Johnny Hallyday va-t-il enfin conquérir l'Amérique?

Le New York Times vient d'ouvrir ses colonnes à l'Idole des jeunes francophones inconnue aux Etats-Unis. Pourquoi n'a-t-il jamais conquis les Anglo-Saxons ?

Vénéré du Japon à l'Amérique du sud, Johnny n'est jamais parvenu à s'imposer dans les pays de langue anglaise. La faute à son accent... C'est en tout cas ce qu'il pense. Deux pages en anglais à lire sur le site du New York Times : http://www.nytimes.com/2011/07/16/world/europe/16hallyday.html?_r=1&scp=1&sq=hallyday&st=cse

Dommage, car il y avait une place à prendre

Au moment où survient Johnny, très exactement au printemps 1960, il y a indiscutablement une place à prendre sur la scène internationale : Elvis Presley, parti à l’armée en 1958, a, pour beaucoup de ses admirateurs, trahi le rock’n’roll, en enregistrant « It’s Now Or Never », adaptation d’un thème de 1900 «O sole mio», commercialisé par Caruso en 1916... Buddy Holly et Eddie Cochran sont morts... Gene Vincent, qui était dans le même taxi qu’Eddie Cochran, ne se remettra jamais du décès de son ami... Little Richard, pour sa part, vient de découvrir Dieu, et renonce aux démons du rock’n’roll... Chuck Berry est en instance de prison, pour problèmes de moeurs... Et Jerry Lee Lewis a eu sa carrière brisée : il est marié à une gamine de quatorze ans (ce qui est pourtant tout à fait légal dans l’Etat américain où il réside).

Aurait-il pu s’imposer à l’échelon international, et notamment dans les pays anglo-saxons ?

Il faut en effet, aujourd’hui, pousser un peu plus loin les raisonnements par trop simplistes, qui venaient à l’esprit, “à chaud”, dans le vif du sujet, il y a vingt, trente ou quarante ans. Il est certain qu’en 1961 / 1962, le fait de vouloir enregistrer aux Etats-Unis ou en Angleterre, avec les meilleurs musiciens du crû, triés sur le volet par Johnny lui-même, pouvait apparaître comme un caprice de star naissante ... star sur l’avenir de laquelle on n’avait pas la moindre certitude.

Combien de mois lui accordait-on au sommet des hit-parades ?

Il était, certes, légitime de constater que ses disques publiés ou distribués outre-Manche et outre-Atlantique se vendaient fort peu, mais ce constat n’était guère significatif, car il fallait tenir compte du caractère très protectionniste des Américains et surtout des Anglais. Aujourd’hui, avec le recul, les premiers mois de la carrière de Johnny ne représentent qu’une infime portion sur l’échelle du rock. Dès lors, graphique sous les yeux, il s’impose une réalité : Johnny aurait dû devenir le chanteur n°1 du rock mondial. Cette affirmation repose sur un état des lieux du rock’n’roll.

En 1960 très exactement...

Avec l’incroyable essor des médias visuels, on sait d’ores et déjà que les futures idoles seront, à majorité, physiquement beaux (ce qui exclut Bill Haley), et de race blanche (certains Etats américains, en effet, refusent les disques de rock et de blues interprétés par des artistes noirs). Ils devront s’exprimer en anglais (ce qui, cette fois, exclut le roi du rock italien Adriano Celentano). Le nom qui vient immédiatement à l’esprit est celui de l’Anglais Cliff Richard, puisque, à l’époque, le public n’a pas encore pris connaissance de l’existence des Beatles qui ne perceront qu’en 1963 en Grande-Bretagne, 1964 aux Etats-Unis. Or Cliff Richard avec ou sans son groupe les Shadows, méga-vedette en son pays n’a pas fait beaucoup de remous en dehors de l’île !

Johnny, chantant en anglais, faisait un prétendant tout à fait possible... et crédible.

Ses disques en anglais

En 1962 il enregistre 32 chansons dans la langue d’Elvis, sort le 45 tours « Johnny à New York », disque enregistré en fait à Nashville, et l’album « Johnny Hallyday sings America’s rocking hits » qui ne séduit pas les autochtones. L’expérience à Nashville sera renouvelée en 1984 pour une quinzaine de chansons qui, à nouveau, ne toucheront, ni les Américains, ni les Anglais. Il persiste et signe l’album « Rough town » en 1994 avec encore une quinzaine de chansons... Mais rien n’y fait.

Conclusion du premier concerné au micro d’Antoine de Caunes :

“Crois-tu que tes enregistrements en anglais auraient pu être l’amorce d’une carrière américaine ?

Non... Très honnêtement, je ne le pense pas, pour la bonne raison qu’à l’époque je ne parlais pas assez bien l’anglais ; j’avais énormément l’accent français , donc, à mon avis, ça n’aurait pas pu marcher...”

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