Johnny Hallyday: origine du plus célèbre pseudonyme du 20e siècle

Comment, en changeant de patronyme, Jean-Philippe Smet devint-il l'Idole des jeunes francophones ?
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Jean-Philippe Smet, né à Paris en 1943, fit croire à ses débuts qu’il était américain. D’où lui vint cette idée saugrenue puisque, de son propre aveu, son accent anglais était déplorable ? Et surtout, d’où vient ce sobriquet, «Hallyday»?

Origine du nom Smet

C’est celui de son père, Léon Smet (1908 - 1989). Léon reconnaît Jean-Philippe, mais cette reconnaissance est jugée non valable, car Léon est toujours marié à une autre femme (il divorcera beaucoup plus tard). Léon Smet est comédien ; on peut le voir, notamment, dans un Fantômas de 1937 (une photo, extraite du film et le représentant, orne la pochette de “Trouble-fête”, CD de Arthur H. de 1996).

Origine du prénom Johnny

C’est à l’ Astor , une boîte du boulevard Montmartre, que tout s’est joué. La musique anglo-saxonne, dans les années 50, commence à marquer des points; à l’ Astor se produisent deux vedettes du moment, François Deguelt et Jean Philippe, un type qui va sortir douze super 45 tours de 1958 à 1962 avant de disparaître sans être parvenu à véritablement percer. C’est un autre Jean-Philippe qui tirera son épingle du jeu, avec un style musical bien éloigné de celui de ses aînés !

Jean-Philippe Smet interprète « Let’s Have A Party » , un tube pour Elvis Presley et pour Wanda Jackson. Son véritable prénom ne lui convient pas car on risque de le confondre avec ce “Jean Philippe”, sans trait d’union, lui, qui est (en apparence) la star montante. Avec son ami Elvis, alias Christian Blondieau (futur Long Chris), Jean-Philippe se met à cogiter. Dans “Jean-Philippe”, il y a “Jean”, qui, traduit en anglais, devient “John”. En souvenir du film Johnny guitare , il songe alors à Johnny. Va pour Johnny ! Et comme il chante du rock, Christian suggère “Johnny Rock”... ce qui n’emballe guère Jean-Philippe.

Origine du nom Halliday… avec un i au milieu

Etant depuis belle lurette chapeauté par son cousin Lee Halliday (un pseudonyme choisi en hommage à John Halladay, le médecin qui l’a mis au monde), Jean-Philippe Smet devient un soir des années 50 Johnny Halliday. Avec un seul “y” ! (en fouillant dans des vieilles revues de cinéma, on trouve aussi la trace d’un acteur des années 30 nommé John Halliday).

Origine du nom Hallyday… avec un y au milieu

Il s’agit tout simplement d’une erreur de l’imprimeur en charge de la pochette de son premier disque 45 tours. Etant donné qu’il s’agissait d’un inconnu, il ne fut pas jugé nécessaire de détruire les premières pochettes pour les réimprimer avec un «i» au milieu au lieu du «y» erroné. On en a la certitude lorsque, par miracle, on possède une affiche d’époque (voir document).

Johnny aurait-il pu s’imposer à l’échelon international, et notamment dans les pays anglo-saxons ?

Johnny aurait dû devenir le chanteur n°1 du rock mondial. Cette affirmation repose sur un état des lieux du rock’n’roll en 1960 très exactement...

Au moment où survient Johnny, il y a véritablement une place à prendre sur la scène internationale : Elvis, parti à l’armée en 1958, a, pour beaucoup de ses fans, trahi le rock’n’roll, en enregistrant «It’s Now Or Never» adaptation d’un thème de 1900, O Sole Mio , commercialisé par Caruso en 1916... Buddy Holly et Eddie Cochran sont morts... Gene Vincent, qui était dans le même taxi qu’Eddie Cochran, ne se remettra jamais du décès de son ami... Little Richard, pour sa part, vient de découvrir Dieu, et renonce aux démons du rock’n’roll... Chuck Berry est en instance de prison, pour problèmes de moeurs... et Jerry Lee Lewis a eu sa carrière brisée : il est marié à une gamine de quatorze ans (ce qui est pourtant tout à fait légal dans l’Etat américain où il réside). Avec l’incroyable essor des médias visuels, on sait d’ores et déjà que les futures idoles seront, à majorité, physiquement beaux (ce qui exclut Bill Haley), et de race blanche (certains Etats américains, en effet, refusent les disques de rock et de blues interprétés par des artistes noirs). Ils devront s’exprimer en anglais (ce qui, cette fois, exclut le rocker italien Adriano Celentano).

Le nom qui vient immédiatement à l’esprit est celui de Cliff Richard, puisque, pour le moment, le public n’a pas encore pris connaissance de l’existence des Beatles. Or Cliff, méga-vedette en son pays, l’Angleterre, n’a pas beaucoup de succès en dehors de l’île!

Johnny, chantant en anglais, faisait un prétendant tout à fait possible...

L’idole le conteste, au micro d’Antoine de Caunes :

“Crois-tu que (...) tes enregistrements en anglais auraient pu être l’amorce d’une carrière américaine ?

Non... Très honnêtement, je ne le pense pas, pour la bonne raison qu’à l’époque je ne parlais pas assez bien l’anglais ; j’avais énormément l’accent français, donc, à mon avis, ça n’aurait pas pu marcher...” ( à suivre )

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