"Magical Mystery Tour" des Beatles: Cécile Mury a raison!

Sur plus d'une demi-page, la journaliste de Télérama réhabilite, avant sa diffusion sur Arte dimanche 22 octobre, ce chef-d'oeuvre décrié depuis 45 ans

"Le meilleur film des Beatles", écrit Cécile Mury dans Télérama... et elle a raison. Hélas si le disque fut un indiscutable succès pour les Beatles (n°1 un peu partout dans le monde à Noël 1967), on ne peut pas en dire autant du film qui porte le même titre. A cet accueil mitigé pour ne pas dire glacial, il faut porter notre contribution à sa réhabilitation : riche en couleurs psychédéliques, il fut diffusé en Angleterre à un moment où la plupart des foyers était équipés seulement de téléviseurs noir & blanc. Ce film à l’esprit onirique méritait d’être dégusté en couleurs et sur grand écran. Or, hormis l'auteur de "L'Argus Beatles" ( Camion blanc éditeur) et aujourd'hui Cécile Mury, journaliste de Télérama, la grande majorité des chroniqueurs s'est, depuis 45 ans, contentée de répéter ce qui avait été dit en 1967. A se demander si ces mêmes chroniqueurs ont, au moins, regardé le film... film dont on vient de retrouver miraculeusement une quinzaine de minutes inédites, cinq de qualité parfaite (un arrêt-restauration dans un fish and chips) et dix autres de qualité moyenn e.

A l'origine du projet...

Avant même que l'album "Sgt. Pepper's..." ne soit paru, Paul McCartney avait déjà en tête le contenu de leurs futures aventures musicales. Il s'agirait d'un voyage organisé parfois très désorganisé dont quatre (ou cinq ?) Beatles seraient les instigateurs. C'est ainsi que naît l'idée du "Magical Mystery Tour" et la chanson-titre fut enregistrée au mois de mai 1967. Les séances reprirent fin août alors que le film ne serait diffusé que fin décembre.

22 août - 2 novembre 1967 : enregistrement du "Magical Mystery Tour"

"Magical Mystery Tour" fait partie des mauvais souvenirs du producteur George Martin qui s'étonnait qu'il ait pu sortir quelque chose de concret d'une période aussi désorganisée: "Magical Mystery Tour" n'est pas le premier film auquel participent les Beatles... mais c'est le premier qu'ils dirigent eux-mêmes. Cette aventure marque le début d'une certaine dégradation dans les relations entre les Beatles et leurs plus proches collaborateurs. Alors que les contacts humains n'avaient cessé de progresser depuis les premières sessions de 1962 jusqu'à la diffusion en mondiovision de "All you need is love", à partir de "Magical..." les heurts se multiplient, les conflits éclatent de toutes parts . Avec les collaborateurs dans un premier temps, puis entre les Beatles eux-mêmes. On aura parfois l'impression, dans les mois à venir, que les Beatles perdent les pédales et reportent la faute sur autrui. Par réaction, George Martin et certains techniciens de la première heure en auront "ras-le-bol" de bosser avec eux.

Les 5, 6 et 27 septembre

John Lennon accouche de l'un des deux ou trois chefs-d'oeuvre de sa période avec les Beatles : "I am the walrus". Dans la stucture, la complexité et le génie, ce titre est le fils spirituel de "Strawberry fields forever". On regrette seulement que la toute première version de "I am the walrus" (de même que les deux suivantes) aient été effacées, ce qui n'avait pas été le cas de "Strawberry fields...". Il eût été intéressant de suivre l'évolution de ce morceau de bravoure dont on découvre néanmoins la16ème et ultime prise du 5 septembre sur "Anthology volume 2". Le reste fut affaire de compréhension entre John et George Martin. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les choeurs bizarres qui donnent au morceau toute son originalité (et notamment les "Oh-oh-oh, hi-hi-hi, ha-ha-ha" après la phrase "Don't you think the joker laughs at you" ) n'ont pas été enregistrés par les Beatles eux-mêmes. George Martin a convoqué le 27 septembre des artistes très célèbres en Angleterre, les Mike Sammes Singers. Et bien sûr toute une pleïade de musiciens de studio pour étoffer encore plus les arrangements déjà mis en placeau début du mois. Il est désormais devenu courant de faire appel à des musiciens extérieurs chaque fois que le besoin se fait sentir (trois flûtistes, par exemple, apporteront la touche finale à "Fool on the hill").

"I am the walrus" sera mixé en mono les 28 et 29 septembre

C'est durant cette ultime session que John, écoutant la B.B.C., eut l'idée d'incorporer quelques strophes du "Roi Lear" de Shakespeare à la fin de son morceau.

"Flying" est un titre fort discret

Il l'eût été moins si les Beatles, au lieu de le réduire à 2'14", en avaient publié la version intégrale qui dure près de dix minutes.

Un drôle de disque !

"Magical Mystery Tour", en effet, n'était ni un album, ni un 45 tours ordinaire mas undouble EP accompagné d'un somptueux livret de photos en couleurs et des paroles des chansons. Le format sut séduire tous les publics... sauf les Américains.

Peu confiant envers ce format totalement inhabituel, Capitol décide de sortir un véritable 33 tours dont la première face serait constituée des chansons du film (Magical mystery tour / The fool on the hill / Flying / Blue jay way / Your mother should know / I am the walrus) tandis que la seconde proposerait des titres de 1967 non disponibles sur album (Hello goodbye / Strawberry fields forever / Penny lane / Baby you're a rich man / All you need is love). Malheureusement pour les oreilles des jeunes Américains, les trois derniers titres de la seconde face n'avaient pas encore été mixés en stéréo, et Capitol mit sur le marché un album stéréo dont trois titres étaient en duophonie à la sonorité épouvantable. Ce qui, toutefois, n'empêcha pas E.M.I. de mettre le même album en circulation en Angleterre neuf ans plus tard ( à suivr e).

Sur le même sujet