Les Tijuana Bibles, bandes dessinées érotiques américaines

Coquines et humoristiques, ces publications clandestines ont fait oublier, non pas la crise de 1929, mais la crise morale que traversaient les Etats-Unis
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Les « Tijuana Bibles » disposèrent de bien d’autres noms, en partie pour que les vendeurs et acheteurs ne se fassent pas remarquer au cours d’une discussion qu’ils tentaient de rendre anonyme. Car il était illégal d’imprimer, de vendre ou d’acheter ce que l’on appelait tour à tour « Bluesis », « Jigg and Maggie books », « Jo-Jo books », « Two-by-fours » ou « Eight pagers » car ils n’avaient souvent que huit pages.

Qu’est-ce qu’une Tijuana Bible ?

Le nom, déjà… pour faire croire qu’elles étaient imprimées à Tijuana au Mexique. Il s’agit de comics offrant des parodies d’aventures des principaux héros de la BD américaine. Aventures sexuelles, comme il se doit (en France, à la fin du 20e siècle, on verra également circuler sous le manteau les aventures sexuelles de Tintin et de Lucky Luke, bouquins que les forces de police traquaient autant que l’édition pirate de « Tintin chez les Soviets » apparu dès le début des années 70). Il s’agit donc d’un détournement de petits Mickeys. Ces héros de papier que tous les Américains connaissaient car ils étaient publiés chaque jour dans les grands quotidiens en « strips » (« bande » d’une ligne, soit 4 ou 5 dessins) n’ont pas tous traversé l’Atlantique.

Presque inconnus en France

Pour la plupart, ces héros nous sont inconnus. Les plus célèbres, « Mutt & Jeff », ne vous disent rien. Peut-être connaissez-vous Annie la Petite Orpheline (qui paraissait dans Spirou ), Flash Gordon ou Dick Tracy ? En revanche, plus connus sont « Blondie », « La famille Illico », « Le Fantôme du Bengale », « Mandrake le magicien » et bien évidemment Popeye, Mickey, Donald et surtout les dessins animés de Betty Boop qui n’avait pas besoin de beaucoup d’effort pour être transformés en BD érotiques.

Les dessinateurs étaient honorés ou horrifiés

Pour la plus grande part, il s’agit évidemment de copies pirates, parfois fort mal dessinées. Mais… Certaines de ces Tijuana Bibles sont si ressemblantes au dessin original qu’on peut, à juste titre, se demander si elles n’ont pas été dessinées par le créateur qui eut envie un jour de se défouler (Crumb se débarrassera bien de Fritz the Cat en le faisant poignarder… Dans un autre registre Conan Doyle fera mourir Sherlock Holmes).

Parfois les héros existaient en chair et en os

Surtout en chair dans le cas de Mae West, actrice truculente à la poitrine opulente. De nombreux autres acteurs et actrices sont représentés en pleine action (sexuelle) dans certaines Tijuana Biblesaujourd’hui fort recherchées : les Marx Brothers, Clark Gable, Myrna Loy, Greta Garbo (renommée « Gert Gabbop »), Joan Crawford (renommée « Joan Crawfoot »). Les personnages publics y passèrent également ; comptez au moins 100 $ pour acquérir en 8 pages jaunies les exploits sexuels d’Al Capone, voire d’Hitler, de Mussolini ou de Staline !

Que rechercher exactement ?

Apparus en 1929, les « Dirty Comics » (en français, les Bandes dessinées cochonnes) ont circulé jusqu’aux années 60. Le temps que la vague de pudibonderie qui avait submergé les USA fasse place à la libération des mœurs. Du fait de la clandestinité de ces publications, il est évident qu’il ne pouvait y figurer ni le nom de l’auteur, ni le lieu d’impression. Encore moins un catalogue ! On peut en revanche déduire certaines dates de parution à la lueur des éléments contenus dans les histoires qui y sont relatées. Il existe par exemple un « Mussolini en Ethiopie » facile à dater.

Mais pour le reste… Il est donc strictement impossible d’établir une liste exhaustive. Certains collectionneurs sont parvenus à amasser jusqu’à 1 000 Tijuana Bibles. Bon courage si vous souhaitez commencer une collection aujourd’hui !

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