Il y a 50 ans Bob Dylan enregistrait ses premières chansons

Simplement intitulé "Bob Dylan", ce premier album fut un échec commercial. L'artiste allait rester dans l'ombre encore plus d'un an...
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Génie ou imposteur ? Surdoué ou arriviste ? Aurait-il percé ailleurs qu'à New York ? Aurait-il eu de l'inspiration sans avoir passé des mois au chevet de Woody Guthrie ?

Un jeune homme sans défense

Robert Zimmerman alias Bob Dylan, né en 1941, parle peu de son enfance. Rares sont les chansons où il fait mention de sa jeunesse. Sa famille, il n'en est jamais question. Il a volontairement tiré un trait sur son passé en arrivant à New York. Il est tout jeune homme lorsqu'il débarque dans cet enfer.

Frêle, fragile au moins en apparence...

Les femmes, par un sentiment presque maternel, veulent le protéger, peut-être à cause de son image fluette. Il semble peu destiné à une grande carrière, un peu perdu dans la grande ville, et le chante : " C'était l'hiver dans New York / et le vent soufflait la neige / Je marchais sans but, nulle part où aller / On pouvait s'y geler jusqu'à la moelle des os " ( Talkin New York , extrait du 1er album)

Dylan fait la connaissance de Woody Guthrie, malade et condamné

Guthrie, immense vedette... inconnue du grand public, au moins en France à l'époque. Dylan lui rend visite régulièrement. Admiration puis amitié ou opportunisme et vampirisme ? Malgré toute l'admiration qu'on peut lui porter, le personnage de Dylan dès cet instant semble trouble. On est en mesure de se demander si Dylan est réellement un fort talentueux folk singer ou s'il s'agit plutôt d'un arriviste de génie. Nul ne saura jamais si Dylan ne s'est pas, en quelque sorte, "servi" de l'expérience et de la notoriété de Guthrie , des gens qu'il côtoyait à son chevet, pour arriver plus rapidement à la gloire... qu'il méritait de toute façon. Les dimanches passés auprès du grand Woody lui permettent, non seulement de s'imprégner de l'esprit et de la musique de Guthrie, mais aussi de se faire connaître du microcosme de célébrités folk qui gravitent autour du moribond.

Le cercle des amis de Guthrie reporte son admiration sur Dylan

On ne sait trop par quel pressentiment, Bob apparaît aux yeux de certains comme le fils spirituel de Guthrie. Humblement, Dylan admet qu'il a tout à apprendre de lui et rien à lui apporter :

" Woody, je sais que tu me connais / tout ce que je raconte, tu en sais bien plus " ( Song to Woody , premier album).

Les premiers enregistrements de Dylan sont loin d'être concluants

Il participe, en tant que musicien de studio, à des enregistrements de la chanteuse de blues Victoria Spivey (qui figure, d'ailleurs, au dos de la pochette de son futur album New Morning ) et de Harry Belafonte qui le congédie rapidement, le jugeant trop mauvais. Son premier album, intitulé tout simplement Bob Dylan , n'obtient pratiquement aucun succès. A tel point qu'il ne sort même pas en Europe. Il enregistre des dizaines de chansons dont personne, présentement, ne veut ; elles surgiront de nombreuses années plus tard sur des disques pirates . C'est vers cette époque que Bobby fait la connaissance d'une certaine Suzy Rotolo dont il tombe profondément amoureux.

La vie sentimentale de Dylan est loin d'être simple

Sa personnalité, déjà complexe et instable, est compliquée par l'arrivée imminente d'un succès que l'on peut qualifier de colossal. Dylan, qui n'a pas "la grosse tête", est quand même sensible au comportement des gens qui l'entourent. Les admirateurs, les jaloux… Dylan, par égoïsme, par besoin de possession, demande à Suzy Rotolo de tout laisser tomber, en particulier la peinture, pour vivre avec lui. Elle refuse, après une série de séparations et de réconciliations, consciente de ne pas pouvoir vivre avec cet être paranoïaque et capricieux. Dylan sombre alors dans le chagrin et l'alcool, refusant jusqu'à la compagnie de ses amis. Période très dure pendant laquelle il écrira ses plus belles chansons d'amour, notamment Boots of Spanish Leather . Mais ce sont ses textes engagés qui vont lui apporter la gloire. Son deuxième album, Freewheelin , est immortalisé par le célèbre Blowin In The Wind , hymne de toute une génération de jeunes Américains, et, plus tard, de tous les gratteurs de guitare du métro parisien.

En roue libre...

Freewheelin ', son deuxième album, aurait pu lui aussi passer à la trappe. D'abord à cause d'un imbroglio : sa chanson Talkin' John Birch Sociey Blues attaque trop ouvertement un parti politique, il faut l'enlever de l'album qui, pourtant, était prêt à sortir (certains exemplaires circulent à prix d'or chez les collectionneurs). Et puisque parce que, tout Dylan qu'il est, personne ou presque ne le connaît. Heureusement pour lui, le trio Peter, Paul and Mary reprend sa chanson Blowin In The Wind et en fait un tube. Sinon, sans cette intervention miraculeuse, il y a fort à parier que Bob Dylan ne serait aujourd'hui pas plus connu que Suze Rotolo qui figure avec lui sur la pochette du 33 tours Freewheelin : sa maison de disques Columbia s'apprêtait à résilier son contrat d'enregistrement si ce deuxième album s'était vendu aussi peu que le premier ( à suivre en cliquant ici )

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