Il y a 50 ans Johnny Hallyday changeait de maison de disques

Entre Vogue et Phillips, ce fut la guerre des contrats. D'autant que Barclay, lui aussi, était sur les rangs
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Quand on est mineur, on ne peut pas signer n'importe quoi. Mais les tuteurs le peuvent, en toute bonne foi. Johnny Hallyday est encore aujourd'hui redevable à la société Vogue d'un contrat signé il y a plus d'un demi-siècle. Ca peut sembler gênant, mais sans la firme Vogue, serait-il devenu "l'Idole des Jeunes" ?

16 Janvier 1960

Johnny signe un contrat d’enregistrement ! Enfin, “signe”... c’est beaucoup dire ! Etant mineur, il a tout juste le droit de regarder sa tutrice Hélène Mar parapher le précieux document. Comme l’explique Johnny dans Destroy , son autobiographie, ce contrat est simplement privé, mais certes pas officiel. A tel point qu’il sera à l’origine d’un grave conflit entre Vogue et Philips, conflit dont l’issue ne viendra qu’en 1968. Si l’on avait, en 1960, été persuadé du potentiel commercial de l’artiste, un contrat rigoureux aurait été rédigé, Johnny serait peut-être encore aujourd’hui chez Vogue... et la face du rock français en aurait été changée !

Replaçons cette date dans son contexte discographique

A cet instant, Richard Anthony, quant à lui, a dejà publié quatre EP’s (dont l’un a connu un vif succès : Nouvelle Vague ), et s’apprête à en commercialiser un cinquième, dont le titre leader n’est autre que Tu parles trop , que Johnny ne va guère tarder à enregistrer. Mais Sylvie Vartan, en revanche, n’a encore jamais mis les pieds dans un studio d’enregistrement, pour pousser la chansonnette (grâce à son frère Eddie, il s’agit quand même d’un monde qui lui est familier).

Après de difficiles transactions, d’allêchantes propositions de la part de Barclay (firme qui abrite déjà deux amis artistes que Johnny aimerait bien rejoindre : Jacques Brel et Eddy Mitchell), Johnny a finalement signé pour Philips le 19 juillet 1961.

Quatre ans plus tard...

Le 24 janvier 1963, un tribunal déclare non valide le contrat Vogue, pour cause de conditions exorbitantes en faveur de la société phonographique. L’affaire traînera encore cinq années. Depuis, chacun donne sa propre interprétation des faits.

Johnny : “Un jour, Barclay m’a dit “J’ai trouvé ce qu’il te faut. Je vais te former un orchestre avec des musiciens qui auront les cheveux verts, rouges et tout cela”. Je me suis dit, si c’est ainsi qu’il voit le rock’n’roll, je préfère signer chez Philips”.

Barclay: “Quand Johnny a voulu quitter Vogue, j’ai signé avec lui. Comme son tuteur, Lee, avait signé avec Philips, il y a eu une bagarre. Pour régler le problème, Philips a gardé Johnny et m’a donné Brel en échange”.

Pourtant, Barclay, à l'époque bulldozer du show-business, n’avait pas lésiné, puisqu’il avait immédiatement proposé 500 000F à Johnny. Une somme colossale, en 1961. Mais songeons qu'aujourd'hui certains disques de Johnny, en édition originale de cette époque, valent un millier d'euros ( cliquer ici ).

Jusqu’à l’ultime fin du vingtième siècle, Johnny n’a jamais regretté son choix

Il a toujours eu la liberté de choix quant à son répertoire, ce qui n’était pas le cas chez Vogue, où on lui imposa, plus ou moins, trois titres qu’il déteste toujours ( Itsy bitsy petit bikini , Kili Watch et 24 000 baisers ).

Impossible, cependant, d’oublier Vogue : la firme conserve ses droits sur ses premiers enregistrements, et ne se privera pas de les rééditer à l’infini.

Avril 1968

Après plusieurs années d’un long et difficile procès, le contrat liant Johnny à la firme Vogue est (enfin !) reconnu comme nul (à suivre en cliquant ici ).

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