Les premiers pas d'Edith Piaf dans le monde du spectacle

Après avoir chanté dans la rue, Edith, en 1935, est engagée au "Gerny's". Mais la bonne affaire va tourner au drame...
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Après avoir chanté dans la rue, Edith est engagée en 1933 au «Juan-les-Pins» puis en 1935 au "Gerny's". Son acension aurait pu être foudroyante. Au lieu de ça, elle se retrouvera en garde à vue, première suspecte dans ce qu'on appela "l'affaire Leplée".

- « J’ai goualé au Tourbillon , à l’ As de cœur , à La Java au Petit Jardin , à l’ Ange Rouge (…) puis, au hasard, avec Momone, on est tombées sur la grosse Lulu qui tenait une boîte à Montmartre. Quelle vache ! Une gouine. (…) Y avait que les putes aux fiers nichons qui faisaient de l’argent. Mais nous, maigrichonnes et crasseuses… (Auguste le Breton, La Môme Piaf , Hachette, 1980).

Des pseudonymes comme s'il en pleuvait

Encore inconnue, la chanteuse n'hésite pas à s'affubler des pseudonymes les plus variés. Certains tombent sous le coup du bon sens : "Miss Edith" ou "Tania" (à cette époque, Damia domine le marché du disque) ; en revanche, où a-t-elle bien pu dénicher "Huguette Hélia" et "Denise Jay" ? A moins qu'elle n'ait eu besoin de se faire oublier, de changer d'air, de prendre la tangente : à l'époque, en effet, elle fréquente plus ou moins assidûment la faune qui hante les bars louches de Pigalle ; elle peut fort bien être victime du racket . Ses mauvaises fréquentations lui seront d'ailleurs reprochées et jetteront un doute sur sa personnalité lorsqu’éclatera "l'affaire Leplée".

Premiers pas dans le monde du spectacle

- « Un jour, au coin de la rue Troyon et de l’avenue Mac-Mahon, je chantais Comme un moineau . J’avais déjà 17 piges. Un monsieur très élégant, presque trop, le cheveu argenté, m’a écoutée. Puis il a déclaré « Si vous voulez chanter chez moi, j’ai un cabaret, le Gerny's . Je vous y attends demain soir »(Auguste le Breton, La Môme Piaf , Hachette, 1980).

Ca, c’est ce que raconte Edith, dont les souvenirs s’embrouillent, puisqu’elle n’a pas « déjà 17 piges » mais 20. Selon d'autres sources, elle fut découverte par Gilbert Haychecorne, fils de la chanteuse Germaine Gilbert. Celle-ci se produisant au Gerny's , c'est tout naturellement qu'elle la présenta au maître des lieux.

Qui était Leplée?

La guerre n'avait pas eu que de tragiques conséquences; Louis Leplée, artiste peu connu avant le conflit, avait été blessé et rapatrié à Paris. Il décide d'investir sa pension dans un premier cabaret… puis dans un second. Et le voici vingt ans plus tard (en 1935) à la direction d'une nouvelle boîte de nuit, le Gerny's , où le Tout-Paris classieux n'a cure de s'encanailler, de l'écrivain Joseph Kessel à l'aviateur Jean Mermoz, en passant par Maurice Chevalier qui, du coup, deviendra le premier admirateur célèbre d'Edith. Neveu du célèbre chanteur Polin, "Papa" Leplée, comme le surnomme Edith, va construire, ou tout au moins étoffer son modeste répertoire.

Leplée va suggérer ce pseudonyme de "môme Piaf"… Un pseudonyme pas si original qu'il y paraît puisqu'au même moment, à quelques rues de là, à l'Olympia pour être plus précis, triomphe la vedette du moment, "la Môme Moineau", en partance pour une tournée américaine. Il y a donc une place et un nom d’oiseau à prendre à Paris. La "première" aura lieu le 25 octobre 1935 ; le soir même, le pull-over noir d'Edith n'est pas achevé (il y manque une manche). Yvonne Vallée, compagne de Chevalier, prête son écharpe de soie noire à sa nouvelle amie afin qu'elle puisse dissimuler son bras nu aux yeux du public.

Le drame éclate

Edith continue à fréquenter tous les p'tits mac' et marlous de Pigalle. Malgré elle, elle ne peut se détacher totalement de ces mauvaises fréquentations, qui n'hésitent pas à délaisser la place Clichy et la place Blanche pour aller la retrouver en face du Gerny's , trop select pour que le portier les laisse entrer… ce qui, de fil en aiguille, en vient à créer un climat malsain. Louis Leplée, homosexuel notoire, sera parfois houspillé, voire malmené, par ces souteneurs qui auraient bien aimé avoir plus d'emprise sur la vedette montante, à l'ascension peut-être trop rapide. Dans la nuit du 5 au 6 avril 1936, Leplée est abattu, dans son cabaret, par quatre hommes armés. Immédiatement, la police fait la relation entre le crime crapuleux (une balle de revolver tirée dans l'œil) et les sales types que fréquente Edith. Cuisinée au poste durant une garde à vue de 48 heures, la môme est obligée de se mettre à table et de révéler des noms. L'affaire ne sera jamais élucidée, laissant planer un doute sur son implication ; tous ses anciens amis se détournent d'Edith. Sa carrière semble gravement compromise ( voir un extrait de son interrogatoire )

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