Le riz, nourriture de base et arme économique

Imposer la culture du riz à des populations qui travaillent un sol qui ne s'y prête pas a été une manœuvre commerciale criminelle
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A l’heure actuelle, le riz, seule céréale qui survive aux inondations, est l’aliment de base de plus de trois milliards d’individus. Mais, en quelques années seulement, trouver du riz est devenu un véritable cauchemar pour une partie d’entre eux.

2004, "Année du riz"… 2008, émeutes de la faim

La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) avait décrété 2004 "Année internationale du riz", sur le thème claironné "Le riz, c’est la vie". Quatre ans plus tard (et encore aujourd’hui),"le riz, c’est l’enfer"!

Certes les recherches sur cette céréale ont fait d’immenses progrès depuis les années 70, mais le quotidien Le Monde rapportait dès juillet 2004 qu’il faudrait augmenter sa productivité d’au moins 1% chaque année pour faire face aux besoins futurs de l’humanité. Dans une certaine mesure, Le Monde était bien au-dessous de la réalité . Pour preuve, les émeutes de la faim de début 2008. Le nœud du problème n’était pas l’absence de stock de riz (pénurie), mais son prix.

Des prévisions beaucoup trop optimistes

Le PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), dans un rapport rendu le 28 juin 2004, insistait sur l’effet dévastateur du réchauffement climatique sur le rendement des céréales. Mais le PNAS avait négligé un autre aspect du problème : ses travaux avaient porté sur l’IR 72, une variété particulière à haut rendement, et n’étaient pas suffisamment étalés dans le temps.

Michael Dingkhuhn, écophysiologiste du riz au Cirad (Centre de coopération Internationale en recherche agronomique pour le développement), déclarait : "Il est fréquent d’observer au début de bons rendements sur une nouvelle variété, puis de constater ensuite une tendance à la baisse". Et Le Monded’expliquer qu’une plante possède au départ toutes les résistances pour lutter contre les agressions auxquelles elle est confrontée mais, par la suite, une co-évolution se met en place entre elle et l’environnement. Elle perd alors progressivement une partie de ses résistances.

Du riz sans rizières

L’agroécologie, dite "révolution doublement verte", mise sur un mélange entre savoir-faire traditionnel et recherches des plus pointues. Le Nerica (New Rice for Africa) met l’accent sur une nouvelle variété de riz pluvial qui se passe de rizières. Des solutions techniques semblent donc se dessiner pour faire face à la crise… mais elles vont à l’encontre des intérêts commerciaux. Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, explique que l’on «promeut le soutien à l’agriculture familiale tout en présentant le développement du commerce international comme remède à la crise, alors que les petits paysans qui ne peuvent s’insérer dans ce commerce en sont les premières victimes quand des produits importés les concurrencent sur leur propre marché"(Télérama n°3141 )

La crise de début 2008 ne fut pas suffisamment meurtrière !

Vingt milliards de dollars avaient, à la suite des émeutes de la faim , été promis lors du sommet de la FAO et ce devant plus de 50 chefs d’Etat. L’argent n’est jamais arrivé ! Dès lors, pourquoi se soucier des affamés, puisque leur lutte semble s’être éteinte ? Du coup, au dernier sommet de la FAO, en novembre 2009, seuls s’y rendirent le pape et… Silvio Berlusconi !

Chirac se lance dans la bataille des bons sentiments

Le 29 mars 2010, l'ancien président Jacques Chirac a lancé un appel à la mobilisation pour garantir la sécurité alimentaire et pour une nouvelle révolution verte, alors que s'ouvre à Montpellier la Conférence mondiale sur la recherche agricole. L'ancien chef d'État a rappelé que "le nombre d'êtres humains souffrant de famine dans le monde a dépassé le milliard en 2009 [...]. Garantir la sécurité alimentaire de la planète, c'est notre premier devoir [...]. L'enjeu, c'est de nourrir 70 millions d'habitants supplémentaires chaque année d'ici 2050". Rendez-vous est donc pris à cette date pour faire le bilan avec Jacques Chirac… aujourd’hui âgé de 80 ans.

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