Il y a 50 ans Richard Anthony publiait J'entends siffler le train

C'était en 1962, il y a tout juste un demi-siècle. Le rival de Johnny Hallyday publiait le premier véritable slow de l'été. A jamais son plus grand succès!

Cette année-là, la France semble se passionner pour le train: Sylvie Vartan fait un malheur en adaptant le Locomotion de Little Eva, Henri Salvador invente le Twist-S.N.C.F . et Richard Anthony triomphe avec J'entends siffler le train . Le train n'est cependant pas le moyen de transport de prédilection de Richard...

A huit ans, le garnement conduisait la voiture de son père

Puis, devenu vedette, il s'offre son avion particulier, qu'il pilote lui-même, ce qui est extrêmement rare à l’époque. Né en Egypte en 1936 d'un père turc et d'une mère anglaise, Richard prend le train pour la première fois de sa vie à l'âge de douze ans en... Argentine! Sa famille s'est, en effet, installée à 30 kilomètres de Buenos Aires, et Richard fait le trajet chaque matin pour rejoindre la seule école américaine du bled.

Arrivée à paris en 1951... mais pas en train

Il souffre beaucoup, au début, de ne pas connaître notre langue. Il devient... représentant en réfrigérateurs, s'offre un magnétophone, enregistre sa voix en surimpression d'une chanson de Paul Anka. Puis fait la tournée des maisons de disques pour s'enquérir d'un contrat. Le succès n'est pas immédiat, mais à partir de Nouvelle Vague , son nom s'impose définitivement dans le monde du rock.

On lui déconseille d'enregistrer un slow

Un truc aussi lent que J'entends siffler le train ne correspond pas à un rocker... "Richard, tu vas casser ton image", lui répète-t-on.

Il faut rappeler qu'au moment où Richard Anthony enregistre ce qui restera à jamais comme son plus gros succès et, peut-être, le meilleur titre qu'il ait jamais enregistré, il est l'inévitable et perpétuel "challenger" de Johnny Hallyday.

Chacun, désormais, aura son propre répertoire

En un temps record, le temps d'enregistrer trois ou quatre super 45 tours vinyl, chacun est devenu une énorme vedette. Ce qui n'est pas le cas d'Hugues Aufray qui, pour le moment, ronge son frein: il a sorti, en même temps que Richard, c'est-à-dire en juin 1962, sa propre version de J'entends siffler le train ... mais la sienne est passée à la trappe; il lui faudra attendre encore deux bonnes années pour véritablement conquérir ses galons de vedette. Hugues Aufray conservera toujours un soupçon d'amertume envers Richard Anthony, car c'est lui aussi qui enregistra, et obtint le succès, en adaptant, sous le titre Ecoute dans le vent , le célèbre Blowin' In The Wind de Bob Dylan. Hugues, moins connu, n'avait pu obtenir, à ce moment-là, le privilège d'enregistrer la chanson de son ami américain.

L'autre raison...

L'autre raison pour laquelle on déconseillait à Richard de ne pas enregistrer J'entends siffler le train , c'est qu'à l'époque, en 1962, la notion de "slow de l'été" n'est pas encore rentrée dans les moeurs. Le "Tino Rossi du rock" (c'est ainsi qu'il était couramment surnommé) eut raison de n'écouter que ses propres convictions.

Curieusement, la même mésaventure se reproduira cinq ans plus tard: il y avait bien longtemps que Richard souhaitait adapter à sa propre manière le Concerto d'Aranjuez dont il était tombé amoureux (pour en savoir plus, cliquer ici).

Il n'existe pas de règle infaillible en matière de tube!

J'entends siffler le train resta surtout dans la mémoire d’une génération de conscrits et de leur famille, pour qui le train symbolisait le départ vers une guerre sans nom, la séparation, la peur, la destination inconnue, la mort peut-être. Les trains partaient des grands villes pour rallier Marseille, avant le bateau vers l’Algérie. Aujourd’hui encore, des anciens “appelés” d’Algérie -comme on disait- ressentent un pincement au coeur en écoutant la chanson...

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