"Forbidden Hollywood", une série de films inédits ou interdits

Les Américains, puritains? On peut le penser: après avoir interdit l'alcool via la Prohibition, ils interdirent la liberté d'expression via le Code Hays

Le 17 décembre, dans sa collection "Les Trésors Warner", la firme Warner commercialisera sa toute nouvelle collection de films rares, produits pendant l’ère du Pré-Code Hollywoodien, ce fameux Code Hays qui, à l'écran, interdisait tout ou presque : la consommation d'alcool, le féminisme, la nudité, la mafia, l’adultère, l’addiction à la drogue.

Des recommandations, mais pas de censure avérée !

Le cinéma tous publics est régi dès 1920 par le code Zukor, "liste de recommandations impératives parmi lesquelles l'interdiction de situations inconvenantes, le triomphe de la vertu sur le vice, l'affirmation qu'une inutile exposition de nu est dangereuse" (Jean-Luc Douin, Dictionnaire de la censure au cinéma , PUF). Hélas dès l'année suivante (1921) ce même cinéma "tous public" était entaché de scandale . Face à la déliquescence des moeurs et à l'absence de censure fédérale, c'est-à-dire à dimension nationale, le cinéma se devait de montrer l'exemple. En ce qui concerne les importations, le pays se contente du Tariff Act de 1933 (embargo sur les films étrangers jugés obscènes). Pour le reste, un code de bonne conduite sera édicté. C'est le code Hays, qui restera en application jusqu'en 1966. Ses grandes lignes sont louables, son application, castratrice :

a) aucun film ne doit abaisser les standards moraux de ceux qui les voient

b) la loi, naturelle ou humaine, ne peut être ridiculisée ; aucune sympathie ne peut être accordée à ceux qui la violent.

28 000 règles de censure vertueuse

William Hays entame en 1927 la rédaction du code de moralité appliqué dès 1930. Jugé encore trop permissif, il ne sera définitif qu'en 1934 :

1) la technique du meurtre doit être présentée de façon à ne pas inciter à l'imitation

2) la vengeance n'est pas justifiée dans les films qui se passent au présent

3) les méthodes criminelles (vol, cambriolage, incendie volontaire, dynamitage, contrebande) ne doivent pas être explicitement montrées

4) l'usage des armes à feu doit être limité

5) le trafic de drogue ne sera jamais montré et la consommation d'alcool rarement

6) le mariage et la famille étant sacrés, l'adultère ne doit pas être montré explicitement et ne doit pas passer pour attrayant

7) les scènes de passion doivent être évitées ; ni caresses sensuelles, ni gestes suggestifs (les baisers sont chronométrés : 3'05", le plus long, dans " You're in the Army now" suivi par celui des " Enchaînés " de Hitchcock, 2'30")

8) les rapports sexuels entre personnes de race blanche et de race noire sont interdits. Idem pour l'esclavage de personnes de race blanche

9) la naissance d'un enfant ne doit jamais être présentée

10) l'obscénité est interdite de même que le blasphème (le producteur David O. Selznick paye une amende de 5 000 $ pour avoir laissé passer le mot "damn" dans " Autant en emporte le vent ")

11) la nudité est proscrite, même sous forme d'allusion : scènes de déshabillage, costumes trop révélateurs. La poitrine de Jane Russel, trop bien mise en valeur, repoussera de 1943 à 1946 la sortie en salle de "The Outlaw" ("Le Banni")

12) les strip-teases sont proscrits, les nombrils et le système pileux ne doivent jamais être montrés (Tarzan doit être rasé quotidiennement !)

13) la présentation des chambres à coucher doit être dirigée par le bon goût et la délicatesse (le lit est généralement absent)

14) sont interdites les danses considérées comme lascives, évoquant des relations sexuelles ou comportant des mouvements indécents

15) les titres de films visiblement obscènes, licencieux ou indécents ne peuvent être utilisés

Les sujets considérés comme répugnants sont à éviter

Ce sont : punition d'un criminel par pendaison ou électrocution / brutalité et horreur / marquage au fer chaud (animaux ou êtres humains) / opérations chirurgicales / prostitution ("Le Journal d'une fille perdue", de Pabst, est interdit aux Etats-Unis car Louise Brooks y tient le rôle d'une tenancière de maison close).

"Les directives puritaines du sénateur Hays ont paradoxalement poussé Hollywood à tous les vices" (Philippe Garnier, Libération du 9 avril 2008). Autant dire que pendant les années qui ont précédé la mise en application de ce code moral du cinéma nord-américain, les réalisateurs s'en sont donné à coeur joie. Parfois trop, d'ailleurs, mais faisons confiance à Warner pour nous présenter le meilleur de la production interdite ou inédite des années 1930 à 1934. Voici la liste des 17 DV qui vont sortir avant Noël 2012 :

BABY FACE de Alfred E. Green (1933)

LE BATAILLON DES SANS AMOURS (The Mayor of Hell) de Archie Mayo (1933)

BLONDIE JOHNSON de Ray Enright (1933)

FIVE STAR FINAL de Mervyn Leroy (1931)

FOOTLIGHT PARADE de Lloyd Bacon (1933)

FRISCO JENNY de William A. Wellman (1932)

HEROS A VENDRE (Heroes for Sale) de William A. Wellman (1933)

ILLICIT de Archie Mayo (1931)

MANHATTAN MELODRAMA de W.S. Van Dyke (1934)

THE OFFICE WIFE de Lloyd Bacon (1930)

OTHER MEN’S WOMEN de William A. Wellman (1931)

PICTURE SNATCHER de Lloyd Bacon (1933)

THE PURCHASE PRICE de William A. Wellman (1932)

ROSE DE MINUIT (Midnight Mary) de William A. Wellman (1933)

SAFE IN HELL de William A. Wellman (1931)

WILD BOYS OF THE ROAD de William A. Wellman (1933)

WONDER BAR de Lloyd Bacon (1934)

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