Femme cougar, femme puma : une revanche sur la société macho

La société acceptait qu'un homme mûr jette son dévolu sur une très jeune femme mais criait à l'œdipe lorsqu'une femme mure s'entichait d'un jeune homme
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Les femmes cougar (quadragénaires) ou femmes puma (trentenaires) ont grandement fait évoluer les mentalités : au 20è siècle, la différence d'âge dans un couple n'était acceptée par la société bien pensante (sic) qu'à sens unique. La société française fermait les yeux lorsqu'un homme mûr jetait son dévolu sur une fleur à peine épanouie. En revanche elle criait à l'œdipe lorsqu'une femme était vue au bras d'un homme beaucoup plus jeune qu'elle. Certaines, comme Gabrielle Russier, en moururent.

La différence d'âge dans un couple

Le 1er septembre 1969, à Marseille, une femme se suicide au gaz. Elle se nommait Gabrielle Russier. Elle était professeur, elle avait 31 ans. Mère et divorcée, elle avait eu une relation amoureuse, avouée au grand jour, avec l'un de ses élèves, mineur de dix-sept ans. La France, jusqu'à son président Pompidou, s'était émue du drame qui avait séparé le couple illégitime. Mais la justice et la morale, de toute façon, avaient condamné Gabrielle Russier (en 1971, elle revivra sous les traits d'Annie Girardot dans "Mourir d'aimer" d'André Cayatte. Plus de cinq millions de Français iront voir le film).

« Il suffirait de presque rien, quelques années, peut-être moins... »

Effectivement il suffisait de presque rien : le jeune homme avait 17 ans et pas 21... Et c’était en 1969 et pas en 1974. Une histoire terrible, un drame qui aurait pu être évité.

La majorité passe à 18 ans

Le 5 juillet 1974 est adoptée la loi sur la majorité civique à dix-huit ans. Antoine, le chanteur contestataire, avait évoqué le sujet dès 1967. Son tube « Je l’appelle Canelle » évoque la relation suivie entre le narrateur et une jeune fille de seize ans. Au même moment, aux Etats-Unis, le chanteur Chuck Berry, auteur, justement, de « Sweet little sixteen » (« Douces filles de 16 ans », dans la bouche de Johnny Hallyday) était incarcéré pour détournement de mineure.

En France, 1974 marque une grande date dans l’histoire de l’évolution des mœurs : le 11 juillet c’est au tour du divorce de passer à la casserole !

La procédure de divorce est simplifiée

La loi créant le divorce par consentement mutuel est adoptée. Simultanément l’adultère disparaît du Code pénal. Signe révélateur de l’état d’esprit de l’époque, le 28 novembre de la même année est votée la loi Veil autorisant l’avortement. Jusqu’à 1967 le pays était régi par la Loi de 1920 : après la Première Guerre mondiale, le gouvernement, soucieux d’endiguer la vague de dénatalité, avait promulgué une loi punissant d’emprisonnement quiconque se rendait coupable de diffusion d’information relative à la contraception.

La différence d'âge dans un couple

Quelques mois avant sa mort, Edith Piaf (47 ans) épousa Théo Sarapo (27 ans). Mais Dalida décrochera un énorme succès en 1974 avec « Il venait d’avoir 18 ans » (Grand Prix du Disque 1975). Dalida n’est pas « l’homme de la rue », formule consacrée alors que « la femme de la rue » aurait toute autre connotation.

Deux poids, deux mesures...

Qui oserait critiquer Eddie Barclay qui, a chaque nouveau mariage (huit... neuf si la mort ne l’avait pas pris de vitesse) choisissait une femme plus jeune encore que la précédente ? Qui oserait critiquer Picasso qui, en 1961, à l’âge de 80 ans, épousait Jacqueline Roque, de quarante-six ans sa cadette ? Qui trouverait à redire sur la relation entre Serge Gainsbourg né début 1928 et Jane Birkin née fin 1946 ? Sur celles de Vadim avec Bardot... de Vadim avec Catherine Deneuve. En revanche l’histoire d’amour entre Harold, jeune homme de vingt ans, et Maude, femme de 80 ans, reste dans le domaine de l’imaginaire. Choquant ? Au point que le film, sorti en 1970, fut victime de multiples restrictions et interdictions. Pire, la société bien pensante inventa alors le terme de maudianisme pour désigner ce style de vie qui l’horrifiait.

Pourquoi une telle ségrégation ?

Aujourd’hui encore, même si la femme a pu se libérer de quelques-unes de ses chaînes grâce, notamment, à l’esprit de mai 68, elle n’est pas encore l’égale de l’homme. Un homme qui a de nombreuses maîtresses est un séducteur, c’est plutôt flatteur... Une femme qui a de nombreux amants est une traînée, c’est nettement plus péjoratif ! En ce qui concerne la différence d’âge dans le couple, elle ne fut longtemps acceptée que dans un seul sens. Il faut peut-être y voir la persistance d’un phénomène de société qui se développa principalement à la Belle Epoque, lorsque le sort de la femme dans le monde du travail était fort peu enviable et que son seul moyen de l’éviter consistait à se faire entretenir, le plus souvent par un homme riche et plus âgé qu’elle ( voir ici ).

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