Il y a 40 ans Mike Lécuyer réinventait la presse rock française

Avec "Pop 2000" et "Maxipop", le jeune homme (aujourd'hui sexagénaire et fou de blues) se lança dans la bataille de la presse musicale

Quarante ans tout juste! Il y a quarante ans, les jeunes Français passionnés de pop music découvraient deux nouvelles revues. Elle arrivaient à un moment crucial, face au monopole de trois mensuels : "Rock & Folk", "Best" et "Extra". Avec beaucoup de courage (car l'entreprise était risquée), Mike Lecuyer se lança dans la bataille. ces souvenirs sont évoqués dans les moindres détails sur son site http://www.web2000.bluesfr.net/CVMIKE/MikeCVrevue.htm . Voici, en résumé, la saga de ces deux revues, "Pop 2000" et "Maxipop".

Le parcours de Mike Lécuyer

" A près avoir joué dans quelques groupes du lycée Lavoisier (Paris) à la fin des années 60, je rencontre en 1971, Jacques Barbier, ancien manager de groupes comme HEAVY MOONSHINE, et nous décidons de créer une revue pour promouvoir les groupes français qui font un beau parcours en ce début des années 70...

A vec des moyens de fortune (ou de misère, car l'argent était denrée rare) et sans aucune expérience, nous présentons le premier numéro (daté de janvier 72) de POP 2000 "le journal de la Pop française" en décembre 71 au Golf Drouot de Paris.

Avec nos machines à écrire IBM "à boules", cutters et autres lettres transfert Letraset, nous apprenons "sur le tas" les métiers de Rédacteur en chef, Journaliste, Photographe, Maquettiste, Standardiste...

En dehors des articles et interviews "classiques", les deux rubriques remportant le plus de succès auprès des lecteurs sont les petites annonces et Pop 2000 Groupes où nous présentons tous les (nouveaux) groupe s même amateurs (un bonheur pour les formations de province).

Quel fut l'impact de Pop 2000 ?

Le tirage était loin d'égaler celui des concurrents, bien que le magazine soit distribué par la NMPP :

Tirage des premiers numéros : 15 000 exemplaires

Parution : mensuelle. Prix : 2 Francs.

24 puis 32 pages. Noir et Blanc puis une couleur d'accompagnement.

17 numéros de janvier 1972 à mai 1973.

La suite de l'aventure : Maxipop

" L e patron du night-club Le Tripot me présente à un imprimeur qui recherche une nouvelle équipe pour remplacer celle du défunt POP MUSIC SUPER HEBDO (ce qui ne nous portera pas chance).

L'équipe s'étoffe et ainsi naît " MAXIPOP Le journal de la pop music". Après quelques numéros en grand format, nous trouvons notre vitesse de croisière avec un format A4 plus courant et Jacques Leblanc devient le rédacteur en chef (futur créateur de Juke Box Magazine)

Tirage des premiers numéros : 25 000 exemplaires

Parution : hebdomadaire. Prix : 3 Francs.

24 puis 32 pages (en A4). En couleurs. Avec un poster dépliant de 4 pages grand format puis sous forme de bons à renvoyer.

28 numéros de juin 1972 à mars 1973.

N ous couvrons l'actualité internationale rock et un peu de variétés. News, chroniques de disques, concerts, interviews, se succèdent au rythme des rotatives. Nous passons une bonne partie de la nuit du vendredi chez l'imprimeur à corriger et maquetter le numéro à paraître le mardi... puis un petit tour au Golf ou au Gibus.

Nous attaquons l'année 73 en toute confiance jusqu'au fatidique "choc pétrolier" de février qui fait doubler, du jour au lendemain, le prix du pétrole et, par un effet de dominos, le prix du papier.

L'imprimeur décide d'arrêter MAXIPOP puis de repartir avec l'ancienne équipe de POP MUSIC... embrouille et sac de nœud qui resteront, pour moi, un mystère à jamais... j'aurais préféré la force...

Retour sur Pop 2000

"Pendant ce temps,POP 2000 vivait un peu au-dessus de ses moyens. La publicité ne rentre pas beaucoup (la plupart des maisons de disques préférant 10 lignes, même mauvaises, dans les revues rock bien installées qu'une page chez nous). Nous augmentons le nombre de pages, le tirage (jusqu'à 33 000 exemplaires pour un bouillon de 50 %), une couleur d'accompagnement, la composition en plomb des textes... Dommage que le Mac et la PAO ne fassent leur apparition que 10 ans plus tard !

Ce sont surtout les frais d'impression (et de papier) qui sont les plus lourds et je mets 3 mois (de trop) pour réagir. Les caisses sont vides... et lorsque je porte les films du n° 18 fin mai, l'imprimeur m'annonce qu'il ne pourra imprimer ce numéro avant que je n'ai payé les factures précédentes. C'est évidemment la fin...

Il faut payer au registre de commerce pour la cessation d'activité. Il faut payer aux NMPP pour le stockage des invendus (!) etc, etc... 100 000 francs de dettes. Personne pour reprendre le flambeau...

Dernier baroud d'honneur, fin juin, avec l'organisation du FESTIVAL POP 2000 sous chapiteau au château de Fontenay Trésigny (Seine et Marne) avec divers groupes dont Backdenkel et Larry Martin Factory (qui a fait la sono gratuitement toute la nuit, sans même pouvoir jouer ! Salut affectueux à Larry Martin et à Michel Carras, où que vous soyez). Bilan : 3 semaines de boulot, 50 F de bénéfices ! Une petite partie de pêche (avec le patron du Gibus le dimanche matin dans le parc) clôture cette aventure inoubliable".

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