Il y a 50 ans éclatait l'affaire de la "French Connection"

A l'époque, on eut du mal à croire possible un trafic de drogue entre la France et l'Amérique utilisant les services d'une vedette du show business
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"French Connection"... Deux mots qui claquent et qui restent ancrés dans l'Histoire du 20ème siècle, encrés dans d'innombrables quotidiens et hebdomadaires du début des années 60. Au centre de l'affaire, deux personnages pivots : François Scaglia, petit truand qui, après le trafic de drogue, se refera un nom et une santé financière en organisant des courses truquées, et Jacques Angelvin, grande vedette du petit écran il y a tout juste cinquante ans. Tellement connu qu'il n'aurait jamais pensé que sa notoriété ne le mettrait pas à l'abri d'un coup dur...

Qui était Angelvin ?

Jacques Angelvin (1914-1978) était un animateur de télévision très célèbre à la fin des années 50, un peu comme le fut Jacques Martin dix ans plus tard et comme Michel Drucker l’est aujourd’hui. Playboy, il était en couple avec la plus belle fille du Crazy Horse Saloon qu'il baladait dans une superbe voiture américaine. Quelle ne fut pas la stupeur des Français en apprenant en 1962 qu’il avait été arrêté aux Etats-Unis, pays où il purgera une peine de prison suffisamment longue pour lui interdire tout retour sur le petit écran. Mais, preuve de son vedettariat incontestable à l’époque (car aujourd’hui plus personne ne connaît son nom) des stars comme Yves Montand et Charles Aznavour, de passage à New York, tentèrent d’aller le voir durant son incarcération.

Les débuts

Il fut acteur dès 1950 et jusqu’à 1959… Acteur de second plan dans des films de second plan (le plus connu est « Cet homme est dangereux », en 1953… Signalons néanmoins une apparition au côté de Tino Rossi dans « Son dernier Noël » en 1952 et au côté de Luis Mariano dans « Le chanteur de Mexico » en 1956). Présentateur vedette de l’émission Télé Paris, il eut pour tort d’être l’ami d’un certain François Scaglia, un Corse (raison pour laquelle on parle parfois de "Corsican connection") arrêté à New York pour trafic de drogue fin 1961 avec dix kilos de stupéfiants en sa possession. Dix kilos, c’était beaucoup… mais c’était rien par rapport à ce qu’il attendait encore en provenance de Corse.

L’homme à la Buick

Dans le cadre de la lutte contre la French Connection, Angelvin est arrêté à New York, le 21 janvier 1962 pour trafic d'héroïne : sa voiture, arrivée par paquebot, en était truffée. 52 kilos de d'héroïne pure dans une Buick, c’était pas banal, pour l’époque. On pense qu’il crut que son statut d'animateur le mettrait à l'abri des soupçons. Il semblerait également que Scaglia lui avait remis 10 000 dollars pour qu’il passe la voiture d’Europe sur le continent américain. La défense d’Angelvin consista à prétendre que la voiture avait été trafiquée à son insu. Mais comme elle lui appartenait, l’argument ne tenait pas. Et puis, pourquoi avait-il amené sa voiture?

- «Une firme importante payait mon voyage aller-retour en première classe ; pour la même somme, je pouvais embarquer ma voiture en prenant un billet touriste à l’aller et un billet retour en première classe. De ce fait, je n’avais qu’à payer l’essence qui, aux USA, est moitié prix. Ce n’était donc pas une dépense mais une économie d’amener ma propre voiture», écrit-il dans son livre Mes prisons américaines .

Cette histoire donna la trame du film «Le Corniaud» de Gérard Oury avec Bourvil et Louis de Funès. La suite, ce serait le film «French Connection», nettement moins drôle.

On conseilla à Angelvin de plaider coupable, ce qu’il fit pour bénéficier de l'allègement prévu par la législation américaine. Il fut condamné le 15 septembre 1963 à une peine de six ans de prison. Il fut cependant libéré un peu plus tôt, en 1967, mais le show business parisien ne voulait plus de lui. Il retourna dans sa région natale, devint agent immobilier, et mourut à Cannes en 1978. Entre-temps, il avait publié ses mémoires sous le titre «Mes prisons américaines», un document étonnant.

A relire aujourd’hui

Ce livre aujourd’hui difficilement trouvable car sorti fin 1968 et épuisé depuis des lustres, est révélateur, non pas véritablement de la société américaine des années soixante puisque, de ce qu’Angelvin en a vu, c’est à travers des barreaux (il quitta les USA le jour de sa levée d’écrous) mais sur la vision qu’avaient les Français sur les Américains. Des lieux communs, ridicules et souvent racistes. Et puis surtout de l’état des prisons américaines de l’époque. C’est en cela que ce témoignage est édifiant.

La prison ? Un petit paradis

Angelvin nous donne à voir une vision idyllique des geôles nord-américaines. Car en cinq ans et demi il a été baladé d’une prison à l’autre. Et ce qu’il en dit est sans rapport avec l’image que nous avons de la prison du 21è siècle. Selon lui, Sing Sing était un petit paradis… par rapport à toutes les autres prisons dont il avait été le pensionnaire.

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