Henri IV avait perdu la tête. On l'a retrouvée!

Ravaillac n'avait fait le travail qu'à moitié. La Révolution avait achevé le boulot en décapitant la dépouille du monarque préféré des Français.

L’assassin fou en avait-il eu marre de mettre la poule au pot chaque dimanche? L’indigestion de poulet n’explique pas tout. Contrairement à l’image couramment répandue, le souverain n’était pas aimé de tous ses sujets. A preuve, un attentat dont il avait été la victime bien avant son assassinat en 1610. Un attentat qui finalement s’avéra fort utile puisqu’il permit, 300 ans plus tard, d’identifier une tête momifiée comme étant celle du bon roi Henri .

Retour sur un coup de sang

Seize ans avant l’attentat fatal, le 27 décembre 1594 très exactement, un certain Jean Chatel voulut égorger le roi. Raté, certes, mais le monarque en gardera à jamais une cicatrice: la lame a perforé la mâchoire au-dessus de la commissure des lèvres. Bien joué, l’artiste! Cette cicatrice, dont tout le monde se moque en 1600, reviendra sous les feux de l’actualité au début du XXe siècle. Entre-temps, le roi, d’abord bon vivant puis mauvais mort, aura connu de bien étranges aventures. Enfin, bien étranges… quand on ne connaît pas les mœurs des révolutionnaires français de la fin du XVIIIe siècle.

Un cadavre pimpant... par rapport aux autres

Henri IV fut inhumé (comme tous les rois de France) à la basilique de Saint-Denis. Mais en octobre 1793, durant la Terreur, la Révolution a décidé, comme l’écrira Alexandre Dumas (cité dans Paris Match) de «poursuivre la monarchie jusque dans son tombeau». La nécropole royale est mise à sac. Et valsent les dépouilles mortelles… ou du moins ce qu’il en reste, car les sans-culottes découvrent que, tout roi qu’on soit, quand on est mort, on est mort, et si l’on a pas été embaumé… attention les yeux: Louis XV, qui ne l’avait pas été pour cause de maladie contagieuse, est dans un état de putréfaction liquide. Louis XIV, tout Roi Soleil qu’il fut, n’a plus grand-chose de «soleil»: sa dépouille est «noire comme de l’encre». Henri IV, lui, se porte plutôt bien: son corps est retrouvé dans un bon état de conservation et les traits du visage parfaitement reconnaissables. Comme sa descendance, Henri IV est jeté dans une fosse commune à l’extérieur de la basilique.

C’est le signal du pillage

Paris Match précise: «On saute dans la fosse et l’on arrache aux rois des dents, des doigts, des cheveux... Des archives décrivent un médecin partant avec un crâne sous le bras, d’autres parlent d’Henri IV "taillé en pièces au sabre"».

C’est à cet instant que la tête du roi est détachée du corps et volée.

Adjugé, vendu!

Au cours d’une vente aux enchères de l’Hôtel Drouot, le 31 octobre 1919, un certain Joseph-Emile Bourdais, brocanteur montmartrois, fait l’acquisition, au prix de trois francs (une broutille!) d’une tête momifiée.

La certitude du brocanteur

Bourdais est convaincu qu’il a, pour ce prix dérisoire, emporté la tête du roi le plus populaire de l’histoire de France.

«Il a, pour cela, des arguments à faire valoir, ajoute Paris Match. D’abord, pour avoir été embaumée, cette tête est celle d’un personnage de haut rang. Ensuite, le brocanteur note quantité de ressemblances avec Henri IV: un grain de beauté au coin du nez, une cicatrice – trace d’une première tentative d’assassinat en 1594 – à la lèvre supérieure... Bourdais juxtapose des photos de sa momie et différents portraits du monarque. Même profil, même forme du crâne. Le résultat est troublant. Pour lui, il n’y a aucun doute. C’est Henri IV. Mais à l’époque, l’ADN et les techniques modernes sont encore inconnus. Personne ne prend au sérieux cet autodidacte sans relations ni diplômes. Joseph-Emile Bourdais meurt en 1946 et plus personne ne sait où se trouve la tête momifiée...».

Henri IV a de nouveau perdu la tête

Du vivant de Bourdais, tout le monde se moquait de sa fameuse tête. Mais une fois le brocanteur disparu… la tête, elle aussi, avait disparu. Où pouvait-elle bien être ? On en trouve trace dans un article de 1955 : un journaliste l’avait retrouvée chez la sœur du brocanteur. La vieille dame la gardait sous son lit et ne la sortait « que les jours de grand nettoyage».

Mais aujourd’hui, où peut-elle bien être ? (à suivre)

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