France Info, station de Radio France, souffle ses 25 bougies

Créditée de 4,7 millions d'auditeurs chaque jour, elle est la quatrième radio nationale la plus écoutée

Le concept est archi-simple. Encore fallait-il oser le mettre en application, ce que fit Radio France en 1987. Mais aujourd'hui la concurrence avec l'internet est âpre...

Et si la radio, elle aussi, se mettait à tourner en boucle ?

C'est l'idée expérimentée en juin 1987 par Radio France, et il faut bien admettre qu'elle s'est montrée efficace. France Info, qui pourtant se résume à des tranches de quinze minutes plus ou moins semblables, reste allumée en permanence chez les accros de l'info. Mais, passé l’état de grâce, la station doit faire face à la concurrence de l’internet : fin 2009, en Ile-de-France, France-Info enregistrait un fort recul de son audience, à 10.6% d'audience cumulée, contre 12.5% l'année précédente.

Le principe de France Info n'est pas aussi original qu'il y paraît

Selon le Dictionnaire de la radio de Robert Prot, des projets identiques étaient à l'étude à Madrid, Munich et Rome. Idée qui remontait à la Seconde Guerre mondiale : il avait existé, dès le 1er février 1944, une radio d'obédience nazie, "L'Information permanente", qui émettait pour la région parisienne.

A sa création, France Info ne couvrait que Paris et six autres grandes villes

Elle est d'abord la première radio européenne d'information en continu (politique, faits divers, culture, sport…) avant de devenir, par la multiplication de ses émetteurs (cent trente en 1994), la seule radio, dans le monde, d'information continue à couverture nationale. Dès sa naissance, soixante journalistes sont affectés à son antenne pour un grand journal de sept minutes deux fois dans l'heure et un nombre impressionnant de rubriques. De quoi être tenu au courant efficacement, quelle que soit l'heure, avec un minimum d'attente (l'auditeur fébrile peut même immédiatement obtenir le résumé du journal par téléphone, en attendant les télétextes que proposera la radio numérique, tâche à laquelle s'attelle certainement Radio France Multimédia).

En 2006, France Info s'inquiète pour son avenir

Elle a perdu 570 000 auditeurs et semble avoir mangé son pain blanc. Au dernier trimestre 2001, suite aux évènements du 11 Septembre, la station pulvérisait ses records d'audience avec 13,2%. Même en léger déclin (11,6%), elle continuait de marquer des points par rapport aux autres radios qui perdaient encore plus d'auditeurs, et devenait au printemps 2003 la station la plus écoutée sur tout le territoire. Puis la situation se dégrada, la station ne disposant plus que de 8,9% d’audience repassa troisième en Ile-de-France, derrière RTL et Europe 1 .

Avec l'arrivée d'Internet (inexistant à la naissance de France Info), le passionné d'information a pris le réflexe de l'info immédiate

L’accro à l’info n'a même plus la patience d'attendre sept minutes, laps de temps qui sépare la fin d'un journal complet du résumé de l'essentiel des titres. L'avant-dernière reprise en main de France Info, qui devait redresser la barre en apportant un regard décalé et réfléchi sur le "tout-actu", n'avait pas porté ses fruits. Au moment où l'auditeur se détournait de France Info pour obtenir ailleurs une information encore plus rapidement, était-il bien raisonnable de proposer, par exemple, une chronique rétro revenant sur les évènements de la semaine écoulée ? Oui, justement, pour reconquérir cette distance indispensable pour qui veut comprendre le monde dans lequel il vit.

Se méfier de l’info à chaud, parfois fausse, orientée ou manipulée

Le "cas" France Info semblait, à tort, symptomatique d'une crise de confiance qui touche de nombreux médias traditionnels :

- Très souvent, les journalistes se sentent obligés d'épouser le point de vue de leur public. Un animateur de télé sera toujours du côté de la majorité, parce qu'il veut faire de l'audience. Je me méfie de ce conformisme-là (Frédéric Taddeï, Médias n°12, printemps 2007).

- L'info vient du net, qui semble puiser une forme nouvelle dans ces pressions que subissent les médias traditionnels. Une occasion de s'affirmer enfin (...) comme une véritable alternative, pas toujours fiable, mais farouchement indépendante (...). Avant, une info cachée finissait, au mieux, dans Le Canard enchaîné . Désormais elle se propage sur tous les ordinateurs ( Télérama du 13 juin 2007).

France Info, pourtant, sut redresser la barre

Il y a cinq ans, le 1er juin 2007, jour de ses vingt printemps, sous l’impulsion de Patrick Roger, elle mit en place une nouvelle grille qui, fort rapidement, lui permit de remonter à 9,6% d’audience, évinçant RTL de la pôle position en Ile-de-France (elle reste néanmoins aujourd'hui toujours quatrième des radios nationales, derrière RTL, NRJ et France Inter) :

- On s’est rendu compte que la répétitivité des infos lassait, engendrant même de l’indifférence à notre égard. Il fallait casser le côté mécanique de la machine France Info, son ton austère aussi. Amener plus de convivialité sans pour autant dénaturer son identité : l’actu. Et prendre en compte la concurrence qui a explosé ces vingt dernières années avec l’arrivée d’Internet, la naissance des chaînes télé tout-info et l’offre désormais disponible sur les téléphones mobiles. Même les radios généralistes font beaucoup plus d’info qu’avant. Nous sommes cernés… (Patrick Roger interviewé par VSD mi-avril 2008).

Le 1er juin 1987 marque, avec la naissance de France Info, la dernière grande date dans l'Histoire commune au transistor et à l'information en direct.

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