Mick Jagger et les urinoirs : l'histoire se répète

Les Rolling Stones et les urinoirs : on en reparle aujourd'hui. Cela devient presque une saga!
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Le Spiegel Online du 30 janvier rapporte que des féministes de la ville de Lüchow dans le nord de l'Allemagne demandent à ce que les urinoirs d'un musée local consacré aux Rolling Stones soient retirés de l'exposition. Motif : ils seraient une insulte à caractère sexiste. Ce n'est pas la première fois que Mick Jagger et ses acolytes ont un problème d'urinoir. La première fois, c'était le 18 mars 1965.

Le groupe rentrait sur Londres après un concert

Sur le coup de 22h45, bien fatigué après avoir, avec ses copains, échappé à la meute de fans qui les traquaient comme après chaque apparition publique, Bill Wyman ressentit le besoin pressant de soulager sa vessie. Il demanda au chauffeur de s’arrêter un instant à la prochaine station service. Rien de plus banal, pas de quoi fouetter un chat. Ils s’arrêtèrent donc à la station-service ‘Francis Motor Service Center’ dans un coin nommé Forest Gate, à l’est de Londres. Wyman qui n’y tenait plus se précipita à l’intérieur de la station en demandant les toilettes. Le gars qui ce soir-là tenait la permanence se nommait Charles Patrick Keeley ; il avait 41 ans.

Il expliqua à Bill qu’elles étaient momentanément hors d’usage

Wyman demanda alors à utiliser les toilettes réservées au personnel, ce que Keeley lui refusa en utilisant le même prétexte : elles étaient, elles aussi, momentanément hors d’usage. Selon Keeley, Wyman, ce « type aux cheveux longs et aux lunettes noires » aurait alors prononcé des « paroles dégoutantes ». Que faire, dans de telles conditions ? Bill, paraît-il, retourna informer ses copains de la situation.

Ensuite ce fut le chaos !

Selon Keeley, huit ou neuf hommes et femmes sortirent du véhicule et, d’un pas traînant, arpentèrent l’avant-cour de la station-service. Ce qui rendit leur présence plus étrange, voire menaçante, au pauvre Keeley, c’est qu’ils étaient encore vêtus de leurs costumes de scène et toujours maquillés. Une telle vision, en effet, peut sembler étrange à un vulgaire pompiste de banlieue sur le coup de minuit ou presque. Et puisqu’on leur refusait l’usage des toilettes publiques, Wyman, Jones et Jagger n’eurent d’autre recours que d’uriner à l’extérieur, sur le mur de l’établissement. Keeley, qui tenta de les en empêcher, reçut une bourrade et s’entendit dire par Jagger qu’il pissait où il voulait. Il demanda expressément au trio de quitter les lieux. Hélas, la richesse de la langue anglaise conduisit à un malheureux malentendu : en l’occurrence, Keeley avait dit « Get off my forecourt » (forecourt : avant-cour) et les Stones se mirent à chanter « Get off my foreskin » (Foreskin : le prépuce).

Des passants, qui avaient reconnu les Rolling Stones, s’agglutinèrent dans le but d’obtenir des autographes tout en se moquant du pompiste. « On a tous bien rigolé », dira Brian Jones un peu plus tard, « car la conduite de monsieur Keeley était très comique ».

L’histoire aurait pu en rester là

Hélas un certain Eric Lavender, un éducateur de 21 ans, avait assisté à toute la scène et pris des notes (jusqu’au numéro de la plaque d’immatriculation du véhicule des Stones) afin, ensuite, de pouvoir témoigner. Les musiciens, qui avaient repéré son petit manège, lui firent, selon ses termes, un « geste connu » en levant le camp. Immédiatement, Keeley et Lavender téléphonèrent à la police en insistant bien sur le fait qu’ils avaient l’intention de porter plainte. Keeley, surtout, était sacrément remonté, indiquant que si jamais les policiers n’engageaient pas des poursuites, lui le ferait à titre personnel.

L’affaire remonta jusqu’à Scotland Yard

Le samedi 20 mars, l’histoire faisait la Une de plusieurs quotidiens dont le Daily Express . Parmi les journalistes, c’était la course contre la montre ; Keeley et Lavender avaient déjà été contactés pour obtenir leur version des faits : les Stones, visiblement, avaient enfreint la loi… mais la presse était si frileuse qu’elle n’osa pas employer le mot « uriner » et donc ne s’autorisa pas à relater les faits avec précision, se contentant d’évoquer la « conduite insultante » de trois membres des Rolling Stones.

Ca pouvait finir par mal tourner, cette affaire

Le jeune éducateur et le patron de la station service réclamaient qu’une action soit intentée à l’encontre de Brian, de Mick et de Bill : le 22 juillet ils devaient passer en jugement devant la magistrature d’East Ham ; la charge retenue contre eux était leur « conduite insultante ». Tous trois arrivèrent à l’audience impeccablement vêtus, à la grande surprise des représentants de la loi et des médias. Bien que le délit soit déjà mineur en lui-même, les accusés insistèrent sur le fait que les plaignants en avaient beaucoup exagéré l’importance. Leur audition dura deux heures et demie ; l’assistance, visiblement, n’était pas en leur faveur, des cris ayant fusé accompagnés d’injures comme « crétins aux cheveux longs » et « monstres hirsutes ». Démentant le fait qu’ils aient uriné sur le mur de la station service, l’avocat du trio, décrivit leur action comme celle de gamins turbulents, d’adolescents insouciants et exubérants. Néanmoins les avocats du parquet prirent fait et cause pour les plaignants, voulant bien croire à leur témoignage. Le verdict tomba : Wyman était relaxé quant au fait d’avoir eu un langage obscène ; en revanche les trois étaient reconnus coupables de conduite insultante et, à ce titre, condamnés chacun à une amende de 5 livres sterling agrémentée de la somme de 15 guinées pour frais de justice. Première condamnation, mais pas la dernière (à suivre en cliquant ici) .

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