Il y a 50 ans Tintin inaugurait Tintinville dans les Alpes

Le projet était innovant et ambitieux : créer un village de vacances pour les jeunes de 7 à 77 ans. Hélas, l'idée ne fit pas long feu...

Il y a 50 ans, très exactement au cours de l'été 1961, Tintin rêvait d'un parc à thème et entreprit de le construire sur les hauteurs du pays vençois, à 1000 mètres d’altitude, face au charmant village provençal de Coursegoules. C'était longtemps avant le parc Astérix. Avec ses indiens et son cow boy ligoté au poteau de torture, on croit voir la couverture de l'album "Tintin en Amérique". Et pourtant, c'est, ou tout du moins, c'était la réalité il y a tout juste un demi-siècle.

Tintin sur la Côte d’Azur

« Tintinville » connut une très courte existence : comme les cigales, "Tintinville" ne chanta que quelques étés, au tout début des années 60. Le quotidien régional Nice-Matin est revenu sur cette histoire anecdotique. Était-il trop en avance sur son temps ou la gestion s’est-elle montrée défaillante? Toujours est-il que tout le monde, à l’exception des Coursegoulois, a oublié cet épisode insolite de l’histoire du tourisme azuréen.

43 hectares rachetés par la commune

Le projet ne manquait pourtant pas d’ambition. Le pape de la BD européenne et quelques complices locaux et parisiens avaient vu grand. Sur quelque 53 hectares acquis à l’époque pour une bouchée de pain, les promoteurs de l’opération avaient imaginé de créer un véritable village de loisirs au pied de Coursegoules, avec ranch, saloon, maison du shérif, auberge au nom de « Cheval Pie », piscine, tennis, piste de karting, etc. Un fort et une piste héliport avaient même un temps été prévus. « Des moniteurs se chargeront de vous transformer en cow-boys ou en héros des aventures de Tintin », pouvaient lire les jeunes lecteurs de Tintin dans le numéro 662 de juin 1961.

Pour héberger les vacanciers, outre l’hôtellerie du « Cheval Pie », une vingtaine de bungalows jumelés avaient été édifiés, dont un plus grand que les autres et pompeusement baptisé « Moulinsart ».

« Le projet initial prévoyait la construction et la vente aux particuliers de quelque 200 pavillons, vous imaginez ! », se souvient l’actuel maire de Coursegoules, Alain Arziari.

Finalement, une trentaine de ces maisons ont vu le jour, toujours là aujourd’hui, dans le quartier du parc du Cheiron, à l’ouest de la commune.

Au total, une dizaine d’hectares ont été exploités

Certains équipements sont restés ouverts au public jusqu’à la fin des années 60, notamment la piscine. La plupart des quinquagénaires des environs y ont appris à nager.

Définitivement démantelé au début des années 70, le centre coursegoulois n’est plus qu’un vague souvenir. Reste des bungalows et des maisonnettes occupées, une auberge avec piscine et tennis, le tout racheté par un particulier. Et quelque 43 hectares de restanques vierges de constructions nouvelles. Ils ont été rachetés au printemps dernier par la commune à la SCI Parc du Cheiron, pour 500 000 euros.

L'ex-Tintinville a-t-il un avenir ?

Toujours selon Nice-Matin, la municipalité aimerait, avec l’aide d’autres collectivités, valoriser ce patrimoine naturel chargé d’histoire. C’est là qu’autrefois les cultures tournées au sud fournissaient à manger aux populations. Coursegoules était, notamment, le grenier à grain du pays vençois. Autrefois, le surnom des Coursegoulois était « Estripa-pan ».

Et si, après l’ère des loisirs, la terre retrouvait sa première vocation, celle de nourrir les hommes?

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