Les derniers mois de la vie de John Lennon dimanche soir sur Arte

"Lennon, New York City, 1980"... Dans quelques semaines, quelques jours, un fou va anéantir un rêve fou : la reformation des Beatles devient impossible
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Les critiques d'art puis la moitié des médias à partir de 1970 se moquaient de lui… Les habitants de Liverpool le répudièrent lorsqu'il décida de s'installer à New York… La police le "coinçait" régulièrement pour détention de substances illicites… Les services d'immigration américains lui refusaient un visa et le ministère de la Justice demandait son expulsion… Elvis Presley manifesta contre sa demande d'obtenir la nationalité américaine… L'ensemble de l’administration Nixon voulait sa peau lorsqu'il décida d'entamer une vaste tournée des USA pour manifester contre la guerre du Vietnam. Bref, une bonne partie de la planète semblait en vouloir à l’ex-Beatle. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que John Lennon soit serein ?

Et pourtant, il y parvint

C'était à New York, juste à la fin : « La vie commence à quarante ans » claironnait-il le jour de son 40ème anniversaire, quelques mois avant que Mark Chapman l’abatte. En pensant à son deuxième fils, alors âgé de près de 5 ans, il composera « Beautiful Boy (Darling Boy) »... son second fils, Sean Taro Lennon, que Yoko avait soigneusement prévu de faire venir au monde le même jour que son père, un 9 octobre.

Beau cadeau pour son 35e anniversaire

Pour John, Yoko était l'épouse et la sœur, la maîtresse et la mère, la "mère supérieure" de « Happiness Is A Warm Gun » . En gros, tout ce que fut ou, au contraire, ce que ne fut pas sa mère Julia. Et durant les séances d'enregistrement du disque et du film « Imagine » , on voit Lennon déclarer : She's a lovely mother to me, a lovely mother.

Jonathan Cott, qui eut le privilège d'interviewer l'artiste plusieurs fois pour ce même magazine, enfonce le clou :

— Yoko était devenue son professeur, son gourou, son maître spirituel, et, comme il nous l'a dit dans « One Day (At A Time) », " il était la porte et elle était la clé ".

Yoko, tout simplement, permit à John de devenir ce qu'il était

Lennon n'accepte pas que Yoko soit considérée comme lui étant inférieure, et tombe facilement dans l'excès inverse. Le journaliste Robert Christgau suggère cependant le contraire, s'appuyant sur une interview parue dans Playboy , interview dans laquelle John ne laisse pas placer un mot à sa moitié. La célèbre photo d'Anne Leibovitz prise quelques heures avant la mort de l'artiste où on le voit, nu et en position fœtale, auprès d'une Yoko impassible en jeans et col roulé, indique indiscutablement que cette dernière encourage la dépendance infantile de son mari, ce qui justifie en partie la haine que lui portent les fans de John, qui jurent leurs grands dieux qu'elle l'a envoûté.

Coup de théâtre : on retrouva un journal posthume !

- Au Dakota Building, plus rien n’allait entre John et Yoko. La situation était telle que les domestiques spéculaient sur l’éventualité d’un double suicide. Mais John n’aurait pas voulu que son fils Sean grandisse orphelin (…) Depuis qu’il s’était retiré de la musique, en 1975, il mettait toute sa créativité dans son journal intime ( Nowhere Man , Robert Rosen).

Immédiatement après le meurtre de l’ex-Beatles, le jeune Frederick Seaman, assistant et homme de main de la star, s’empara des journaux intimes du défunt.

Pour Yoko, qui porta plainte, cela s’apparentait à un vol

Pour Seaman –était-il de bonne foi ?- il ne faisait qu’appliquer la consigne : John l’avait chargé d’utiliser les cahiers, après sa mort, pour écrire sa biographie puis ensuite de remettre les dits cahiers à son fils aîné Julian. Les notes, au départ, étaient inexploitables tant la pensée de Lennon était… éparpillée, pour ne pas dire confuse. Du coup, le premier livre qui en jaillit, « John Lennon : les derniers jours », est davantage un recueil de souvenirs de Seaman relatifs aux années qu’il avait passées près de Lennon, qu’à vrai dire les réflexions de l’artiste. Il en ressort surtout que l’employé du couple Lennon-Ono admirait son maître et vouait une haine sans nom à sa maîtresse… qui le lui rendit bien en l’assignant en justice !

Vulnérable, sensible, peu sûr de lui... N'est-ce pas là, finalement, la véritable personnalité de John ? Nous en saurons un peu plus dimanche soir grâce à Arte et en lisant le livre " Rock déglingue ".

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