puis surtout elle sort au bon moment, dix jours après sa tentative de suicide. Da ns ce contexte, la chanson, qui, pour beaucoup, semble nouvelle, prend valeur de symbole et de confession (pour d'autres articles sur Johnny, cliquer ici ).

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