Elections, sondages : rien sur la cote de sympathie. Dommage !

Les experts sont tellement experts qu'ils en perdent le sens commun. Aucun ne prédit la victoire possible de Marine Le Pen
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"Les sondages ne disent que ce que l'on veut leur faire dire". Stupidité ou réalité ? La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections de 2002 fut accueilli comme une "surprise". Si surprise il y eut, n'est-ce pas la preuve que les sondages sont, pour une grande partie d'entre eux, sans aucun intérêt. Un pataquès aussi monumental que celui d'avril 2002 n'est pas un "incident de parcours" dans la vie des sondages, il a simplement souligné que ce ne sont pas les sondages qui choisissent les élus, mais les électeurs. C'est le principe même de la démocratie, mais encore faut-il le rappeler. Forte de cet axiome, il n'est pas impossible du tout que Marine le Pen soit à la tête de la République dans un trimestre. Pour le savoir dès aujourd'hui, il faudrait que les instituts de sondage se posent deux ou trois questions qui reposent, simplement, sur le bon sens. Par exemple, la cote de sympathie d'un candidat.

L'image désormais prime sur le discours

En France, depuis 1965, on sait (enfin, on devrait savoir) que ce n'est plus le programme, mais l'image d'un candidat, pour qui l'homme de la rue va voter. En 1965, en effet, les jeux, croyait-on, étaient faits : d'un côté, De Gaulle, l'homme de prestige, respectable et respecté ; de l'autre, Mitterrand, un homme d'avenir, certes, mais il attendrait encore quinze ans. Les jeux, donc, étaient faits, à tel point que De Gaulle ne jugea pas utile de faire campagne à la télévision. Patatras : il survint Lecanuet, un homme dont l'histoire n'a rien retenu, mais qui, avec ses dents blanches et son sourire enjôleur de Kennedy à la française, fit chavirer les coeurs des téléspectatrices. En péril, De Gaulle dut revenir sur sa décision de ne pas faire campagne. Lecanuet avait su faire la preuve qu'à la radio on écoutait le programme d'un candidat, qu'à la télé on se contenait de regarder sa gestuelle ou la bonne coupe de son costume (pour en savoir plus, cliquez ici ). Lecanuet avait prouvé qu'il était sympathique au point de déstabiliser le grand De Gaulle et le futur grand Mitterrand.

Et si l'image n'était pas si importante, Jean-Marie Le Pen aurait-il changé son bandeau de pirate contre un respectable oeil de verre?

Quel crédit accorder aux sondages ?

Un crédit tout relatif; il faut en effet tenir compte de plusieurs éléments :

1° Un sondage coûte cher. Ce n'est pas tout le monde qui peut s'en payer (la Cour des Comptes a d'ailleurs titillé le pouvoir en place par rapport à son "budget sondages")

2° Tout le monde ne répond pas aux sondages. Et ce n'est pas par manque de temps : beaucoup refusent de répondre aux sondeurs. Cette posture est volontariste. A combien peut-on évaluer le pourcentage des citoyens dont on ignore pour qui ils voteront?

3° Dans le cas particulier du Front National, beaucoup de ceux qui, par le passé, ont voté pour lui, avaient honte de le faire. Parmi ceux-là, donc, ceux qui répondaient aux sondeurs donnaient une réponse fausse. Jean-Marie Le Pen était quasiment infréquentable à 100% (et pourtant, il fut présent au second tour de 2002); ce n'est pas le cas de sa fille.

Qu'est-ce que la cote de sympathie ?

Pourquoi cette question n'est-elle pas posée par les sondeurs ? Car, face à des programmes qui, en ce janvier 2012, ne passionnent pas grand monde (et le mot est faible), beaucoup vont voter par "sympathie". Sympathie à l'image qu'on va avoir à la télé. Si Michel Drucker décidait de se présenter, sûr qu'il serait élu.

En 2002, hormis les lecteurs du Canard Enchaîné et ceux qui se lèvent très, très tôt pour pouvoir entendre à la radio des informations qui seront étouffées dès 7 ou 8 heures du matin, tout le monde trouvait Jacques Chirac sympathique. Le match, dès lors, était gagné d'avance : 82% c'était digne d'une république bananière. Mais aujourd'hui, à trois mois du scrutin, quelle cote de sympathie pouvons-nous accorder aux candidats ? "Sympathique", il est évident que Sarkozy ne l'est pas. Avec son comportement bling-bling et ses agressions de type "casse-toi pov' con", des millions de gens de la "France d'en bas", comme disait Raffarin, peuvent même le trouver franchement antipathique. Et celle "d'en haut", qui va lui reprocher de lui avoir fait perdre son triple A ?

Mais les autres, sont-ils sympathiques ? Quand on voit ce qu'était réellement le "sympathique" DSK, on peut se poser des questions.

Alors...

Comme le rappelle l'agence Reuters, " Dans un roman-fiction intitulé "Panique à l'Elysée", l'ancien porte-parole de l'UMP Dominique Paillé, rallié à Jean-Louis Borloo, prédit un second tour entre Marine Le Pen et François Bayrou ".

A quand, de la part des sondeurs, la question suivante : "de tous les candidats, qui trouvez-vous le plus sympathique"? On parie que la réponse sera le nom de l'heureux (se) élu (e) en mai ?

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