D'où vient le terme de « Vamp » ?

En réfléchissant un peu, on pense à « vampire ». Mais qui furent les premières femmes vampires, les premières vamps ?
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Rassurez-vous, vous ne risquez plus de les rencontrer : les premières vamps (ou « femmes vampires ») sont mortes et enterrées. Le terme remplaça celui de « femmes fatales » lorsqu’elles prirent corps grâce au cinéma. Brusquement, l’homme de la rue pouvait voir des femmes fatales. Et qui plus est, sur grand écran.

Qui fut la première vamp ?

Les cinéphiles pensent immédiatement à Musidora. Raté ! Bien qu’elle soit indiscutablement la plus célèbre vamp, Musidora ne fut pas la première. Elle avait été précédée par une actrice aujourd’hui totalement oubliée, Theda Bara (1885-1955). De son vrai nom Theodosia Burr Goodman, cette actrice américaine n’eut jamais accès au cinéma parlant : lorsqu’il naquit (1929) elle était déjà trop vieille pour continuer à passer pour un sex symbol, et tourna son dernier film, « Madame Mystery », quatre ans avant le début du parlant. De toute façon elle s’était mariée en 1921 et son mari voulait qu’elle cesse de tourner. Mais elle avait laissé sa marque…

La marque du… de la vampire

Tout est axé sur le sex appeal. Et comme le sexe effarouche la société bien pensante, à l’origine le terme de « vamp » n’est pas du tout élogieux ; il restera un mot d’argot pendant de nombreuses années. Donc, méfiance, messieurs : ne dites pas à une femme un peu âgée qu’elle a un look de vamp, ce sera considéré comme une injure.

Qui était Theda Bara ?

Theda Bara est l’anagramme de « Arab death »… Certes. Mais c’est un hasard : le pseudonyme « Bara » lui a été trouvé par le réalisateur Frank Powell en apprenant qu’elle avait de la famille nommée Barranger… mais pas sa mère comme certains l’ont dit : sa mère se nommait Pauline Louise de Coppett.

Encore une légende détruite ! Et pas la dernière : à partir de cet anagramme, on construisit une fausse bio, pour donner à l’actrice un semblant d’exotisme. Mais sa famille, qui jusqu’alors portait le nom Goodman, adopta celui de Bara. Il faut dire que le nom était gage de réussite : Theda gagnait 4000 dollars par semaine, autant que Mary Pickford ou Charlie Chaplin.

Tout ce qui suit est faux

Voici donc la fausse biographie de Theda Barra : elle est née en Egypte (on la surnomma Le Serpent du Nil !), sa mère était une actrice française et son père un sculpteur italien. Elle-même prétendit qu’elle avait passé son enfance dans le désert du Sahara, à l’ombre du Sphinx, et qu’elle avait commencé sa carrière d’actrice en France. Son producteur l’encouragea à parler d’occultisme et de mysticisme durant ses interviews.

Sans doute vrai

Les historiens du cinéma prétendent que c’est à partir de la carrière de Theda qu’on prit l’habitude de créer une image, une bio ; elle serait donc à l’origine du métier de public relation, au moins en ce qui concerne le Septième Art.

Encore des trésors à jamais disparus

Theda a tourné dans 40 films. Six seulement ont pu être retrouvés : en 1937, un incendie ravagea les studios de la Fox, compagnie pour laquelle Theda travaillait, et détruisit des tonnes de films au nitrate grandement inflammables.

Un héritage incontestable

Les héritières de Theda Bara (en ce qui concerne le terme de Vamp) ont pour nom Pola Negri, Nita Naldi, Valeska Suratt, Louise Glaum et bien sûr Musidora. Sa sœur Esther (1897–1965) fit également carrière dans le cinéma sous le nom de Lori Bara.

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