Escargots rares contre footballeurs bretons: est-ce bien sérieux?

Le stade brestois est tenu en échec par une race d'escargots protégés: un projet de construction de stade est reporté depuis des années...
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Dans un pays où l'on peut toujours continuer à massacrer des taureaux dans les corridas, des fats s'étripent dans les corridors sur la question de savoir si l'on peut, ou non, déplacer un troupeau d'escargots. Certes on devrait employer le terme de colonie , mais celui de troupeau donne davantage de poids au respectable gastéropode en le hissant au sommet du monde animal, au rang de son très éloigné cousin, le bison d'Amérique, exterminé, lui, par des cow boys et non pas par des footballeurs). De quoi baver de rage ... Le quotidien Ouest-France s'en est ému, mais l'information ne manquera pas de faire sourire le reste de la France (et surtout ceux qui n'aiment pas le football).

A l'origine, une contrainte

La Fédération Française de Football impose aux clubs de l’élite de se doter d’un centre de formation pour les jeunes et Brest a déjà dans ses cartons un vaste projet sur un terrain de 10 hectares. Or la présence d’une poignée d’escargots issue d’une espèce protégée sur le site bloque le projet.

"À Plougastel (Finistère), l’escargot de Quimper, espèce protégée, serait sur le site pressenti pour l’implantation d’un centre de formation et d’entraînement. Celui-ci doit accueillir sur 10 ha une vingtaine de jeunes espoirs de foot et les joueurs professionnels de Brest. Pour le Stade Brestois, il y a urgence. Une telle structure fait partie des obligations d’un club de haut niveau.

« On est en Ligue 1 par dérogation »

C'est l'argument avancé par Michel Guyot, président du Stade brestois, pour faire baver les escargots... ou plus exactement leurs défenseurs. Car en effet un recours de l’association Bretagne vivante bloque, depuis huit ans, le projet de centre de formation au football de haut niveau à Plougastel-Daoulas (Finistère). Les écolos ne sont pas prêts à faire la moindre concession : « Cet escargot est une espèce dont la répartition est extrêmement limitée dans le monde » ; l'Association Bretagne Vivante ne retirera pas son recours judiciaire contre le projet du Stade brestois 29.

« Le site n’est pas bon »

C'est, cette fois, l'argument avancé par Daniel Malengreau, administrateur de l’Association de défense de l’environnement, qui semble avoir l'impression de ne pas avoir été entendu au début,

ce qui conduit aujourd'hui au bras de fer : la demande de permis de construire n’a pas tenu compte de la présence de l’escargot.

« Ils ont voulu passer en force »

Toujours selon Ouest-France, une dérogation serait a priori possible, à condition d’en faire les démarches. Mais alors, le Stade brestois devrait justifier de« raisons impératives d’intérêt public majeur ». Ce dont l’association doute fortement. Pour elle, c’est « un projet privé ».

De son côté, le président du club, Michel Guyot, est consterné et assure avoir dépensé plus de 300 000 euros rien qu'en études de sol, de faisabilité, permis de construire, architectes… Mais l’association reste ferme et prétend que « tout au long de la procédure, on voit apparaître ce refus de prise en compte de cette espèce protégée ». Bretagne Vivante a donc déposé deux recours, l'un contre la révision simplifiée du Plan local d'urbanisme (PLU) qui a été effectuée, arguant que cette procédure d'urgence ne se justifiait que dans des cas d'intérêt public avéré, l'autre contre le permis de construire.

Le président du Stade brestois est prêt à revoir son projet

Il accepterait de le réduire de 5 hectares. Il doit organiser un vote la semaine prochaine auprès des 30 actionnaires de la société civile immobilière en charge du projet pour abandonner ou non le projet. Si ce dernier ne voit pas le jour, le président laissera les terrains aux agriculteurs.

Dominique Cap, maire de Plougastel-Daoulas, est l’un des plus fervents défenseurs du projet : « S’il ne se fait pas à cause des escargots de Quimper, on peut pratiquement dire adieu à tous les projets en Bretagne », estime l’élu car ce genre de gastéropodes sont présents « à tous les coins de rue ». « C'est quand même un projet entre 10 et 12 millions d'euros, les collectivités n'y mettent pas un seul euro, tout est financé par du privé, avec une centaine d'emplois à terme et 40 entreprises qui attendent pour travailler », souligne Dominique Cap. De son côté, le président du Stade brestois se montre alarmiste : « On a une dérogation qui expire à la fin de la prochaine saison. Il faut absolument qu'on trouve une solution, autrement on sera relégués en Ligue 2 ».

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