La tranche des pièces de monnaie : utilité ou futilité?

Pourquoi la pièce de vingt centimes n'est-elle pas uniformément ronde, comme celles de dix et de cinquante centimes? Une erreur? Une distraction?
519

Au toucher aussi bien qu'au premier coup d'oeil, on réalise que la tranche d'une pièce de monnaie est autant ouvragée que ses côtés pile et face. En un mot comme en cent, la tranche est bien la "troisième face" d'une pièce. Mais pourquoi ? La première explication qui vient à l'esprit est-elle la bonne?

Dérouter les faussaires

Plus la pièce sera ouvragée, plus elle sera difficile à imiter. C'est logique. Mais viendrait-il à l'idée d'une faussaire de fabriquer des fausses pièces de vingt centimes, dans une période, une époque où les métaux sont coûteux et où un scanner et un logiciel permettent d'imprimer, tel un jeu d'enfant, des billets de 500 euros (presque) ressemblants ? Cette explication ne s'avérant guère satisfaisante, remontons le temps pour retrouver l'origine de la tranche ouvragée.

Naissance de la tranche ouvragée

A l'origine, les pièces, souvent constituées de métaux rares, ne disposaient pas d'une tranche ouvragée. Dès lors, les petits malins limaient leurs bords afin de récupérer de la limaille de métal précieux. Et les pièces passant de main d'escroc en main d'escroc, leur taille ne cessait de diminuer . Il vint alors à l'idée d'imprimer des marques, visibles et sensibles au toucher, sur la tranche. Dès lors, une pièce au bord LISSE pourrait très bien être refusée sans qu'il soit même besoin de la peser pour vérifier qu'elle avait perdu une partie de son poids. Cannelée ou inscrite, la tranche représentait une forme d'inviolabilité de la pièce. C'est donc initialement pour lutter contre le “rognage” que l'on a cherché à marquer la tranche. "Monnaie Magazine" a publié un passionnant article sur le sujet :

- Jusqu'à la fin du XVIIe siècle en France, la tranche des pièces n'a, généralement, pas de forme précise. Tout d'abord la fabrication des flans était complètement manuelle. Ils étaient découpés à la cisaille dans des plaques de métal amincies par un martelage à la main. On obtenait alors des flans irréguliers tant en surface que sur la tranche. Et la frappe, manuelle, n'améliorait pas le résultat. En aplatissant un peu plus le flan, elle ne contribuait qu'à le déformer davantage, voire même à le faire éclater par endroit. Les monnaies ainsi obtenues n'étaient donc presque jamais rondes. De plus, elles étaient très peu épaisses et il était donc impossible d'apposer une marque sur la tranche.

Mais aujourd'hui ?

Si la misère ambiante pousse les délinquants à voler des métaux sur les chantiers ou sur les voies de chemin de fer, nul n'aurait l'idée de limer le bord de nos pièces de monnaie. Alors, pourquoi continuer à les marquer ainsi? La réponse est à nouveau fournie par l'excellent article de "Monnaie Magazine" :

- C'est un élément important pour permettre aux mal-voyants de reconnaître les monnaies au toucher. Une étude très sérieuse a été menée à la demande de la Commission Européenne à ce sujet au moment de la conception des pièces en Euro. C'est pourquoi les tranches des Euros offrent aujourd'hui les formes suivantes :

> 1 et 5 centimes : lisse.

> 2 centimes : lisse avec un sillon central.

> 10 et 50 centimes : cannelures épaisses.

> 20 centimes : 7 cannelures profondes.

> 1 Euro : alternance de 3 parties lisses et de 3 parties finement cannelées.

Cas particulier : la pièce de deux euros

> 2 Euros : gravure en creux sur cannelures uniformes fines (au choix du pays émetteur). Pour ces pièces de 2 euros, les pays émetteurs ont introduit un peu de diversité dans cette monnaie dite “unique”, et chaque contrée peut utiliser la tranche de cette monnaie pour y introduire une représentation nationale de son choix.

Sur le même sujet