Jeudi soir sur Arte : "Voyage au coeur du LSD"

Ouvrir grandes les portes de la perception: il ne s'agit pas de l'Hôtel des impôts dont il faut élargir l'entrée, mais d'une référence à une drogue, le LSD
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LSD... Trois lettres magiques pour certains, terribles pour d'autres... En 1967, l’acide avait quitté les laboratoires pour entamer sa conquête du vaste monde.Le Beatle Paul McCartney déclarait que « si les politiciens prenaient du LSD, alors il n’y aurait plus ni guerre, ni pauvreté, ni famine ». Quarante-cinq ans plus tard, il y a toujours guerre, pauvreté et famine. Que consomment donc les politiciens ? Le saurons-nous grâce à l'émission d'Arte, "Voyage au coeur du LSD" ?

En 1967, les Rolling Stones, les Beatles et de nombreux artistes (pas forcément musiciens, mais également peintres, architectes, écrivains, stylistes, etc.) avaient constaté, ou cru constater, que leur créativité était encouragée par la prise de LSD et de diverses autres drogues réputées pour « ouvrir l’esprit ».

"Ouvrir grandes les portes de la perception"

Il s'agit d’une référence à l’ouvrage d'Aldous Huxley, paru en 1954, titre lui-même tiré d’une citation de William Blake : « Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l'homme telle qu'elle est, infinie ». « The Doors of Perception » est constitué d’une vingtaine d'essais de philosophie spirituelle. L'un d'eux, le plus connu et qui a donné le titre au recueil, relate la première expérience de la mescaline faite par l'auteur. Le titre « The Doors of Perception » a inspiré Jim Morrison dans le choix du nom de son groupe, the Doors.

Il y eut un avant et après acide

Le téléphone arabe fonctionna à merveille à partir du moment où les premiers qui avaient testé cette drogue révolutionnaire en avaient fait les éloges.

La pénétration de l‘acide dans la société n’allait plus connaître de limite

A la fin de l’année 1967, le LSD, qui avait acquis la réputation d’être la drogue idéale pour les créatifs, avait remplacé la marijuana. A la tête de cette croisade, Brian Jones, fondateur des Rolling Stones ( cliquer ICI ), qui, par exemple, le fit découvrir à Hilton Valentine, le guitariste des Animals, qui tournaient aux States en même temps que les Stones. Ca se passait à New York :

- Les Stones se pointèrent à notre hôtel au moment où nous apprêtions à sortir en boîte de nuit. Brian m’a dit « Hey, tu devrais essayer cela ». Je lui ai dit « Qu’est-ce que c’est ? » ; Il m’a répondu « du LSD ». Il m’a montré un morceau de sucre. Je lui ai demandé « Et qu’est-ce que ça fait ? ». Il m’a dit « C’est comme fumer de la marie-jeanne, mais en plus fort ». Alors j’ai pensé que ça méritait que j’y goûte. Ensuite on est sortis dans New York en trip.

Le LSD permettait à ses utilisateurs de revisiter leur conscience

John Steel, lui aussi du groupe Animals –le batteur- s’en souvient encore :

- L’acide a provoqué une rupture. Avant, dans la première moitié des années soixante, tous les gars cherchaient juste à prendre leur pied et à s’amuser : ils s’imbibaient d’alcool, fumaient un joint. Après, ce fut complètement différent. Le LSD imposa une division entre ceux qui en prenaient et ceux qui n’en prenaient pas. Cela constitua des groupes.

Aux yeux de la loi, le LSD était encore légal et autorisé, mais il restait confiné aux laboratoires

Il fallut que des gars l’en sortent pour qu’il se propage à l’homme de la rue. Dès que l’on sut que cette substance chimique pouvait être utilisée comme drogue récréative, elle se raréfia : les entreprises pharmaceutiques commencèrent à paniquer (le LSD est synthétisé à partir d'acide lysergique activé et de diéthylamine. En 1963, Sandoz perd les derniers brevets du LSD. Les années 1964 à 1966 voient une multiplication d'articles de presse sur le produit, certains alarmants, d'autres laudateurs. Sandoz décide d'en arrêter la distribution en avril 1966).

Qu’à cela ne tienne, à leur place des personnages moins respectables allaient prendre en main le marché.

Un chimiste véreux de San Francisco aurait, dit-on, produit 300 000 doses rien que pour l’année 1965.

La popularité croissante du LSD aux Etats-Unis fut alimentée par des célébrités

Citons notamment l’auteur Ken Kesey, suivi dans sa démarche par le groupe des Merry Pranksters. A la suite du succès de son livre « Vol au-dessus d’un nid de coucous » qui lui avait valu des critiques dithyrambiques, Kesey rassembla, dans un bus, sa bande d’allumés à l’acide et sillonna les Etats-Unis en chantant les louanges du LSD. Et bien sûr l’offrit à goûter à ceux qui avaient envie de tester l’expérience, auréolée de sa caution artistique. Ces cérémonies initiatiques, dont le but était d’ouvrir l’esprit des fidèles, s’accompagnaient de concerts de musique bruyante et de ridicules représentations théâtrales. Malgré les risques encourus, la curiosité était la plus forte et nombreux étaient ceux qui osaient participer à ce que l’on appela les Acid Tests.

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