Les disques pirates dans les années 70 : le pour et le contre

Les maisons de disques les combattaient farouchement ; les collectionneurs et même certains artistes les recherchaient avidement
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Même si le phénomène du disque pirate est aussi ancien que le disque lui-même (1877), on ne commença à s'en émouvoir qu'à partir de 1970, avec la parution des premiers disques pirates de pop music : Bob Dylan, les Beatles et les Rolling Stones.

Maisons de disques contre collectionneurs : match nul

Certaines compagnies discographiques américaines crurent résoudre le problème en menaçant les magasins détenteurs de pirates de ne plus leur livrer les publications de leur firme. Mais elles enfreignent alors une loi fédérale anti-trust ! Et l’idée elle-même était à haut risque, puisqu’elle pouvait conduire à l’ouverture de boutiques uniquement alimentées en pirates dont le profit, à la vente au détail, est d’environ 50%, contre 25 ou 30% maximum pour un disque officiel.

Une loi véritablement obsolète face à une situation nouvelle

C’est aussi le cas en Angletere où Jeffrey Collins fait la une d’un hebdomadaire musical en déclarant : “ Pourquoi cesserais-je de fabriquer et de distribuer des disques pirates ? Je risque une amende de 50 £... et je gagne mille fois plus !

Au début des années 70, une solution alternative et expéditive est momentanément et sporadiquement adoptée.. constituant à envoyer des costauds saccager les magasins et les stocks des vendeurs rebelles !

Une anecdote

Jerry Lee Lewis, qui mérite bien son surnom de Killer , ayant remarqué un camion en train de livrer des disques et cassettes pirates à une station-service sur une autoroute américaine, y mit purement et simplement le feu !

Néanmoins, mieux vaut faire appel aux autorités

Aux Etats-Unis, le FBI effectue régulièrement des descentes chez les disquaires ou dans les conventions. Afin d’endiguer le flot de bootlegs enregistrés lors de concerts, les labels prient les organisateurs de filtrer les entrées pour confisquer les magnétophones (précaution rendue rapidement inutile en raison de la miniaturisation du matériel), voire même de disposer des détecteurs de métaux, comme dans les aéroports, susceptibles d’effacer toute bande enregistrée.

La haine des maisons de disques envers les pirates est légitime

Mais... vouloir écouter des documents inédits est bien dans la nature du fan, et il n’y a rien de malsain dans cette démarche : c’est une soif de recherche motivée par l’amour.

En règle générale, durant les premières années du règne du bootleg, les artistes concernés sont plutôt bienveillants à son égard. On rapporte que le groupe Little Feat a remixé les bandes de leurs deux premiers disques pirates, afin que leurs fans soient satisfaits !

Bruce Springsteen, jusqu’à ce qu’il soit managé par John Landau, déclare que les bootlegs sont réalisés par des fans à l’intention d’autres fans.

Il y avait à Los Angeles une boutique réputée pour ses disques pirates

Non seulement elle ne se cachait pas le moins du monde, mais se permettait d’offrir gratuitement ses derniers arrivages au rock-stars de passage en ville !

De nombreux artistes (et parmi eux Bruce Springsteen et Lenny Kaye, guitariste de Patti Smith) s’accordent à penser que le pirate est une forme d’hommage, de reconnaissance d’un fait établi : un jeune artiste se sent véritablement devenu une vedette le jour où il est piraté !

L’avis des chanteurs diffère parfois de celui de leur firme discographique

Le Grateful Dead incitait ses fans à enregistrer leurs concerts. Les Rolling Stones collectionnent, ou au moins recherchent avidement, leurs propres pirates... tandis que John Lennon, c’est reconnu, distribuait des bandes inédites des Beatles en échange de disques pirates qui manquent à sa collection ! Paul McCartney commence sa chanson “Hi Hi Hi” par la phrase suivante : “ Je t’ai rencontré à la station de bus, tu avais un bootleg sous le bras ”. En un mot comme en cent, si le pirate hérisse le poil des labels, il enchante les fans, les artistes (au moins au début des années 70), les animateurs de radio et les journalistes musicaux.

Pourquoi tant de bienveillance à l’égard d’un produit illicite ?

Les bootlegs ont bonne presse, dans la mesure où la majorité des pirates sont avant tout des fans dont l’ambition est de faire partager leur bonheur et leur privilège d’écouter des enregistrements rares. Pour les journalistes, les pirates sont un témoignage complémentaire leur permettant d’aller plus en profondeur dans leurs articles et dans leurs livres (à suivre en cliquant ici ).

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