Il y a 45 ans sortait "Their Satanic Majesties Request"

Cet album des Rolling Stones surgit au terme de l'année la plus difficile de leur carrière : 1967. Aujourd'hui son écoute reste décevante mais ça s'explique
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Septembre 1967… Il est temps de penser à la pochette du prochain album qui doit sortir avant Noël. Son titre, « Their Satanic Majesties Request », utilise une association d’idées assez insolente en détournant la formule qui figurait sur les passeports britanniques : Her Britannic Majesty Request . La photo fut réalisée dans un studio de Manhattan ; Michael Cooper et les Stones arrangèrent d’abord le décor figurant un pays imaginaire puis se vêtirent en hippies tendance sorciers.

C’était certainement très bien… mais déjà démodé

L’Eté de l’Amour était terminé, les hippies étaient passés de mode. Promouvoir un album grâce à des clichés qui faisaient déjà partie du passé n’était pas une bonne idée. Certes cette pochette était dans la mouvance de celle du dernier album des Beatles, mais « Sgt. Pepper’s… » était sorti à la fin du printemps. Les Stones avaient un bon semestre de retard pour tenter de s’aligner, même si Michael Cooper était le concepteur des deux pochettes (ce qui n’était pas bien difficile à deviner : sur la pochette des Beatles figurait un sweat shirt orné de la formule « Welcome Rolling Stones », et sur celle des Stones les portraits des quatre Beatles, en petit et pas toujours faciles à discerner en raison de l’effet de relief).

A temps pour Noël

Le 27 novembre sortait « Their Satanic Majesties Request », nouvel album des Stones sous sa luxuriante pochette en relief dont le coût de fabrication s’était élevé à 15 000 livres. Le groupe allait rentrer dans ses frais, mais péniblement… Le noyau dur des fans était déconcerté par cet album qui ressemblait peu à l’œuvre habituelle du groupe.

En un mot comme en cent, les fans étaient embarrassés

Des Stones s’immergeant dans le psychédélisme, ça ne leur ressemblait pas vraiment. Le disque divisa ceux qui les suivaient depuis leurs débuts et achetaient religieusement chacune de leurs nouvelles publications. La plupart trouvaient que ce disque n’avait pas de direction… ou bien qu’il partait dans toutes les directions. Etant donné tout ce qu’il s’était passé en 1967, on pouvait comprendre pourquoi ce disque semblait désorienté, semblait manquer de ligne directrice. Revue !

L’album s’ouvre sur « Sing this all together » dont les paroles doivent évoquer les évènements subis par le groupe durant toute l’année. C’est surtout dissonant ; les bruits de cloches, d’instruments exotiques : l’ambiance mystique est datée. Six mois plus tôt, ça aurait pu passer. Et encore ! Sa suite longue de plus de 8 minutes, « Sing this all together (See what happens) », malgré son intro à la « Strawberry Fields… », confirme l’impression de malaise : elle n’atteint pas même le niveau d’une jam session entre musiciens défoncés.

Horrible !

Heureusement « She’s a rainbow » vient sauver le disque du naufrage : une jolie mélodie, un beau texte, des arrangements réussis.

Plusieurs autres titres mettent mal à l'aise

Jusqu’à « In Another Land », une curiosité. Curiosité dans la mesure où il s’agit d’une composition de Bill Wyman qui jusqu’alors, fort humblement, ne s’était jamais éloigné de son rôle de bassiste et éventuellement de choriste. Curiosité et agréable surprise car, même si c’est loin d’être du Stones pur jus, c’est néanmoins un très bon titre onirique qu’on peut réécouter aujourd’hui sans se forcer. Y participe, en tant que choriste, l’excellent Steve Marriott dont le groupe Small Faces enregistrait aux studios Olympic en même temps que nos Pierres.

Bien que très absent durant les séances d’enregistrement, la présence furtive de Brian Jones se fait sentir au travers de passages ésotériques aux sons mystérieux ; c’est particulièrement sensible sur « Gomper » et sur « 2 000 Light Years From Home », un titre que les Stones n’avaient pas envisagé de sortir en 45-tours en Grande-Bretagne bien qu’une vidéo ait été réalisée par Peter Clifton (Brian n’apparaît que deux secondes avant la fin du clip).

Les pré-commandes de l’album furent bonnes

Normal, personne ne se doutait de ce qu’il allait sortir, d’autant qu’on était en période de Noël. Le disque put ainsi grimper dans le Top 5 des meilleures ventes, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne. Mais la critique fut tout sauf unanimement élogieuse. Déroutés, les chroniqueurs considéraient souvent que, des Stones psyché, c’était aller trop loin. Le magazine Rolling Stone , sous la plume de John Landau, exprima son point de vue :

- « Their Satanic Majesties Request », malgré des moments d’indiscutable brillance, remet en question et menace le statut du groupe. Les Rolling Stones ont trop subi l’influence de groupes qui n’avaient pas leur talent ; le résultat en est cet album dans lequel ils tentent péniblement de prouver qu’ils sont toujours un groupe innovant, qu’ils sont toujours capables d’exprimer quelque chose de nouveau. Or, pour la première fois, ils traversent une crise d’identité et ils devront la régler avec des disques plus convaincants que « Their Satanic Majesties Request » s’ils veulent que leur musique continue à évoluer.

Dans d’autres périodiques moins « pointus » et moins rigoureux que Rolling Stone , autorité en matière de musique pop, les chroniqueurs eurent parfois du mal à en croire leurs oreilles.

Don Short, du Daily Mirror , se montra impitoyable

« Qu’on ne compte pas sur moi pour dire du bien de cet album, je ne sais vraiment pas par quel côté le prendre ! ». Il est vrai qu’avec les Stones on était habitués à des disques intemporels et bruts de décoffrage ; or celui-là était à la fois prétentieux et limité dans le temps, se contentant d’être une sorte de chronique des évènements auxquels le groupe avait été confronté en 1967. Pour en savoir plus, cliquer ICI.

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