Hymne national... S'impose-t-il encore ? Faut-il le changer ?

La France avait passé sa vie en guerre avec l'Allemagne. Mais depuis l'Europe et l'euro, les deux pays s'adorent. Que faire alors de La Marseillaise ?

Le sujet ne cesse de faire débat depuis plusieurs années. Après une rencontre sportive chaotique (France-Tunisie le 14 octobre 2008) après une interprétation de Lââm fort perturbée, un humoriste avait déclaré : "les supporters ont sifflé la Marseillaise car ils en avaient oublié les paroles !".

Un pays qui n'a plus d'identité a-t-il besoin d'un hymne national?

La France, c'est le village d'Astérix, éventuellement une quelconque province d'Europe, mais certainement plus un pays. Depuis la mondialisation, tous nos produits sont "made in ailleurs". Les voitures "françaises" sont fabriquées à l'étranger. Nos charolaises sont expédiées outre-Rhin pour être hachées menu avec des vaches polonaises et tchèques pour revenir dans nos assiettes sous forme de steacks parfois dangereux pour la santé . Alors, pourquoi conserver un hymne national ?

Des paroles de plus en plus contestées...

Les paroles écrites en 1792 correspondent de moins en moins, sinon plus du tout, au profil de la société française du XXIe siècle. Pour un Français, qu'est-ce qui est le plus grave : ne pas chanter La Marseillaise ou aller payer ses impôts en Suisse ?

Autopsie d'un chant glacial et guerrier

Faire apprendre La Marseillaise dès le plus jeune âge à des enfants ne risque-t-il pas de leur inculquer par l'obligation éducative, à travers le chant, des références culturelles loin d'être anodines ?. Citons par exemple celle prônant les rites guerriers, "Aux armes citoyens, formez vos bataillons".

Le 7ème couplet est dit "couplet des enfants"

Il est exact que nos "chères têtes blondes", comme on dit en France, n'ont peut-être pas véritablement besoin qu'on leur rappelle que leurs grands-parents s'étaient, par le passé, affrontés aux "chères têtes blondes" des Aryens. Il est sournois et paradoxal de raviver le souvenir des conflits des XIXe et XXe siècles, au moment du rapprochement entre ces deux pays si souvent antagonistes. Il serait donc raisonnable, si l'idée dépasse le cap de la "brève de comptoir", de limiter l'apprentissage de la chanson au septième couplet qui donnera un peu d'espoir à ceux qui se considèrent aujourd'hui comme de futurs demandeurs d'emploi :

"Nous entrerons dans la carrière / Quand nos aînés n'y seront plus" !

Naissance de l'hymne

Lorsque la France déclara la guerre à l'Autriche en avril 1792, le maire de Strasbourg, dînant avec un groupe de soldats, se plaignit que notre pays ne disposât point d'un chant reconnu par tous et destiné à exalter les passions. L’un des militaires réunis à sa table fut pressenti pour composer l'hymne qui faisait défaut. Claude Joseph Rouget de Lisle écrivit le Chant de Guerre pour l'Armée du Rhin ; plusieurs milliers d'exemplaires de sa partition furent imprimés à Marseille. La chanson connut alors un vif succès auprès de bataillons en route pour Paris. C'est ainsi que leur chant, en arrivant dans la capitale, fut surnommé par les Parisiens le Chant des Marseillais. Il fut interprété pour la première fois pendant la Révolution au Caveau des Aveugles qui, 150 ans plus tard, s'appelait le Milord l'Arsouille, cabaret où Serge Gainsbourg fit ses débuts.

Exaltation des passions ou sentiments xénophobes ?

Le soldat d'outre-Rhin fut, certes, fréquemment l'ennemi à abattre. Mais, justement, en sachant pertinemment de qui il est question, peut-on demander à des enfants de vociférer "Quoi ces cohortes étrangères feraient la loi dans nos foyers" ou encore "qu'un sang impur abreuve nos sillons ?". Le mot "impur" n'est-il pas... impur, puisqu'il s'agit d'un appel explicite au crime raciste ?

Gainsbourg, faux anar' !

C'est d'une autre forme de racisme dont avait souffert, enfant, Serge Gainsbourg : l'antisémitisme . Et ce n'était pas fini ! Lorsqu'il entreprit d'enregistrer La Marseillaise en reggae, il subit des attaques, pas toujours très correctes de la part de certains journalistes (notamment Michel Droit dans Le Figaro littéraire), puis celle d'un groupe de parachutistes qui investirent une salle où il devait donner un spectacle, à Strasbourg, là même où La Marseillaise était née. On ne lui pardonnait pas d'avoir remplacé les paroles sacrées par "Aux armes et coetera". Or il était resté fidèle, à la lettre près, au texte original de Rouget de Lisle : en décembre 1981, il s'offrit, lors une vente aux enchères, l'un des deux seuls manuscrits authentiques du Chant de Guerre de l'Armée du Rhin. Document à l'appui, Serge prouva qu'en recopiant son texte, pour ne pas inutilement reproduire les mêmes vers, Rouget de Lisle lui-même avait écrit "Aux armes etc.".

On sursaute à chaque fois qu'on touche à La Marseillaise

Johnny Hallyday choque les anciens combattants en l'interprétant le 14 juillet 1963 à Trouville... En 1967, les Beatles en utilisent quelques mesures pour l’introduction de leur chanson All You Need Is Love ... Le président Valéry Giscard d’Estaing fit scandale en entonnant, s’accompagnant à l’accordéon, une Marseillaise dont il avait ralenti le rythme... sans oublier l’interprétation de Yannick Noah avec les Enfoirés pour les Restos du Cœur en 1999.

Notr e hymne n’est pas sacré, et tout un chacun a le droit de l’interpréter

Or aujourd'hui le problème est posé différemment puisqu'on veut refuser à tout citoyen le droit... de ne PAS l'interpréter ! Faudra-t-il faire voter une loi du type de celles qu'on concoctait sous le régime de Vichy pour faire vibrer les cordes vocales éprises, simplement, de liberté ? "Je twisterais les mots / S'il fallait les twister" chantait Jean Ferrat dans "Nuit et brouillard"; Faudra-t-il un nouveau Ferrat pour chanter "Je refuserai de chanter La Marseillaise / Si l'on m'oblige à la chanter" ?

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