Les télés pirates des années 60 (TV-Caroline, TV Syd, Tower TV)

En Scandinavie et en Grande-Bretagne, plusieurs projets de télés pirates virent le jour entre 1965 et 1970

Malgré l'échec de TV Nordzee installé sur une île artificielle au large de la Hollande et prise d'assaut par les autorités néerlandaises en décembre 1964, d'autres projets continuèrent à voir le jour. Notamment en Scandinavie.

La Suède, fin 1965...

En décembre 1965, le gouvernement suédois était de plus en plus paniqué par la menace persistante d’un projet de télévision pirate à l’étude entre deux stations de radios pirates à fort succès, Radio Syd et Radio Nord, et d’une troisième station de radio pirate s’apprêtant à prendre la mer à bord de deux vaisseaux. Son nom, Radio Centre, était explicite (Radio Nord était à l’ancre au nord de la Suède ; Radio Syd, comme son nom l’indique, était au sud. Radio Centre se serait ancrée au centre de la Suède, face à Göteborg).

Première émission

Le 13 décembre 1965, effectivement, TV Syd diffuse ses premières images ; il est alors sérieusement envisagé que la chaîne propose douze heures d'émissions télévisées chaque jour. Tenace, l’ex-Reine de beauté scandinave était parvenue à poursuivre ses programmes jusqu’en 1966. Pourtant, le 18 janvier, sans dire adieu à ses auditeurs, Radio Syd, sans le savoir, émettait pour la dernière fois. Cette année-là, en effet, l’hiver fut si rigoureux en mer Baltique que Radio Syd fut contrainte au silence : les icebergs risquant de briser son navire à son point d’ancrage, il fut décidé de quitter la Baltique pour s’ancrer au large de la Hollande. La mer du Nord était, certes, nettement moins froide, mais, en revanche, fortement agitée. La propriétaire du bateau, madame Britt Wadner, ne pouvant utiliser son vaisseau, le fit finalement conduire au large de l’Angleterre et le loua quelques semaines à Radio Caroline alors en panne.

La loi se durcit

Durant ce même premier semestre 1966, la Suède renforça sa loi anti-pirate, au point qu’il ne sembla plus possible que Radio Syd puisse revenir à l’ancre au large de Malmo ; le navire, en conséquence, resta au large de l’Angleterre. Une dramatique tempête, en juillet, l’amena à dériver après avoir brisé sa chaîne d’ancre. Et comme il ne restait plus que quatre hommes à bord, le seul moyen fut de recourir aux services d’une compagnie de remorquage. Parvenu à quai, le navire fut immédiatement saisi par l'administration des Douanes, tandis que la société Gaselee and Son réclama son dû pour le sauvetage. Consciente de cette pénible situation, Britt Wadner envisagea de vendre son navire à diverses stations pirates britanniques… aucun projet n’aboutit.

En 1965, en Grande-Bretagne...

Un certain Reginald Calvert, qui faisait des bénéfices de 1 000% avec une radio pirate, envisagea d'acheter un bateau de la Marine royale pour y installer une station de télévision, mais le projet avorta. Fin 1965, Calvert décida d'acheter un sous-marin reposant sur la plate-forme continentale et depuis lequel il avait l'intention de lancer une télévision pirate. Le projet en resta là!

Simultanément, une équipe de techniciens britanniques passionnés de communication parvenait, avec de faibles moyens, à diffuser des images, localement, depuis le fort de Sunk Head. Cette grande première pour les îles britanniques n'a pas laissé grand souvenir dans la mémoire des Anglais, mais son histoire mérite d'être relatée…

Tower TV

A la tête du projet, Eric Sullivan, George Short et Peter Jeeves. L'équipe se consacre d'abord au projet de radio locale, Tower Radio. Le matériel parvient lentement au fort car, par gros temps, le site est difficilement accessible.

Les travaux préliminaires durèrent tout un semestre de 1965

Les quatre hommes à bord de cette île de béton que représente le fort de Sunk Head n'avaient pas prévu la gravité de leur situation. L'antenne de Radio Tower ayant été endommagée, il leur est totalement impossible de communiquer avec l'extérieur pour prévenir quiconque qu'ils sont à court de vivres. Durant plusieurs jours, ils doivent surmonter l'absence d'eau potable et se nourrissent strictement de petits pois déshydratés. Même prévenus, il n'est pas sûr que les bateaux de sauvetage de Walton on the Naze, le port le plus proche, seraient intervenus immédiatement : ils avaient, depuis longtemps, prévenu l'équipe de Tower Radio qu'ils n'étaient pas une société de ravitaillement et qu'il est extrêmement périlleux d'approcher Sunk Head par gros temps, en raison des risques de collision avec un autre bateau ou même avec les piliers de la tour.

Le programme de Tower TV

La station veut se démarquer de ses concurrentes en accordant son antenne à toute information locale. Sont au menu les annonces de décès, de naissances ou de mariages, de même que des débats où pourront s'exprimer les plus infimes minorités. Malgré ses bonnes intentions, Tower TV est à la merci des problèmes techniques.

Ses essais se font dans la plus grande discrétion. Les tests sont effectués la nuit afin de rester secrets. C'est le plus grand des hasards qui rendit l'information publique : un habitant de Walton on the Naze, qui s'était endormi devant son téléviseur le soir du 4 novembre, fut tout surpris de découvrir une image fixe en s'éveillant à quatre heures du matin. Il s'agissait du logo de Tower Television.

Mais en juin, Peter Jeeves reconnaît que les finances de Tower Radio & TV sont au plus bas et qu'il faut abandonner le projet.

Ultime tentative : Caroline TV

Ce projet de télévision pirate, malgré plus de deux années de recherches poussées, ne verra jamais le jour. Pourtant tout semblait prêt ; Caroline TV devait émettre chaque soir depuis deux Constellation. Les rumeurs s’étaient transformées, par voie de conférences de presse, en confirmation. Hélas les tests effectués en juin 1970 s’étaient avérés catastrophiques. Pour en savoir plus, cliquer ici .

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