Naissance de l'information en direct, en France, grâce à la radio

Quand donc la première information "en direct" fut-elle diffusée en France ? C'était en 1934... et ce moment magique fut le fait du hasard

Jusqu'à la guerre de 14-18, le citoyen ne dispose que de deux moyens d'information : la presse écrite et le cinéma, notamment "Pathé-Journal" et le "Journal filmé" de Gaumont.

La radio fait ses timides débuts

Après la guerre, au temps de la T.S.F. (c'est ainsi qu'on appelait alors la radio), la presse écrite, dans son ensemble, s'inquiète peu du tort que pourrait lui faire la radio. Les rares visionnaires qui ont vu en elle une concurrente susceptible de leur retirer de la publicité, voire même des lecteurs, dirigent généralement de puissants organes de presse disposant de relations et d'appuis influents. C'est ainsi qu'ils purent, en octobre 1923, faire interdire par le ministère le projet de Journal sans fil élaboré par Radiola. Mais il ne s'agissait que d'un répit de courte durée : le premier Journal parlé quotidien remonte, semble-t-il, à mi-1924 ; il était diffusé depuis la tour Eiffel. Vient ensuite le Radio-journal de France de Paris-PTT à partir de juin 1927 puis une pléthore de bulletins dont l'accumulation irrite la presse écrite au point de conduire la Fédération nationale des Journaux à imposer sa loi fin 1937 consistant à limiter le nombre, la durée et le contenu des bulletins d'information diffusés par des postes privés.

Du direct... depuis une cabine téléphonique

En l'absence de matériel d'émission véritablement mobile, les reporters , le plus souvent, ne peuvent rendre compte de ce à quoi ils assistent qu'à condition d'avoir, pour l'occasion, obtenu au préalable de la part des PTT une ligne téléphonique. Dans le cas contraire, ils sont contraints de se ruer dans une cabine téléphonique pour dicter leur message à une secrétaire qui prend note de leurs propos et transmet immédiatement le ou les feuillets au speaker (un procédé archaïque auquel reviendront les journalistes d'Europe N°1 et de RTL durant dix jours en mai 1968).

L'information en direct, encore très rare, reste le fait du hasard

S'il n'avait pas dû, le 6 février 1934, se rendre salle Pleyel pour annoncer les résultats du tirage de la Loterie nationale, le speaker Georges Briquet aurait informé beaucoup plus tardivement ses auditeurs du déroulement de la manifestation à laquelle il venait d'assister place de la Concorde. De violentes bagarres avaient fait, selon lui, plusieurs dizaines de morts (en réalité, il y en eut seize, mais également près de 800 blessés).

- "Le journal parlé doit être à la presse d'information ce qu'est le télégramme à la carte postale ; il écoute et il transmet à la vitesse du réflexe" (Jean Guignebert, rédacteur en chef de l'information sur Radio Cité avant guerre).

Seconde Guerre mondiale : la censure de l'Occupant

Pendant la guerre de 39-45, la seule forme d'information autorisée, qui s'apparente le plus souvent à de la propagande, émane de l'Occupant, dont la voix s'exprime sur Radio Paris, et ses images envahissent le grand écran. Au cinéma, pour y couper, il suffisait d'arriver juste au moment où le projectionniste envoyait le film (

ayant constaté que l'habitude se propageait parmi le public allemand, Goebbels ordonna de ne plus autoriser l'accès des cinémas après le début des séances).

A la radio, malheur à qui se faisait prendre à écouter "Ici Londres"

La France libre avait bien du mal à se faire entendre, sur la B.B.C. brouillée par l'ennemi. L'auditeur risquait sa vie ou, au mieux, sa liberté : le décret du 24 juin 1940 interdisait la réception des émissions radiophoniques étrangères. Même en zone libre, il était risqué d'écouter la voix de Londres : en novembre 1941, la justice de Vichy condamne à des peines allant de quinze jours à trois mois de prison ferme quatre Français d'Aix-en-Provence surpris à écouter la B.B.C.

La liberté d'informer et d'émettre devra attendre la Libération (à suivre en cliquant ici ).

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